Le réalisateur de Dernier train pour Busan sort aujourd’hui un thriller intimiste. Plus de créatures. Juste une société qui décide qui a le droit d’être beau, et qui peut disparaître.
Yeon Sang-ho sait faire peur avec des hordes. Dernier train pour Busan, Peninsula, Colony : le chaos, le sang, l’urgence. Avec The Ugly, sorti ce 29 juillet en France, il change d’arme. Plus de spectacle. Une enquête familiale, des témoignages, un secret de quarante ans. Et une question qui ne lâche pas : qu’est-ce qu’une société fait de ceux qu’elle trouve laids ?
Aveugle de naissance, un maître artisan grave des sceaux d’une beauté reconnue. Il vit reclus avec son fils. Un jour, les ossements de sa femme, disparue depuis quatre décennies, refont surface. Le fils part à la recherche de la vérité. Ce qu’il découvre ne concerne pas seulement un crime. Il touche à la façon dont on efface les gens.
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ToggleCe que Yeon Sang-ho abandonne (et ce qu’il gagne)
On attendait peut-être un nouveau tour de force de genre. On obtient autre chose. The Ugly est adapté du propre roman graphique du cinéaste. Tourné rapidement, avec une équipe réduite, le film mise sur la parole, les silences et les regards. La structure en interrogatoires et retours en arrière remplace les scènes d’action.
«The ugly» au cinéma : une magnifique démonstration de maîtrise sur la beauté cachée de la laideur ⤵️
https://l.lanouvellerepublique.fr/awF— La Nouvelle République (@lanouvellerep_) July 29, 2026
Le choix est clair. Yeon Sang-ho n’a plus besoin de monstres extérieurs pour parler de violence. Il regarde celle qui s’exerce tous les jours : le mépris, l’ostracisme, le jugement sur les apparences. Dans une Corée marquée par l’obsession de la croissance et de la réussite, être « laid » n’est pas seulement un fait physique. C’est une sentence sociale.
La laideur comme système
Le film ne se contente pas de raconter une disparition. Il demande qui avait intérêt à ce que cette femme disparaisse, et pourquoi personne n’a vraiment cherché. Les témoignages s’accumulent. Les versions se contredisent. Une seule chose revient : elle était considérée comme particulièrement laide. Et dans un monde qui valorise la surface, cette laideur justifie presque tout.
C’est là que The Ugly devient glaçant. Pas par ce qu’il montre de sanglant, mais par ce qu’il révèle d’ordinaire. La monstruosité n’a pas besoin de griffes. Elle a besoin d’un consensus : certaines vies comptent moins.
Les premières critiques françaises du jour sont partagées. Certaines saluent l’ambiance et la performance de Kwon Hae-hyo dans le rôle de l’aveugle. D’autres trouvent le scénario trop alambiqué. Peu importe. Le geste compte plus que la perfection formelle. Yeon Sang-ho accepte de se mettre en danger en quittant le terrain qu’il domine.
Mon sentiment
The Ugly n’est peut-être pas le film le plus fluide de son auteur. Il est peut-être plus important. Parce qu’il refuse le confort du genre. Parce qu’il regarde en face une violence qui ne fait pas hurler dans les salles, mais qui façonne les vies.
On a passé des années à applaudir Yeon Sang-ho quand il filmait l’apocalypse. Aujourd’hui, il filme quelque chose de plus proche : la façon dont une société décide qui mérite d’être vu, et qui peut être oublié.
Et ça, c’est plus difficile à regarder qu’une horde de zombies.




