Récap des séries télé 2015 – Première partie : les oubliés

 
 
 
 

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..difficile de tenir un suivi rédactionnel décent lorsque la plupart de nos hits télévisuels de l’année précédente sont pour la plupart en train de se terminer dans les derniers couloirs du calendrier de cette année-ci. C’est pourquoi nous attendrons, ce qui nous permettra d’aborder pour patienter quelques unes des séries que justement nous n’avions pas eu l’occasion de passer en revue.

Un grand absent subsistera cependant, pas des moindres, Rectify, la création de Ray McKinnon (qui a tout de même initiée cette rubrique et dont nous ne dirons jamais assez de bien) au vu des écarts de diffusion entre chez nous et Outre -Atlantique ; en effet la saison 3 étant déjà terminée aux USA tandis que la saison 2 ne sera certainement pas diffusée avant l’année prochaine par Arte.

 

THE STRAIN S1 et 2

Produite par Guillermo Del Toro et adaptation de sa propre création littéraire (une trilogie de romans) déclinée par la suite en comic-books chez Dark Horse (sous la plume du talentueux David Lapham – nous reparlerons de ce monsieur), cette série fantastico-horrifique se propose donc de relater l’invasion de New-York par une créature surnaturelle et ses hordes maléfiques. Les auteurs opèrent un petit mix sympathique entre Bram Stoker (l’arrivée par avion à l’aéroport Kennedy n’est pas sans rappeler celle de Dracula en bateau dans le roman original) et H.P Lovercraft (pour les origines un peu plus vagues de la créature) tandis que visuellement, Del Toro recycle avec une petite touche un peu xénomorphe les vampires mutants qui avaient fait le succès de Blade 2. La cité se retrouve rapidement submergée et différentes factions s’organisent, pas forcément toutes dans un esprit de Résistance.

Les thématiques sont très bien (une réflexion sur l’universalité du Mal, avec un parallèle avec les Nazis évidemment, mais aussi ses dérivés contemporains : corporatistes souvent, institutionnels parfois – ahem) le déroulement de l’intrigue également, qui se renouvelle très bien du fait des enjeux cités plus haut qui demeurent à déduire pour nos héros mais malgré des personnages plus intermédiaires (leur degré de relation avec le surnaturel) et de belles touches intimistes (les citoyens transformés s’en prennent d’abord à ceux qu’ils aiment) la série a reçu un accueil mitigé, quelque chose ne prend pas : malgré les moyens engagés on ne ressent peut-être pas la même gravité des enjeux que dans The Walking Dead par exemple, à côté duquel The Strain apparaît un brin manichéenne.

Mais ça reste généreux à tout point de vue (on retrouve quasiment toutes les obsessions thématiques et cinéphiliques de Del Toro – notamment l’apparition dans la 2e saison d’un catcheur mexicain, ancienne gloire de séries Z , prétexte à une magnifique séquence rétro en noir et blanc à la Ed Wood de Tim Burton et qui relève absolument du plus pur fan-service, sans compter qu’ il est quasi certain que ce personnage va continuer de prendre de l’ampleur) et exigeant dans son traitement pour le cadre que la série s’est finalement imposée à elle-même. De plus la photographie est magnifique. Les fans hardcore seront peut-être déçus, par contre une audience neuve peut-être pas..

 

LES REVENANTS S1 et 2

les revenants

..soupir.

Soupir oui, soupir pourquoi, et bien soupir parce que j’avais adoré le long-métrage de Robin Campillo en 2004 et entre deux drainages de comptoir j’avais clamé bien haut que ça ferait une putain de série-télé et je crois que tout Lausanne-Geles s’en souvient. J’avais un peu tardé au visionnage de la série mais lisais à gauche à droite que ça avait surpris son monde, y compris Outre-Atlantique, c’est pour dire si je partais confiant, m’attendant à trouver le chaînon manquant entre The Walking Dead et The Leftovers. Maintenant que je l’ai sous les yeux je réalise que c’est encore une des petites tapes sur la tête condescendantes dont nos Amis Américains ont le secret, mais à l’heure qu’il est tout le staff et toute la prod de la série doivent avoir la gueule remplie de petits-fours jusqu’à la garde, on va donc plutôt garder cette discussion pour nous. Vu le battage régulier autour, ce que je m’apprête à vous dire relève, surtout à l’heure actuelle, de l’anti-patriotisme le plus crasse, mais puisqu’on parle aussi de Lausanne la belle, la grande, la cité-lumière avec le plus beau musée d’Art Brut au monde, alors rendons-lui hommage pour de vrai : je ne peux en effet pas m’empêcher de me demander si le nouveau réal (ou les prods) n’ auraient pas assistés là-bas à quelques représentations de théâtre contemporain (de l’époque, y a dix ans donc) et s’en seraient inspirés pour nourrir les temps forts de leur récit, si ce n’est qu’ils n’auraient retenus que les finals..

En effet dans Les Revenants, on vous joue et vous rejoue toujours un peu la même scène : les personnages se fixent, longtemps, beaucoup, c’est l’incommunicabilité entre les êtres (surtout qu’il y a du surnaturel) chacun remonte son sourcil (champ/ contre-champ) puis viennent les dialogues (« -j’ai peur »  « – t’inquiètes pas ça va bien se passer »)(on peut vraiment compter les répliques, essayez parce que il n’ y que là où vous aurez quelques chances d’être vraiment effrayés) et puis tchac, musique atmosphérique (très réussie, merci Mogwaï). Mais c’est aussi précisément pourquoi la série devient parfois vertigineuse, presque expérimentale (un peu à la façon de Voisins Voisines  à une époque sur la 5) parce que même les ficelles les plus apparentes sont traitées solennellement .. De même que les fautes de français (« elle sera en danger où qu’elle est ») ou encore des incohérences qui relèvent du philosophique accidentel le plus sublime et propulsent le récit vers des abîmes métaphysiques insondables («  – nân mais si tu veux on peut t’aider » « -nân mais je veux pas de votre aide.. Et eux-là tous, qu’est-ce qu’ils foutent-là ? » « -ils sont comme toi ils cherchent des réponses » « – j’ai fait le tour de toutes les questions moi tu sais, et vous bien sûr vous pouvez pas m’aider ») (…) . Tout ceci se retrouvant probablement justifié par le fait que l’action se situe dans une petite bourgade (mais en se prenant un peu plus au sérieux que Brumo Dumont avec P’tit Quinquin) (qui sous bien des aspects serait l’anti-thèse, la Némésis absolue – voire un majeur bien tendu – à l’intention d’une approche artistique comme on la voit à l’oeuvre avec Les Revenants) (on va y revenir) et le fait que nos personnages soient , comment dire, « humains trop humains » – pensons à la superbe discussion sur la foi dans la première saison entre un capitaine de gendarmerie et un prêtre, là on sent carrément la présence d’un grand, très grand écrivain, derrière les dialogues..

De même que plutôt qu’expliciter (et donc ASSUMER) ouvertement une thématique, une idée, un propos, on nous fait systématiquement le coup du vague, du mystère, du silence plein d’antécédents, envoyant l’intrigue dans des fausses directions juste pour relier les personnages ni vu ni connu (sérieux..) alors qu’il y avait tellement à faire avec ce concept plutôt que d’essayer d’en faire un espèce d’ersatz de fresque osant presque lorgner du côté de Lost (bien que les auteurs se revendiquent plutôt du film Morse ) d’ailleurs à la fin de la première saison, je nous voyais partis pour 5 autres minimum, mais je ne sais pas si l’audience aurait tenu le coup si on avait continué avec les mêmes effets de manche (tu dois partir/ il faut rester – tu ne peux pas/ non je peux car il le faut – et euh t’inquiètes pas ça va bien se passer) et le jeu un peu empesé des comédiens (perpétuellement engoncés dans la « contemplation stupéfaite » pour un oui ou pour un non) qui continuent de plomber la 2e. Tout se tient cependant au final, enfin si on veut, il y a un vague sous-texte intéressant (les revenants ont toujours faim, ils se déplacent comme un peuple en exode ; une vague parabole également sur les conflits inter-générationnels et l’institutionnalisation de nos unions – peut-être obsolète et source de tellement de drames – ainsi que quelques rebonds sur la notion d’être « parti pour autrui », ça aurait été dommage). Le final laisse cependant cet univers plus ou moins ouvert mais pitié pourvu que ce soit géré autrement si jamais c’est repris (ça mériterait) (un format anthologique par exemple, avec des personnages différents et une toute autre appréhension de la situation à chaque fois, plus proche du métrage originel – la photo est assez réussie par contre, ça faut garder). Non, ce qui est vraiment étrange c’est que l’on aie pu parler de sobriété dans l’approche et surtout de renouveau du genre.

Donc voilà, Les Revenants, la crème de la crème, sous nos applaudissements..

 

PEAKY BLINDERS S1 et 2

.. là par contre on frôle le chef-d’oeuvre : cette fresque sur l’ascension d’un gang irlandais dans le Birmingham de 1919 renoue avec un souffle épique que l’on pouvait croire à jamais disparu. Deux courtes saisons de six épisodes à chaque fois (qui sentent la sueur, le sang, le mauvais whisky et les coups en-dessous de la ceinture) ce qui est plutôt honnête car ici on cherche pas à gonfler l’intrigue avec rien, et qui confère d’autant mieux à chacune un impact et une assise indéboulonnable. Des seconds rôles parfaits dont tout de même Sam Neil, Annabelle Wallis et Tom Hardy tandis que Cillian Murphy occupe le devant de la scène, absolument impeccable (autant qu’ implacable) dans le rôle d’un chef de gang ambitieux et hanté par ses souvenirs sur le Front pendant la première guerre.

 

 

P’TIT QUINQUIN

..c’est pas toujours facile dans le Nord-Pas-de-Calais quand on a dix ans, entre un grand-frère handicapé moteur, un grand-père sénile, un père qui veut pas comprendre et des nouveaux au village qui veulent lui tchouler sa copine, faut pas s’étonner si Quinquin envoie parfois le vélo se garer tout seul dans le poulailler. Qu’est-ce qu’on doit se dire en plus quand une série de meurtres mystérieux commencent de se produire et que l’on retrouve des notables découpés en morceaux et enfournés dans le cul des vaches (qui de fait, meurent un peu sur le coup) et que le cours de l’enquête policière se rapproche dangereusement de notre cercle familial ? Mais à cela, le lieutenant Carpentier et le Commandant Van der Weyden répondront pour nous : nous sommes dans les tréfonds les plus sombres de l’âme humaine, au plus près des racines du mal (si seulement on voulait bien laisser Bruno Dumont adapter justement ce roman de Maurice G. Dantec)… Ce ne seront toutefois pas les seuls massacres auquel le spectateur assistera impuissant, car à chaque final des deux premiers épisodes nous auront droit au morceau « Cause I knew » chanté dans son intégralité (à capella d’abord puis avec une instrumentalisation ensuite) (mais ça change rien) par Aurélie Terrier (la grande sœur à Eve, la copine de Quinquin) qui concoure pour un radio-crochet.

Au travers cet hommage respectueux mais distancié au Twin Peaks de David Lynch, ici transposé dans le terroir, Bruno Dumont égratigne la société autant que la société du spectacle avec ses personnages aux mimiques à côté de la plaque, aux dialogues pas toujours audibles et au jeu éminemment circonstancié (« bon euh on va parler de ce qu’on doit maintenant hein », si on devait désigner une des nombreuses et hilarantes lignes de mise-en-scène), ses policiers un peu inspecteurs des travaux finis, ses perroquets incompétents des médias et surtout ses bonnes gens irréprochables. Un miroir tendu aux yeux du monde qui n’a pas spécialement fédéré toutes les audiences, si l’on en croit certaines réactions quand au choix du réalisateur de travailler avec des acteurs non-professionnels, de la part d’individus qui ne se sont sans doute pas reconnus mais toujours un peu prompts à cracher sur les soit-disant déficients congénitaux qu’on leur montre, plutôt que de remarquer ceux qu’ils ont sous le nez au travers de la petite lucarne à chaque jour que Dieu fait, dont ils ne perçoivent certainement pas non plus la responsabilité ni dans les tensions raciales contemporaines, ni dans le déficit de l’éducation.. Pourtant ces personnages apparemment à la ramasse font cependant preuve eux, d’un peu plus de recul, à l’image de Quinquin et de sa bande de potes après le pétage de plombs du jeune Mohammed, et prennent au moins la peine de questionner leurs propres actions (« tiens, et si c’était de notre faute ? ») ce qui sera toujours davantage au regard de ceux éternellement calibrés sur les programmes au discours – ainsi qu’au sentimentalisme – formaté de la société du divertissement qui n’en doutons pas, les aidera toujours immanquablement à reprendre le cours habituel de leurs vies.. (ça c’est fait).

Grand oublié dans notre Palmarès des révélations télévisuelles de l’année dernière, c’est avec une impatience non dissimulée que nous attendons la 2e saison, Quinquin et les extra-terrestres.. (il semblerait que le titre provisoire de la saison 2 soit Coin Coin et les Exchtraterrestres, ndlr)

 

THE KNICK S1

 

Plaisir de retrouver Steven Soderbergh sur le petit écran puisqu’il est brouillé avec celui des grandes salles, mais on ne pourra jamais lui reprocher vraiment de vouloir par ce biais préserver son intégrité artistique. The Knick nous raconte le quotidien du personnel d’un hôpital new-yorkais du début du siècle, entre tensions raciales, histoire de gros sous et manque de subsides aussi bien que de matériaux pour les recherches du Dr Tackhery (inspiré de la figure controversée du Dr William Halsted et interprété par Clive Owen) pionnier dans le secteur de l’innovation médicale mais aussi toxicomane au dernier degré, et où avec la virtuosité de mise-en-scène qui le caractérise, Soderbergh dynamite certaines notions du politiquement correct en nous agitant sous le nez avec délectation tout un tas d’ anachronismes qui ont encore la vie dure. On me signale tardivement à l’oreillette qu’une 2e saison dont je ne savais rien (de dix épisodes également) serait actuellement en cours de diffusion, aussi j’espère que ce succin résumé vous encouragera à vous intéresser (sans idées préconçues) à cette série de grande qualité.

 
 

Retrouvez l’intégralité du récap ici

 

 

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