Critique: Deadpool – Contre

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Rating: 3.8/5 (4 votes cast)

Deadpool

 

D’un réalisateur interchangeable

Avec le mec persuadé d’être cool malgré tous ses fours, la bonasse qui était déjà toujours à poil dans Homeland, le type qui s’est fait dégagé de Game of Thrones

Etats-Unis – 2016 – 1h48

Rating: ★☆☆☆☆

 

Alors que les super-héros continuent de proliférer sur nos écrans, suscitant tout autant les attentes béates que la lassitude, et que les cadors de chez Marvel comme de chez DC s’apprêtent à se foutre poliment sur la gueule, Deadpool semblait nous promettre un peu de vent frais. Fort d’une promo agressive, le méta-super-héros débarque donc sur nos écrans et rafle la mise au box-office. Pas sûre par contre que le genre en sorte grandi…

Si j’avoue ne pas connaître le comic book originel (que les puristes me flagellent !), j’ai en revanche bien compris que Deadpool se démarque de ses collègues en collants par sa lucidité face à sa condition de héros de comics, affichant dès lors une distance des plus ironiques. Le film use de cette corde avec une finesse pachydermique, notre héros enchaînant les adresses roublardes aux spectateurs (sans autres idées par ailleurs !). Tandis que Ferris Bueller, Wayne Campbell ou Rob Gordon (le narrateur de High Fidelity) brisaient le quatrième mur pour mieux nous inclure dans leurs récits, Deadpool lui se limite à des vannes sur les X men et les précédents fours de Ryan Reynolds (comme si l’autodérision suffisait à redorer un blason !), oubliant juste de nous raconter une histoire un minimum intéressante. Alors qu’il chambre la concurrence, le film se vautre dans les pires clichés du genre, citons par exemple l’histoire d’amour bien mièvre (les blagues de cul ne faisant pas vraiment illusion), le side kick geek (forcément !) et le méchant sans saveur aucune. Bien évidemment, vous comprendrez vite que Deadpool finira par devoir aller sauver sa copine des griffes du vilain. Là où la sincérité d’un Sam Raimi permettait à ces archétypes de s’incarner dans toute leur pureté, l’approche méta-cool-j’m’en foutiste de Tim Miller (dont la principale qualité est la capacité à livrer un blockbuster low cost) empêche le moindre embryon d’identification.

Même si plusieurs vannes font mouche, le film déploie son dispositif à vide (et sa structure alambiquée ne trompera personne !), à la manière d’un Shrek qui se voulait subversif en tournant en dérision le puritanisme de Disney pour s’avérer finalement tout aussi moraliste que son modèle. Tandis que la distance pourrait servir à décortiquer les codes, Deadpool se révèle incapable de porter le moindre regard sur le genre. Tout comme chez l’ogre vert made in Dreamworks, le film de Tim Miller aborde son sujet avec superficialité et se contente de clins d’œil aux productions des cinq dernières années, se condamnant ainsi à être complètement dépassé dans dix ans. Je ne peux m’empêcher de penser à Last Action Hero où McT n’hésitait pas à invoquer les fondements mythologiques du héros pour mieux les confronter avec bonheur au cinéma d’action des années 80/90. Tandis que nous plongions avec Danny Madigan à travers l’écran pour vivre ses fantastiques aventures cinématographiques, le sadique et cynique Deadpool, lui, nous rappelle à notre statut de spectateur, nous mettant ainsi constamment à l’écart derrière la barrière rendue infranchissable de la toile sans rien donner à nous mettre sous la dent en échange.

Si j’ajoute des scènes d’action oubliables (un rated R ne suffit pas à garantir un film bourrin !) et une performance de Ryan Reynolds sans grand génie (même si le bougre se débat comme un beau diable : il est encore loin du cool !), force est de constater que le vent frais n’aura donc pas soufflé et, dans l’attente sans espoir d’un Suicide Squad qui ne devrait pas beaucoup rehausser le niveau, je m’en retourne plutôt à Kick Ass et Super pour oublier ce punk de supermarché de Deadpool.

HollyShit

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C’est un endroit extraordinaire dont le nom s’affiche fièrement à front de colline (le « O » est à Alice Cooper et le « Y » à Hugh Hefner !) : cité des anges où tout le monde a un sexe, Mecque où les juifs sont bienvenus, usine à rêve désormais spécialisée dans le recyclage … Les étoiles tapissent ses trottoirs à défaut de pouvoir percer les nuages de pollution. Sous son soleil paradisiaque, la neige y tombe pourtant toute l’année, importée directement de Colombie. Là-bas, les nourrissons tètent du lait au silicone et les mexicains rêvent d’avoir des guatémaltèques pour récurer leurs toilettes. Ce pays sera ici représenté par un émissaire qui n’y a jamais foutu un pied et qui signe « Clém’ » à la pointe du stylet de sa palette graphique.