Critique: Mad Max: Fury Road

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Mad Max Fury Road

de George Miller

Avec Tom Hardy, Charlize Theron, Nicholas Hoult, Zoé Kravitz, Hugh Keays-Byrne

Australie/Etats-Unis – 2015 – 2h

Rating: ★★★★★

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Attention : autant l’écrire immédiatement et sans ménagement, les propos qui vont suivre seront violemment dithyrambiques ! Ce fut une très longue attente, une attente absolument interminable, une attente jalonnée de teasers tous plus excitants les uns que les autres ! Une attente qui fit bander dur certes, mais nullement dénuée d’une certaine crainte, tapie dans l’ombre, de voir ses attentes brutalement déçues. Trente années se sont passées depuis la trilogie originale, trente années à espérer, trente années à rêver un nouvel opus piloté par le grand et iconoclaste George Miller ! Ne soyons certainement pas mesurés dans nos propos tant l’œuvre que nous allons aborder dans quelques lignes témoigne d’une démesure géniale : Mad Max est, et restera, une saga purement mythologique, la création d’un univers à la puissance évocatrice rare, bien plus complexe qu’il n’y paraît, et dont chaque nouveau volet est l’occasion d’en exploiter une facette différente. L’univers singulier, et d’une certaine façon lui-même extrêmement référentiel, créé par Miller, tout en demeurant d’une cohérence absolue, est parfaitement protéiforme, accueille et épouse les genres sans jamais trahir sa substantifique moëlle : la science-fiction post-apocalyptique bien sûr, mais teintée tantôt de revenge movie hardcore, tantôt de western sauvage à mi-chemin entre Sergio Leone et Sam Peckinpah, tantôt de fantasy épique et hautement symbolique ! Max, dont la famille a été massacrée par un gang de motards tarés, interprété à l’époque par un tout jeune inconnu, Mel Gibson, est un personnage fascinant car profondément ambigu, au charisme magnétique, sombrant dans une barbarie dérangeante mais nécessaire, au beau milieu d’un monde en proie au chaos le plus total, en quête d’une humanité perdue.

Nous sommes en 2015, George Miller, après avoir shooté entre autres choses le diptyque d’animation hallucinant Happy Feet, et ses pingouins danseurs de claquette, revient aux origines de sa carrière et, non content de nous avoir fait saliver très abondamment pendant près d’une année, se permet, à soixante-dix piges putain, de nous balancer une bonne grosse claque dans la gueule, de reprendre fièrement sa place sur le trône de métal qu’il avait lui-même forgé en 1979, en nous offrant le blockbuster le plus hallucinant, autant sur le fond que sur la forme, que nous ayons vu depuis des lustres : une date incontestable dans l’histoire du cinéma, rien que ça !

Hanté par un lourd passé, le mystérieux Max considère que le meilleur moyen de survivre est de rester seul. Il est capturé et emprisonné à la Citadelle. Alors qu’il tente de se libérer des griffes d’un jeune soldat dont il constitue la réserve de sang, il se retrouve embarqué par une bande qui parcourt la Désolation à bord d’un véhicule militaire piloté par l’Imperator Furiosa. Elle aussi semble fuir la Citadelle où sévit l’impitoyable Immortan Joe à qui elle a dérobé son plus précieux trésor. Enragé, le Seigneur de guerre envoie ses hommes pour traquer sans relâche celle qui, autrefois son plus dévoué lieutenant, l’a trahie.

Dès les premières secondes du pré-générique, badass à souhait, impossible de ne pas avoir le poil qui se hérisse ! Quel pied de constater que Miller n’a rien perdu de sa fuck you attitude jubilatoire, de son talent si particulier pour imposer, renouveler, en quelques images, un mythe instantané ! Impossible de ne pas jouir prématurément devant pareille introduction qui n’est cependant que la mise en bouche d’un premier acte monstrueux, un morceau de bravoure inédit de près de vingt minutes qui, l’air de rien, redéfinit totalement la notion même de cinéma d’action. Premier acte qui constituera, en même temps que la plus grande réussite du film, si l’on veut pinailler un chouilla, sa petite faiblesse puisque restant inégalée par la suite malgré un troisième acte qui, quand bien même il côtoie à chaque seconde la perfection, peine à se hisser à la hauteur de ce qui l’a précédé ; soyons clair, voici ce qui sera, à mes yeux, la seule et unique réserve que l’on peut avoir vis à vis de ce Fury Road !

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La mise en scène de Miller est grandiose, les séquences d’anthologie s’enchainent sans temps mort, se révèlent d’une clarté, d’une fluidité ainsi que d’une lisibilité proprement stupéfiante ! On ne peut que ressortir exsangue de ces deux heures de course-poursuite d’une beauté mais également d’une brutalité inouïe ! Le montage est d’une efficacité redoutable et précipite le spectateur au cœur de l’action, pleine de fureur et de rage, ne lui laisse strictement aucun répit, le saisit pour ne plus jamais le lâcher. Proche de la démarche d’un Tsui Hark, Miller dynamite, à sa manière, la structure, la représentation de l’action à l’écran, la transcende, il en résulte une véritable mutation de notre conception du mouvement dans le champ. Tsui Hark semblait jusqu’alors le seul à savoir filmer le chaos, Miller, avec Fury Road, s’installe immanquablement à ses côtés, nous en confie sa propre vision.

Chaos visuel mais également chaos social se traduisant irrémédiablement en un chaos organique : l’univers dépeint par Miller est dantesque mêlant freakshow dégénéré, cyberpunk malsain et western post-apocalyptique à la sauce tôle froissée ! L’antagoniste Immortan Joe constitue à ce titre l’excroissance morbide et miraculeuse de ce monde à la fois terrifiant, car questionnant la finesse et la fragilité du verni de notre civilisation, mais tellement jouissif et finalement attachant ! Autre personnage magnifique, l’impétueuse Imperator Furiosa, sublime Charlize Theron, celle-ci ne craint pas de se mettre en danger, de salir son image, d’effacer ses signes extérieurs de féminité afin de laisser s’exprimer son essence même, bien plus belle encore ! Elle est la véritable héroïne de l’histoire, celle dont la quête de rédemption est la réponse aux tourments de Max, aux tourments du monde. Ce dernier se fait plus discret, mais c’est en cela que le personnage se révèle passionnant : torturé par des visions macabres, quasi-muet, bien badass, nous l’écrivions plus haut, son évolution n’est pas sans rappeler celle d’un certain Riddick, d’abord créature déshumanisé, sauvage, presque bestiale, porte-étendard de la déliquescence du monde qui l’entoure, il est chaos mais va progressivement renaître de ses cendres et regagner ce qu’il a jadis perdu !

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Certes Fury Road est tour à tour féministe, écolo, une charge violente contre toute forme d’intégrisme,… mais ce serait tellement réducteur, facile et rassurant de le résumer uniquement de la sorte, le chef-d’œuvre (ça y est, le gros mot est laché !) de George Miller est tellement plus que cela, plus qu’un simple ensemble de considérations socio-politiques mixées au sein d’un récit de genre ultra-codé et transcendé : non, comme on a pu le lire un peu partout, ce quatrième opus de la franchise n’est certainement pas un  »film d’action intello », nul recul réflexif, jamais ce qui se trame à l’écran n’est intellectualisé, l’œuvre est purement viscérale, primale même pourrait-on dire, s’attache avant tout à traduire une palette d’émotions d’une richesse incroyable, elle se vit, elle se veut fondamentalement immersive ; seule la mise en scène est vecteur d’émotions et ce sont ces émotions qui, résonnant en nous, confère un sens à l’ensemble !

Nous pourrions écrire des heures durant, noircir des pages entières, étudier encore et encore la folie magique de ce Mad Max : Fury Road, analyser chaque séquence d’action tant elles s’illustrent, à chaque seconde, comme d’abyssales mines d’or de trouvailles, de précisions, de maestria ! Maintenant que nous avons usé du fameux terme qui fait peur, abusons de lui sans vergogne : Mad Max : Fury Road est un sacré putain de chef-d’oeuvre punk et rock’n roll, une odyssée primitive over-bourrine, décomplexée et sans concession, une déclaration d’amour poétique, grandiloquente, ultra-inventive et totalement inédite au genre et au bis, qui crache à la gueule d’une industrie hollywoodienne sclérosée et politiquement correct avec une subtilité qui force le respect ! Il me tarde déjà de peut-être pouvoir découvrir en DVD une version uncut qui rendrait définitivement hommage au travail de Miller, car il est regrettable de constater que quelques plans gores ont été gentiment mais sûrement coupés, ce qui a tendance à nuire, l’espace de quelques instant, à l’intensité et à la férocité de certains corps-à-corps. Du reste, je réitère l’opération : chef-d’œuvre immédiat, absolu et définitif, point dans ta gueule !

Naughty Bear

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About Naughty Bear

Esprit vengeur adepte donc de la loi du Talion enfermé dans une peluche : œil pour œil, dent pour dent de préférence marteau au poing (quand il n’a pas les mains occupées à manipuler des cartes à jouer)… tout cela en version nounours bien sûr ! Aimant humblement à philosopher sur toutes formes de monstruosités y compris la sienne »Je sais que je suis une bête, cependant j’ai le droit de vivre non ? »… tout cela en version nounours bien sûr ! Un scanner récemment effectué a pu révéler qu’il possédait en guise de rembourrage des pellicules plein la tête (hardcores si possible), l’écriture s’avère dès lors le seul et unique moyen de les exorciser. Avez-vous déjà vu un nounours armé d’une machette se confectionnant un masque avec le cuir ou plutôt le tissu de ses victimes ? Maintenant, oui.