Critique : Suicide Squad

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Rating: 1.5/5 (2 votes cast)

Suicide Squad

De David Ayer

Avec Will Smith, Jared Leto, Margot Robbie, Viola Davis, Joel Kinnaman, Scott Eastwood, Cara Delavingne, Jay Hernandez

Etats-Unis – 2016 – 2h10

Rating: ★★★☆☆

SQ2

L’agent du gouvernement Amanda Weller a de la suite dans les idées : vu que l’Etat ne peut pas enrôler les super-héros et que ces super-héros peuvent venir d’ailleurs et donc être en réalité des super-méchants, pourquoi ne pas enrôler les super méchants humains sous les verrous en les soumettant constamment à une possible mort subite ? Etonnant non ? Pourtant…

Etant donné que la mode est aux films de super-héros, ainsi qu’aux blockbusters de petit écran via les série HBO et Netflix, pourquoi ne pas mixer les deux concepts ? C’est la mécanique de la franchise sérielle, commencée en premier par l’univers de Marvel Comics. C’est-à-dire que pour saisir les films Avengers, mieux vaut avoir regardé au moins un film Iron Man, un film Captain America et un film Thor. Mais l’univers DC Comics, dont est tiré le film critiqué, a mieux fructifier ses séries télévisées : les super-héros Flash (qui a droit à une petite apparition dans ce film) et Green Arrow sont mis en scène en série quand ce sont les seconds rôles qui sont mis au premier plan dans les séries Marvel (Agent Carter, Les agents du S.H.I.E.L.D). DC Comics récupère donc son retard lentement mais sûrement, au point que je me dis que j’aurais dû regarder Batman V Superman l’aube de justice avant Suicide Squad et qu’il me faudra regarder Captain America Civil War avant le troisième volet des Avengers. Alors que peut proposer David Ayer de particulier ? Par rapport ou non à Nolan (sans lui, il n’aurait rien eu de tout ce cortège de films de mecs en collant, et c’est le premier à signifier un méchant comme terroriste) ? Singer ? Raimi ? Whedon ? Snyder ? Vaughn ? ou Gunn ? On avançait un style proche de Deadpool, un film surestimé qui me rapproche de l’avis d’HollyShit, car il bénéficie d’un effet dit « Eminem » ou « A$ap Rocky » : ces deux rappeurs bénéficient d’un auditoire dont le tiers voire les deux tiers n’écoutent pas énormément de rap, quand Deadpool attire les non-fans des films de super-héros. Et cette accroche particulière me permet présenter Suicide Squad comme le premier film de super-héros hip hop/ musique urbaine (d’ailleurs Eminem est sur la bande originale, aux côtés d’Action Bronson, Rick Ross, Lil Wayne, Wiz Khalifa ou la révélation r’n’b Kehlani). Mais le hasard faisant bien les choses, en attendant patiemment la sortie du film, je suis tombé sur le film d’animation Batman : assaut sur Arkham, mettant en scène justement la Suicide Squad. Il y a néanmoins des différences : Killer Croc est remplacé par King Shark (un requin pour un crocodile), Katana par Killer Frost (une femme de glace pour une sabreuse) ou El Diablo par Black Spider. Ils doivent aller récupérer une bombe dans l’asile de Gotham, ainsi que faire libérer le Sphinx (l’homme-mystère Edward Enigma). Dans la veine de l’ambiance sombre et violente de l’homme chauve-souris, il se dégage un certain humour parsemé de quelques frictions. Et surtout, cela m’a permis de rester en haleine jusqu’à la version « live ».

Will Smith (l’homme qui a refusé Matrix car scénario trop flou, puis Django Unchained car il tenait à tuer le personnage de Calvin Candie) n’a pas été autant en forme depuis longtemps et nous fait oublier le Deadpool -1 : Hancock. Margot Robbie s’installe calmement comme la blonde badass (sens propre comme au figuré) bien plus osée que ses aînées, Joel Kinnaman et Jai Courtney deviennent des têtes auxquels on s’habitue dans les films de genre, vu qu’on s’est déjà habitué à Adewale Akinnuoye-Agbaje (Oz, Lost, G.I Joe, Thor Game of thrones) et Viola Davis est excellente en femme de pouvoir. Tout cela permet une très bonne gestion des temps morts et autre temps faibles. Car on n’échappe pas aux séquences dites catalogues – présentation de chaque personnage, effets « clipés » pour exprimer la relation entre le Joker et Harley Quinn, une histoire d’amour tendu et touchante pour ne pas dire impossible entre deux personnages (Flag et Moone), les remords de méchant – alors un peu d’humour et d’alcool font leur effet. Malgré cela, les séquences d’action sont un peu répétitives à la manière d’un jeu vidéo (traverser la ville, monter un immeuble, traverser le métro, un boss puis un second boss), cela me fait penser à Street of Rage (un beat’em all plus qu’un film de super-héros?) ou la franchise de Capcom Resident Evil, alors que le récit propose un état de siège et une esthétique de la ruine. D’ailleurs je ne trouve pas l’esthétique très poussée, notamment les méchants, en plus d’une absence de design, peu d’inspiration pour les décors, et il n’y a que Deadshot, le Joker et Harley Quinn qui ont un look et de la classe.

SQ

Cela n’empêche pas Suicide Squad de se positionner en possible quasi-équivalent d’Avengers et d’emporter du bout des doigts le titre de blockbuster de l’été car c’est le fun qui prime. Après, avec la trilogie Batman de Nolan, lKick-AssSuperAvengers et Les gardiens de la galaxie, tout a été fait  et dit dans le registre super-héros, la pente descendante est amorcée depuis, on ne peut s’attendre à une surprise ou à une réflexion nouvelle, juste à des films pop-corn correspondant ou non à nos goûts, avec une durée relative. La vraie question est que nous dit le blockbuster actuel? Sinon pour revenir au film critiqué, tout en évoquant de loin la paranoïa Daesh, il prolonge, d’une certaine manière, la réflexion du super-héros, une réflexion très américaine. En effet, si les super-héros envahissent autant nos écrans, on pourrait le justifier par le souhait humain trop humain des américains à vouloir être des super-héros, plus précisément des métahumains ou transhumains. Car il faudrait ce genre d’être pour arrêter Daesh ou autre groupe terroriste, pour établir une dissuasion d’armement massif, pour faire disparaître le concept de secret d’Etat ou secret défense, tout simplement pour contester l’ordre mondial (donc le rééquilibrer ?) ou être le défenseur de l’humanité face à une attaque extraterrestre. Quitte à me répéter, oui aux super-héros, non aux superpuissances. Mais cela suggère aussi que l’homme, d’un point de vue américain, veut de plus en plus dépasser sa condition d’homme : la connectivité via internet, les satellites, l’allongement de la vie, l’intelligence artificielle, la mémoire numérique ou la robotique (vous connaissez les histoires de l’homme qui a installé une caméra à la place de son œil invalide, de ceux qui s’installent des diodes et autres implants sous la peau ou ceux qui avalent des pilules de musique « techno pills »…).

PS : il est évident que Suicide Squad annonce Justice League… oups ! Spoiler…

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…