Critique: Tale of tales

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Il Racconto dei Racconti

de Matteo Garrone

Avec Salma Hayek, Toby Jones, Vincent Cassel, John C. Reilly

Italie, France, Grande-Bretagne – 2015 – 2h13

Rating: ★★★★☆

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Il était une fois trois royaumes  voisins où dans de merveilleux châteaux régnaient trois rois et reines, princes et princesses : un roi fornicateur et libertin, un autre captivé par un étrange animal et une reine obsédée par son désir d’enfant…

Après le succès critique de Gomorra et Reality, Matteo Garrone  adapte le plus vieux conte italien, écrit par Giambattista Basile, au dix-septième, publié en cinq volumes. C’est une source d’inspiration de Charles Perrault et des frères Grimm. Il y est mélangé trois contes adultes, axé sur le système royal, un postulat classique. En effet, le récit entremêle les questions de pouvoir et d’autorité à celles des relations familiales, quand les personnages de Salma Hayek et de Toby Jones parlent à leurs enfants, parlent-ils en tant que parents ou en tant que monarques ? Passez ces thèmes universels, deux scènes importantes, à mon sens, qui impulsent pour comprendre tous les tenants et aboutissants du film. La première est la magnifique scène de mise à mort du monstre marin, qui en appelle aux figures aquatico-fantastiques (le point de vue embué et l’attente avant l’action devant la bête qui dort…), la seconde est  la séquence du jeu de cache-cache dans le labyrinthe entre Elias et la reine sa mère . Nous comprenons alors une dialectique de l’esthétique  du château en pierre, lieu du pouvoir, à une esthétique forestière, lieu de la rencontre. Au même titre que des  figures de style s’opposent : la beauté face à la laideur voire la monstruosité (l’ogre), la jeunesse et la vieillesse, l’amour et le désir (voire le lubrique), le double (qui peut nous rappeler le conte Le prince et le pauvre), l’altruisme, la possession maladive voire l’émancipation, et bien sûr la vie et la mort. Et Le réalisateur n’oublie pas de distiller de l’humour

Afin de faire progresser le récit,  d’un autre angle, c’est le rouge sang qui s’emmêle… D’où l’idée de l’invention du rosso en clin d’œil au giallo. Précisons, la couleur rouge est la couleur omniprésente du film et un moteur voire une dynamique des formes filmiques. Elle souligne le passage obligé des personnages pour progresser, avancer, adulte comme enfant, de la plus grande proximité (manger un cœur de monstre cuit…) au plus grand éloignement (l’arbre de vie qui permet de communiquer entre Elias et Jonah…). La couleur rouge en appelle aussi à l’humour, c’est la couleur du drap qui sauve Dora de la mort, quand auparavant son doigt ensanglanté la décevait, d’ailleurs, ses cheveux deviendront rouges… De plus, le rouge marque aussi les parures royales. Le rouge est métaphore de bien de choses de manière générale, il en est de même ici : rappelons l’évocation du désir mais aussi de la violence ou de la mort. On peut même suggérer qu’Imma, la sœur de Dora, devient rouge à la fin… Car  ces trois contes ont de contemporain qu’ils sont surtout trois histoires de femmes. En effet, ces trois âges différents qui nous sont montrés avec trois buts différents, sont tous trois des sujets et questionnements contemporains. Le premier porte sur l’obsession d’enfanter ou de materner à en devenir une mère fusionnel et possessive (voire une sorcière…). Le  deuxième porte sur la satire de la chirurgie esthétique et le troisième porte sur la violence à affronter pour devenir une femme. Alors œuvre féministe ? Plutôt œuvre féminine… Ou œuvre au rouge…

Matteo Garrone nous rappelle à quel point le fait de conter est allier ordinaire et extraordinaire, magique et quotidien, royal et obscène, simple et artificiel, sublime et sale, terrible et tendre. Cela était déjà présent dans Reality. Il en résulte un film très beau teinté d’artisanat à portée universelle.

Hamburger Pimp

 

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…