Un film en un plan : Prince des ténèbres

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PRINCE DES TENEBRES

S’il y a une chose qui n’est pas très présente dans le cinéma de John Carpenter, c’est le cul. Tenez ! Les rares à tomber le slip dans Halloween sont ceux qui se font dérouiller par Michael Myers. De là à taxer Carpenter de puritanisme… Ce serait exagérer évidemment, Carpenter préférant adjoindre à ses héros un sens moral, une droiture d’esprit, un code d’honneur d’un autre temps, y compris pour ses héros les plus bad ass (Snake Plissken par exemple).

Chez Carpenter, l’antagoniste est le Mal. Absolu, inaltérable, incorruptible, les héros n’ont d’autre choix que de l’affronter et le détruire. Dans Prince des ténèbres, un groupe de scientifiques doit affronter le Diable en personne, celui-ci s’apprêtant à revenir et régner sur la Terre. Face à l’impuissance de la science et la tétanie d’un homme d’église devant son devoir, le salut de l’Humanité viendra du courageux sacrifice de Catherine, une étudiante qui renvoie le Prince des ténèbres dans ses limbes alors que celui-ci s’apprêtait à entrer dans notre monde par un miroir transformée en portail extra-dimensionnel (et que le prêtre joué par Donald Pleasence détruira dans un geste faussement héroïque puisqu’il condamne le retour de Catherine).

Retour au tout début du film. Catherine et Brian, un autre étudiant, sortent de cours. Brian propose à Catherine de venir boire un café chez lui. Elle est OK. Plan d’après : elle est nue dans le lit de Brian qui lui apporte enfin son café comme promis. Une ellipse subtile pour nous faire comprendre que le café n’était qu’un prétexte pour baiser. De la baise hygiénique débarrassée de tout sentimentalisme (Brian et Catherine reprennent leurs rapports de collègues scientifiques comme si de rien n’était) qui viendra appuyer la thèse fantastique du film (le Mal se nourrit des lâchetés et démissions quotidiennes, même les plus insignifiantes).

PRINCE OF DARKNESS

Toute fin du film : après que Catherine ait disparu dans les limbes avec Satan, Brian déprime dans sa chambre, celle de la scène du café du début. Il a rêvé, dans une vision qui a tout de prémonitoire, que Catherine a pris la place de l’antéchrist le jour de l’Apocalypse. Il n’a pu sauver à son tour celle qui a sauvé le monde. Il l’a juste baisée. Dans un geste coupable, il tend sa main vers le miroir de sa chambre et le film s’arrête avant que ses doigts aient touché la surface. Le plan rappelle l’un des plus terrifiants du film : la main de Satan sortant de la surface du miroir.

Avec Prince des ténèbres, Carpenter dit ouvertement que le Mal, bah c’est nous tous ! Non pas parce que nous sommes mauvais mais parce que nous sommes lâches. Et que toute cette lâcheté mise bout à bout donne le monde de merde que nous déplorons tous. Que le Diable arrive par l’intermédiaire d’un miroir, objet nous renvoyant notre propre image, n’a donc rien d’anodin. Quant à Catherine, abandonnée par l’Humanité toute entière (l’église, la science, son amant…), on comprendra aisément qu’elle revienne encore plus en colère contre les hommes que le Diable en personne.

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».