Critique: Le Tout Nouveau Testament

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Le Tout Nouveau Testament

De Jaco Van Dormael

Avec Benoît Poelvoorde, Yolande Moreau, Catherine Deneuve, François Damiens, Pili Groyne

Belgique – 2014 – 1h54

Rating: ★★★★★

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Une famille comme les autres, ou du moins presque. Un père toujours fourré dans son bureau, une mère au foyer quasi-muette faisant constamment le ménage. Pour les enfants, il y a eu un fils aîné, disparu ou parti, on ne sait pas trop, mais son ombre pèse… Et une fille cadette, qui se révèle téméraire et rebelle, tellement rebelle qu’elle ne peut pas pleurer. Donc une famille comme les autres, ou presque, sauf que le fils absent est Jésus-Christ et le père de famille, Dieu…

Le film suit les procédés de la fable, du conte et du roman, telle la Bible et son style de récit un peu hybride. Cela en appelle à l’Ancien Testament pour le postulat « Paradis sur terre » et châtiment divin, et au Nouveau pour la figure du messie et des apôtres. Par des monologues, tantôt à l’écran face caméra tantôt en voix off, on assiste à six histoires de tous les jours, six histoires de vie normale. Six histoires magnifiées et sublimées, avec la répétition du procédé de « petite musique dans le cœur » : chacun de nous posséderait dans son cœur, via son battement, une musique propre à une œuvre connue comme une sonate, une symphonie ou un tube populaire. Ces petites choses forment un discours sur la vie, sur ce qu’elle a d’immensément belle – les rêves, les souvenirs, les expériences ratées – mais ce qu’elle a d’immensément triste et grave – la déception, la frustration, le rejet et bien sûr la mort. On rigole de la vie tout comme on la sacralise, une ambigüité propre au fantastique, jouant sur l’entre-deux. Jésus, puis sa petite sœur, diffusent l’amour quand Dieu le père (excellent Poelvoorde) exprime l’aigreur et la détestation. Et puis apprendre conscience de la date de sa mort, point de départ de l’aventure pour la cadette Ea, provoque à la fois le vertige et la conscience complète de soi. Memento mori. En effet, on est seul face à soi-même mais on n’a plus peur car on est fixé. De là le choix, ou entre-deux si vous le voulez : celui de vivre comme si on n’allait jamais mourir et par conséquent mourir comme si on n’avait jamais vécu, ou celui de forger son propre destin. Car même quand on sait quand la musique s’arrête, on a tout le loisir de choisir d’agir sur ce qui se passe avant.

Alors, nous assistons leçon de vie sur leçon de vie, où il est signifié qu’on est plus vivant la larme à l’œil que le rire aux lèvres. Cela permet une certaine inventivité dans l’enchaînement des actions (un clochard comme guide sur Bruxelles pour Ea, en plus d’être témoin et scribe de la Parole d’Evangile), face à une esthétique morne de Bruxelles tout en gris, en rouge et en vert, entre gratte-ciels laids et barres d’immeubles. Mais il est aussi important de souligner le dispositif loin/proche entre les personnages, surtout du point de vue d’Ea. En effet, c’est d’abord avec distance que l’on regarde les apôtres, puis au fur et à mesure que le point de vue se rapproche, de manière très fluide, l’empathie et la sympathie nous embarque auprès de ces personnages. Cette approche en deux est très intelligente rend les personnages ni méchants ni vraiment bons, juste dans leur envie de devenir meilleurs.

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Le Tout Nouveau « tout beau » Testament essaie de nous faire relativiser la vie, notre rapport aux autres et à nous-même. On est tous dans la merde, on fait tous preuve de peur ou de courage, alors peut-être qu’on devrait se serrer les coudes tout en prenant de la distance avec les choses et apprécions, soyons reconnaissant de ce que nous avons déjà. Et cette version tragicomique de Tree of Life vous fera aimer l’humanité et la vie, ne serait-ce qu’un moment. Et ce n’est pas grave de ne pas aimer ses parents, quant à Dieu, si il était à notre place, dépourvu de ses pouvoirs, il galérerait autant que nous.

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…