L’Episode sublimé: San Junipero ( Black Mirror – S03E04)

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Après deux saisons en 2011 et 2013, suivies d’un « Chrismas Special » exceptionnel, Netflix relance l’anthologie Black Mirror pour une troisième fournée en 2016. La double bonne nouvelle est que le scénariste Charlie Brooker, auteur des précédents épisodes (et de l’excellent Dead Set, entre autres) est toujours derrière la plume pour les six épisodes que composent cette troisième saison.

Le thème central reste le même et le show dépeint encore et toujours un futur dystopique qui extrapole notre technologie, exacerbant nos plus bas instincts. Il en ressort encore et toujours l’être humain dans toute sa bassesse. Mais au milieu de cette vision pessimiste, à peine maquillée par l’ironie et le sarcasme, brille une lueur d’espoir. Charlie Brooker s’autorise, le temps d’un épisode, à tordre peu à peu sa dystopie pour lui donner des airs d’utopie. Non pas au travers des outils et avancés technologiques, mais tout simplement grâce à une histoire d’amour. Et comme chacun sait, très naïvement, l’amour peut tout surmonter (et ça c’est beau).

Avant d’ouvrir les hostilités je tiens à te préciser, cher lecteur, que le petit texte qui suit contient des spoilers. Je précise aussi que si tu n’as pas vu l’épisode concerné, tu risques fortement de ne rien piger à ce que j’ai griffonné.

 

 

San Junipero, c’est un peu John Hughes qui réalise un mélange de Retour vers le futur et Un Jour sans fin. L’épisode est évidemment bourré de référence en tout genre. Jusque dans son titre ! En fouillant trois minutes sur Google vous trouverez facilement à quoi le mot « juniper » en anglais peut faire référence. Mais la plus intéressante reste celle du genre botanique des genévriers (nom scientifique : Juniperus, dit juniper en anglais). En effet, certains arbres de ce genre peuvent vivre plus d’un millénaire et supportent même des sols très pauvres. Le parallèle avec l’histoire de Yorkie et Kelly est évident. L’amour est éternel et peut naître n’importe où.
En plus des références évidentes aux diverses époques présentées dans l’épisode, que ce soit les choix musicaux (si on m’avait dit qu’un jour je prendrais mon pied en écoutant un tube de Belinda Carlisle !) ou encore les affiches de films, Charlie Brooker dissémine avec parcimonie dans son scénario des set-up/pay-off qui décuplent la portée émotionnelle de certaines révélations. Ainsi lors du second visionnage, on ne regarde plus de la même manière les scènes ou Yorkie remue ses orteils dans le sable ou contemple avec attention la pluie couler le long de ses jambes. On comprend aussi pourquoi elle refuse une partie du jeu vidéo Top Speed (80’s gamers represent !).

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Ne vous y trompez pas, San Junipero est un endroit factice, une tranche de vie sous cellophane. Il n’est pas dépeint comme une solution pour vaincre la mort. C’est un endroit dans lequel on peut régler son niveau de souffrance physique, un simulacre de vie en somme. On devine facilement que cet univers peut très vite se transformer en prison éternelle. Mais il y a une « urgence » qui ressort chez Kelly et Yorkie. Une envie de croquer le moment présent, de brûler chaque minutes qui les rapprochent de l’heure du couvre feu (je rappelle que les deux personnages ne sont pas résidents mais touristes à San Junipero, ils ont le droit de n’y vivre que cinq heures par semaine, avant de passer « de l’autre côté » à la fin de l’épisode). Les deux amoureuses ont souffert une grande partie de leur vie et s’autorisent enfin à lâcher prise et se laisser aller, tout en étant conscientes que l’endroit qui les unie n’enrichira jamais leur relation et ne restera qu’un paradis artificiel.

Rarement un épisode de série télé aura conté une histoire d’amour aussi foudroyante qu’efficace. Un coup de foudre dépeint avec des jeux de regards. Les yeux de Yorkie débordent d’amour, elle veut rattraper le temps perdu, clouée sur son lit. Charlie Brooker signe avec San Junipero le meilleur épisode de l’anthologie Black Mirror. Certes un peu différent de ce que le show nous propose habituellement, mais tellement maîtrisé et puissant qu’on pardonne facilement cette petite exception qui confirme la règle. Puis bon, ça fait du bien de respirer un peu dans cette océan de merde que nous prédit la série avec une glaçante justesse.

 

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