Critique: Voyage of Time

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Voyage of Time

 

De Terrence Malick.

Avec la voix de Cate Blanchett.

Etats-Unis – 2017 – 1h29

Rating: ★★★★★

Jeudi 4 mai sortait pour une séance unique le dernier film de Terrence Malick. Afin de me garantir une place, je décidais donc de réserver. La séance était à 20h15 et, toujours aussi prudent, je partais avec une grosse demi-heure d’avance (me faisant d’ailleurs la réflexion que j’allais peut-être devoir un peu trop poireauter avant la projo). Mais voilà, c’était sans compter sur le RER A, tout simplement annulé ! Me reportant sur un train pour Saint-Lazare, j’engloutissais largement mon avance et me retrouvais ainsi à courir dans les couloirs de notre cher réseau métropolitain afin d’arriver avant l’heure fatidique de 20h05, après laquelle je ne pouvais plus retirer ma réservation. Au prix d’un effort pas si surhumain, à 20h03 et 58secondes, je réussis à récupérer le puissant sésame, rejoignis la dense file d’attente et, enfin, m’affalais dans mon fauteuil grinçant mais confortable. Passé l’essoufflement et le stress, oubliant la légère odeur de sueur (qui n’était pas que de mon fait !), le voyage pouvait commencer…

Le silence… Une première lueur… puis, rapidement, c’est l’expansion et le ballet des corps célestes se forme sous nos yeux, imperturbable. A la surface des planètes, le fracas de l’activité volcanique s’apaise et l’eau fait son apparition, réunissant ainsi les conditions de l’accomplissement du miracle de la vie. Car c’est bien un miracle que nous donne à voir Terrence Malick via ses extraordinaires tableaux et, si les prières de l’enivrante Cate Blanchett à un Dieu qui ne dit pas son nom auront de quoi faire tiquer les cinéphiles les plus athées, ceux-ci ne pourront qu’applaudir l’anti-créationnisme à l’oeuvre. Ainsi, le mysticisme ne supplante jamais le rationnel dans la démarche de Malick, un philosophe toujours en quête de grâce.

Partant du Big Bang pour anticiper sur la fin (?) de tout, Voyage of time s’adresse à ceux qui, comme moi, trouvait la séquence de la création de Tree of Life d’une telle majesté qu’elle n’en était que trop courte. Le cinéaste chaman semble avoir entendu nos prières en nous livrant une version longue (et c’est ici loin d’être péjoratif) de cet inoubliable morceau de cinéma. Evidemment, il trouve là une matière infinie qui lui évite de trop radoter et nous offre un sidérant spectacle qui n’a vraiment rien perdu de sa puissance originelle. Malick n’hésite évidemment pas à détailler davantage son ode à la vie en la montrant sous bien des formes, que ce soit les premières mitochondries, un magnifique banc de méduses, des pieuvres surréalistes, des poissons aux têtes toutes chelous et, bien-sûr, les premiers pas hors de l’eau… Et dire que Voyage of time arrivait déjà à nous émouvoir rien qu’en montrant une coulée de lave en fusion refroidir brusquement sous l’eau !

Attention néanmoins pour les fans de dinos, nos chères créatures préhistoriques ne font ici qu’une brève apparition et sont vite balayées par leur météore cataclysmique pour laisser place à nos ancêtres (…et non, pas les Gaulois !…). Dans une transition qui passe des hommes préhistoriques à nos jours, Malick convoque à la fois le célèbre raccord de 2001, l’odysée de l’espace mais surtout, via ce majestueux timelapse survolant Dubaï, l’extraordinaire Koyaaniqatsi, dont ce Voyage in time pourrait être considéré comme une sorte de préquel. Le réalisateur de Tree of Life paye ainsi son tribut à Geoffroy Reggio, génial réalisateur de la triolgie « Qatsi » qui a façonné avec Ron Frickle cette forme de documentaire jouant sur le temps et les échelles, acquierant ainsi une puissance et une profondeur inouie, que l’on retrouve ici à nouveau à l’honneur.

Poème solennel, hymne à l’existence, Voyage of time : Au fil de la vie est entrecoupé de séquences plus terre à terre, tournés en DV, nous replongeant au cœur de notre époque agitée via des manifestations culturelles, des places marchandes, des lieux de conflits. C’est le choc entre ces images et les incroyables tableaux qui composent ce voyage qui nous conduit à nous interroger sur nos propres vies, ainsi liées à cette chose qui nous dépasse mais englobe tout : l’existence. Et, si ce Voyage of time ne vous permettra probablement pas de régler le chaos de votre quotidien, un tel trip cosmogonique et méditatif ne se refuse pas et s’impose par sa simple et désarmante beauté… De la grâce même ! Et dire que la RAPT a failli me faire rater ça !

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