Critique: Chasseur de Fantômes

VN:F [1.9.22_1171]
Notez ce film
Rating: 4.7/5 (66 votes cast)

Chasseur de Fantômes
de  et avec GussDx

Rating: ★★★★☆

Ici, nous tenterons de sortir de nos salles obscures et de quitter nos vidéothèques fournies pour lancer une recherche sur le net, sur le fameux outil Youtube pour être plus précis. Ce dernier s’est, depuis quelques années déjà, illustré comme un véritable lieu de création où fleurissent pléthore de concepts originaux et autres web-séries intrigantes : c’est l’une d’entre elles qu’il nous incombe de chroniquer aujourd’hui. Mais attention, faites-y gaffe mes très chers lecteurs, eu égard au sujet abordé, il ne sera pas question de débattre dans ces lignes du fond de la chose, quand bien même il conviendra d’en dire quelques mots au terme de notre analyse, mais plutôt de montrer en quoi, votre serviteur la considère comme un pur objet artistique, possédant une véritable identité donc, fruit d’un travail acharné et passionné qui n’a rien à envier aux found-footage qui pullulent à vitesse grand V ces dernières années dans les rangs du cinéma de genre.

chasseur de fantomes

Les Ghost Show ne sont pas légions en France. Pour ma part, un seul et unique représentant avait jusqu’alors su attirer mon attention, l’iconoclaste Dead Crossroads de Fabien Delage, mini-série en 12 épisodes fascinante à de nombreux égards, mais malheureusement trop courte et inégale pour pleinement convaincre ; il n’en demeure pas moins que la photo somptueuse des lieux explorés et un travail remarquable sur l’ambiance délétère et macabre de ceux-ci, offrent de beaux moments de malaise et, sinon de profonde peur, au moins quelques frissons nous parcourant l’échine attendus et donc nécessaires dans ce type d’effort. Toujours est-il que Dead Crossroads sait plutôt intelligemment maintenir l’ambiguïté sur les phénomènes vécus, se plaçant quelque part entre le documentaire témoignant de faits étranges véritables et la fiction les créant de toutes pièces, ce dernier pan permettant un crescendo dans les manifestations, pas toujours réjouissant, manque de budget oblige.

Guillaume Durieux alias GussDx est un vidéaste français. Il y a un peu plus d’un an, il poste un premier contenu au concept intriguant assez rapidement relayé via les réseaux sociaux : caméra au point poing, une facecam la chevauchant, il se rend dans une demeure abandonnée, étant prétendument le théâtre de phénomènes étranges ; il est seul, a pour uniques compagnons quelques appareils rudimentaires de chasseurs de fantômes dont il n’est pas forcément convaincu du fonctionnement ou des potentiels résultats. Après avoir opéré une visite des lieux de jour, il attend la tombée de la nuit et s’engouffre dans les ténèbres afin de, peut-être, vivre une expérience, si ce n’est paranormale, au moins bizarrement éprouvante…

 

Chasseur de fantômes est une série documentaire, c’est important de le signaler, son commanditaire récusant toutes formes de trucage et donc de fiction, il convient en effet de le préciser dans un tout premier temps. L’idée est, à l’origine simple mais ultra-efficace en cela qu’elle touche à des peurs on ne peut plus viscérales : se retrouver plongé, coupé de tout et de tous, dans l’inconnu, dans le silence inquiétant d’une vieille maison abandonnée qui va, peu à peu, se mettre à parler le langage nocturne, celui que le jour et le capharnaüm ininterrompu du quotidien rend inaudible : craquement du plancher, chute de gravas, porte qui grince, cognements dans les murs,… En premier lieu, ce n’est nullement l’angoisse d’une quelconque entité paranormale qui irrite nos sens mais bien la découverte de cette autre réalité, celle qui s’agite lorsque nous dormons, que nous n’expérimentons que quelques minutes de temps à autre, lorsque nous nous éveillons au beau milieu pour aller chercher un verre d’eau à la cuisine. En cela, et depuis le tout premier épisode (la série en compte actuellement neuf en constante amélioration technique répartis sur deux saisons), GussDx témoigne d’un grand talent pour restituer une ambiance : la mise en scène, si on peut l’écrire ainsi, et le montage ne sont pas là l’occasion de modifier le réel, mais au contraire de le transmettre le plus fidèlement possible, de donner presque l’impression d’une captation directe alors même que le montage est extrêmement présent ; au plus, le soundtrack, finalement assez discret, ne fait que renforcer ce qui se déroule devant nos yeux sans cependant devenir trop envahissant ni crée une trop grande superficialité à l’ensemble. Au-delà d’une ambiance, ce sont souvent des émotions que va transpirer l’image, émotions différentes à chaque épisode, propres à chaque lieu donc permettant un renouvellement plus que bienvenu du concept, émotions ressenties par celui qui s’aventure en ces contrés devenues surréalistes, fantastiques à la lueur de la lune. Ainsi, le spectateur vit cette exploration nocturne à ses côté, sentiment renforcé par le fait que notre guide nous adresse régulièrement des commentaires sur la situation telle qu’il est en train, de fait subjectivement, de la vivre, mais, en faisant cela, il s’adresse indéniablement à notre propre subjectivité et crée donc une implication, une immersion totale.

Le choix d’user des codes du found-footage qui eux-mêmes se nourrissent de ceux du documentaire mais également depuis quelques années du jeu-vidéo, que cela soit une démarche consciente ou inconsciente de la part de l’auteur, est une riche idée puisque, entre des mains habiles, ils peuvent constituer une arme redoutable d’immersion : un rythme relativement lent ancrant fermement à une réalité banale, sordide parfois même lors de la visite de jour, le point de vue à la première personne et en même temps à la troisième, mais aussi les split-screen ouvrant sur une multiplicité de points de vue à l’aide de plusieurs caméras installées sur un même espace ou sur des espaces non visibles par le protagoniste, l’affichage de la carte des lieux et des déplacements dans les bâtiments, l’apparition régulière de divers messages d’alerte visuels ou sonores et de notes lorsqu’il semble se passer quelque chose, … Bref, le recours à un véritable interface par définition artificiel permet au contraire d’être le plus possible, autant que faire se peut, immerger dans l’enquête, que chaque événement vienne frapper nos sens comme si nous y étions. Ajoutons à cela la partie a posteriori, l’analyse généralement prudente faite de replay accompagnés d’une voix-off, qui tente, autant qu’il est possible de le faire, de se placer dans une posture plus objective, les frayeurs n’étant plus d’actualité, sans pour autant prétendre à une forme scientificité mal placée. Du côté de la fabrication, Chasseur de fantômes alors même qu’il bénéficie de moyens très limités, réussit largement, en tant que divertissement pur, à surpasser bon nombre de Ghost Show bien plus fortunés et de found-footage hollywoodiens lénifiants.

Qu’en est-il maintenant du contenu : a-t-on peur ? Et, de manière triviale, voit-on des choses ? Ces questions sont épineuses et, en même temps, elles ne le sont pas tant que ça… Oui, je peux l’écrire, on peut voir des choses, elles font parfois froid dans le dos, vous pourrez éventuellement chercher et même trouver quelques explications pour certaines, et d’autres vous mettront peut-être dans un embarras rationnel, et pourquoi pas dans le malaise, dans le doute, et même plus… Tout va dépendre de votre degré d’implication dans le sujet traité. Ceci étant dit, documentaire oblige, des épisodes ne donneront strictement aucun résultat, voire même en donneront mais, ces derniers, passés au crible de l’analyse souvent pertinente opérée par l’auteur lui-même (qui n’hésite pas à faire de nombreuses concessions quant à certaines données définitivement personnelles), trouveront une explication rationnelle. Dans tous les cas, vous aurez passé un très bon moment, aurez suivi les aventures d’un personnage des plus attachants, aurez subi, à ses côtés, l’angoisse de l’attente de quelque chose, parfaitement transmise, qui n’arrivera finalement peut-être pas.

Difficile de vous en dire plus à ce sujet, comme je l’écrivais plus haut, Chasseur de fantômes en appelle avant tout à votre subjectivité, à votre propre perception des événements et à leur interprétation à l’aune de vos croyances, à votre capacité à ne pas prendre tout ce que l’on vous donne par l’image comme une vérité inextricable, mais vous invite aussi à laisser une porte ouverte, l’espace de quelques heures, à un autre chose sans oublier, à plus forte raison si vous avez été troublé, d’user de votre esprit critique. Pour ma part, si je devais énoncer en guise de conclusion quelques bribes de la subjectivité dont nous ne cessons de parler dans ces quelques paragraphes : oui, tout d’abord, je suis devenu accroc à la série et puis, je dois l’admettre, j’ai été plus que déstabilisé par un ensemble d’éléments capturés, après, en ce qui concerne leur nature concrète, nulle réponse. A vous d’aller y jeter un œil plus qu’attentif et de peut-être, je l’espère en tout cas, vous laisser embarquer dans l’aventure…

 

Naughty Bear

Partager cet article
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • email

About Naughty Bear

Esprit vengeur adepte donc de la loi du Talion enfermé dans une peluche : œil pour œil, dent pour dent de préférence marteau au poing (quand il n’a pas les mains occupées à manipuler des cartes à jouer)… tout cela en version nounours bien sûr ! Aimant humblement à philosopher sur toutes formes de monstruosités y compris la sienne »Je sais que je suis une bête, cependant j’ai le droit de vivre non ? »… tout cela en version nounours bien sûr ! Un scanner récemment effectué a pu révéler qu’il possédait en guise de rembourrage des pellicules plein la tête (hardcores si possible), l’écriture s’avère dès lors le seul et unique moyen de les exorciser. Avez-vous déjà vu un nounours armé d’une machette se confectionnant un masque avec le cuir ou plutôt le tissu de ses victimes ? Maintenant, oui.