Neil Jordan revient sur Entretien avec un vampire, Tom Cruise et Kirsten Dunst
Neil Jordan revient sur Anne Rice, Tom Cruise et Kirsten Dunst, alors que le steelbook 4K du film sort en France le 30 septembre.
Le réalisateur Neil Jordan est revenu en détail sur le tournage d'Entretien avec un vampire, le casting de Tom Cruise en Lestat et la performance de Kirsten Dunst, alors âgée de 12 ans, dans une interview exclusive publiée le 26 septembre 2026 par Dread Central. L'occasion de cette prise de parole n'est pas anodine : Warner vient de faire ressortir le film de 1994 en 4K Ultra HD, une restauration qui débarque en France dès le 30 septembre.
Un tacle assumé à la série AMC
Neil Jordan n'a pas mâché ses mots sur l'adaptation télévisée du roman d'Anne Rice. Selon des propos rapportés par Gizmodo, le cinéaste critique le choix de la série AMC, portée notamment par Jacob Anderson et Sam Reid, d'avoir vieilli le personnage de Claudia, incarnée à l'écran par Bailey Bass puis Delainey Hayles. Pour Jordan, l'âge d'enfant de Claudia n'était pas un détail scénaristique mais le moteur même de la tragédie : une créature figée à jamais dans un corps de fillette alors que son esprit vieillit, condamnée à ne jamais grandir ni être désirée. Retirer cette dissonance, c'est désamorcer selon lui ce qui rendait le triangle Louis-Lestat-Claudia aussi dérangeant que fascinant. On peut y voir une défense de la lecture la plus littérale, et la plus inconfortable, du roman d'Anne Rice : l'horreur gothique n'y fonctionne que parce qu'elle refuse le compromis moral.
Le pari Tom Cruise, un choix qui a fait scandale avant de faire date
Il faut se replonger dans le climat de 1994 pour mesurer la portée du choix de Neil Jordan. Anne Rice elle-même s'était publiquement opposée au casting de Tom Cruise, jugé trop lisse et trop associé à l'image du gendre idéal hollywoodien pour incarner Lestat, vampire cruel, séducteur et théâtral. La star avait fini par convaincre l'autrice après visionnage, au point que celle-ci publie un mea culpa dans la presse américaine avant la sortie du film. Cette anecdote, que Jordan revient éclairer, dit quelque chose d'essentiel sur l'art de l'adaptation horrifique : la fidélité au texte compte moins que la capacité d'un acteur à en incarner l'essence, quitte à bousculer l'image publique qui lui colle à la peau. Le film s'inscrit ainsi dans une lignée de vampires cinématographiques qui doivent leur postérité à un contre-emploi assumé, de Gary Oldman chez Coppola à Willem Dafoe chez Robert Eggers.
Kirsten Dunst, l'âme tragique d'un classique gothique
Trente ans après, c'est pourtant la prestation de Kirsten Dunst qui continue de hanter les spectateurs du film. À 12 ans, l'actrice donne à Claudia une gravité et une rage contenue rares pour une enfant actrice de cette époque, portée par un texte qui ne l'épargne jamais et une mise en scène de Jordan qui refuse de l'infantiliser visuellement. Le réalisateur souligne dans son entretien à quel point cette alchimie entre Dunst, Brad Pitt et Tom Cruise a construit une cellule familiale toxique et fascinante, matrice de tout le récit vampirique moderne centré sur la filiation et la transmission plutôt que sur la simple prédation. C'est cette veine-là, celle du vampire comme métaphore de la famille dysfonctionnelle et du deuil impossible, qu'on retrouve aujourd'hui aussi bien dans la série AMC que dans des films comme Nosferatu version Eggers ou La Dernière Tentation de Robert Egon.
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Où voir le film en France
La restauration 4K Ultra HD, disponible aux États-Unis depuis le 22 septembre avec un Dolby Vision, un mixage Dolby Atmos et environ huit minutes de scènes coupées inédites selon Variety, arrive en France sous forme de steelbook chez Warner le 30 septembre 2026, une semaine seulement après sa sortie américaine. Il s'agit de la première édition 4K UHD française du film, qui en était jusque-là privé depuis des années. Le steelbook est déjà proposé en précommande chez plusieurs revendeurs spécialisés comme Amazon.fr, Edition-Limitee.fr ou Cine-Story.fr, sans que son prix exact en euros n'ait pu être vérifié à l'heure où ces lignes sont écrites. Pour les cinéphiles français, c'est l'occasion de redécouvrir en salon un classique du cinéma gothique qui n'avait jamais bénéficié d'un tel traitement technique sur le territoire.
Trente-deux ans après sa sortie, Entretien avec un vampire continue ainsi de se réinventer, entre restauration technique et relecture critique de son propre héritage. La prise de parole de Neil Jordan, rare et directe, rappelle surtout que le film doit sa puissance à des choix radicaux, un casting à contre-emploi, une actrice enfant sans filet et un refus du compromis moral, que la postérité et même les adaptations ultérieures peinent parfois à retrouver.