Critique de Laisse-moi entrer

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Rating: 3.3/5 (3 votes cast)

 

Let Me In

De Matt Reeves

Avec Kodi Smith-Mc Phee, Chloe Moretz, Richard Jenkins et Elias Koteas

Etats-Unis – 2010 – 1h52

Rating: ★★★☆☆

Owen, jeune garçon de douze ans persécuté par ses camarades de classe, vit seul avec sa mère depuis le divorce récent de ses parents. Un soir, dans la cour de l’immeuble, il fait la connaissance d’Abby, nouvelle et mystérieuse voisine de son âge, avec qui il va nouer une amitié ambigüe. Mais alors qu’une vague de meurtres étranges affole la région, Owen  finit par découvrir la nature particulière de son amie.

 

Comme on a pu le constater depuis quelques temps, une véritable fièvre du remake s’est emparée des studios hollywoodiens, recyclant à tout va classiques 70’s et 80’s comme films contemporains étrangers. Et dans le style, on a souvent droit à une actualisation ou américanisation selon l’une ou l’autre des catégories précitées. Alors forcément, en allant voir Laisse-moi entrer, remake de Morse, film d’horreur suédois datant de 2009 (adapté du bouquin Låt den rätte komma in ou Let the Right One In de John Ajvide Linqvist qui a participé à la rédaction du scénario), on s’attend au pire, d’autant plus que l’original restait  ancré dans une esthétique très scandinave (l’action est plutôt lente, le froid omniprésent, tant par les décors que par le traitement détaché du propos et le choix artistique, très sobre).

 

Etonnamment, Laisse-moi entrer ne se démarque pas beaucoup de son moule original, Matt « Cloverfield » Reeves ayant choisi de garder cette lenteur de narration, ainsi que la grande majorité des scènes déjà exposées dans le précédent, en dehors d’une  superbe scène de crash de voiture vue de l’intérieur de l’habitacle, seule réelle touche originale du film. Le  réalisateur connaît bien son public et sait instaurer ce qu’il faut de suspens en début de film et de moments chocs flirtant avec un gore de rigueur pour susciter l’intérêt de ses compatriotes. Plus d’action, moins de blabla. Là où Morse laissait planer le doute et sous-entendait plus qu’il ne développait, Laisse-moi entrer se sent obliger d’expliquer la moindre subtilité à son spectateur, comme si un plan ne suffisait pas à faire passer le message. S’attardant (trop ?) longuement à créer l’empathie pour ses personnages afin de donner plus de poids à un dilemme moral différant pour beaucoup du premier (Owen, en comprenant le vampirisme de sa petite copine se demande où est le Bien et le Mal), Reeves accouche d’un remake très didactique et conventionnel. Tout ce que refuse d’être Morse, car non content que créer une ambiguïté sur le véritable sexe d’Eli, la jeune vampire, Tomas Alfredson, le réalisateur suédois, insiste sur la dualité intérieure de son héros, Oskar, qui, à force de se faire maltraiter, en vient à collectionner articles sur faits divers sanglants et fantasmes de meurtrier en série. Reeves reprend cette idée du gamin qui « joue » à l’agresseur quand il est seul (au point qu’il porte un masque digne d’un slasher), mais, par peur de perdre la sympathie du spectateur, passe le reste du film à diluer ce dark side, préférant la victimisation lourdasse (cf. la mère devenue dépressive et alcoolique, le père totalement absent et les persécuteurs plus vieux), ce qui a pour unique but de rendre inutile toutes les scènes où le gosse donne dans le malsain.

 

Malgré son aspect lisse sur le fond et nettement plus goret sur la forme, Laisse-moi entrer demeure meilleur que ce que l’on était en droit de craindre. On lui préférera tout de même sa version suédoise qui parvient à condenser les frustrations d’une société moderne à la violence omniprésente, un discours somme toute plutôt sulfureux sur les pulsions de nos chères têtes blondes et une variation innovante sur le thème du vampire, comme on en avait pas vu depuis Entretien avec un Vampire.

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.