Un film en un plan : Le colosse de New-York

 

 
 

Jeremy Spensser est un scientifique comblé : une épouse délicieuse, un fils espiègle et prometteur, il est adulé par la communauté scientifique qui s’apprête à lui remettre une récompense prestigieuse pour l’ensemble de ses recherches humanitaires, sous les yeux admiratifs de son frère et de son père, eux-mêmes scientifiques renommés. Un accident tragique viendra le faucher en pleine gloire au grand dam du monde entier, mais Spensser Senior refuse que le monde soit privé si prématurément des talents exceptionnels de son fils. Lui-même spécialiste des transplantations d’organes, il maintiendra secrètement en activité le cerveau de Jeremy post-mortem et assisté par son deuxième fils William, un pionnier de l’automatisation moderne, le redisposera ensuite à l’intérieur d’un gigantesque corps uniquement composé de métal et de processeurs. Bien que désorienté par sa nouvelle condition, Jeremy poursuivra activement ses recherches. Cependant son fils lui manque , et quand il découvre que son épouse développe une idylle avec son propre frère, Jéremy commence à sombrer lentement dans la haine, la rancœur et la folie. Son nouveau super-cerveau couplé avec un ordinateur ne fait d’ailleurs que lui confirmer ce qu’il ressent : au fond, le vrai problème de l’humanité, et bien c’est l’humanité elle-même. Ayant rompu avec ses dernières attaches et fort de ses nouvelles capacités, Jeremy Spensser part littéralement en guerre contre le monde et il n’est pas sûr que le monde en question puisse vraiment y faire quoi que ce soit..

Bonheur et joie dans un premier temps, car un film de s.f de cette époque (1958) c’est toujours un peu comme voir un épisode géant de la Quatrième Dimension (qui ne verra le jour que l’année suivante), mais surprise également d’y croiser Ross Martin au début de sa carrière – que l’on connaît mieux dans le rôle d’Artemus Gordon pour la série Les mystères de l’Ouest – et qui étonnamment était également le héros du (sublime) premier épisode (pour moi) de la série créée par Rod Serling évoquée plus haut, que je découvris assez jeune dans l’émission des frères Bogdanoff Temps X, et dont il sera question bientôt dans notre rubrique de l’épisode sublimé.

On retrouve dans le film d’Eugène Lourié ces discours pétris d’humanisme propre au registre et à l’époque (et que l’on ne peut entendre aujourd’hui sans avoir le cœur serré au regard des soit-disants progrès de la civilisation) mais surtout ce côté « prestidigitateur » dans la mise en place de son sujet. Quelque chose qui fait un peu défaut aux productions d’aujourd’hui, se reposant un peu trop sur le spectacuralisme grandiloquent que permet l’emploi des CGI. On prend ici plus de temps dans l’installation, en nous montrant d’abord le cerveau ré-activé de Jeremy Spensser relié à tout un tas de câbles et d’ordinateurs, plutôt que de nous présenter de suite la transplantation dans le corps mécanique. Bref, on s’attache davantage au processus et à son dispositif, à l’intermédiaire, et c’est parfois bien plus efficace qu’un déluge d’effets spéciaux – comme par exemple David Cronenberg en avait fait l’époustouflante démonstration avec son remake de La Mouche.

La créature quand à elle évoque un curieux mélange entre la première version cinématographique du Golem et le Métropolis de Fritz Lang, et les auteurs s’autorisent en plus dans la foulée un léger clin d’œil au Frankenstein de James Whale, mais le plan que nous avons choisi achèvera je l’espère, d’expliquer pourquoi certains films finissent immanquablement par se transformer en classiques.

Colossus of ny (2)

 

 

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