Critique: Frank

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Frank

De Lenny Abrahamson

Avec Michael Fassbender, Domhnall Gleeson, Maggie Gyllenhaal, Scoot McNairy

Grande-Bretagne/Irlande – 2014 – 1h35

Rating: ★★★★☆

 

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Jon Burroughs, employé de bureau lambda, s’imagine artiste musical. Mais l’inspiration n’est pas sur commande, il galère seul son clavier et à discuter avec lui-même sur twitter et tumblr. Un jour, témoin d’un accident en bord de mer, un certain Don lui propose une place dans un groupe de musique alternatif dirigé par Frank, un homme cachant son visage par une tête géante en carton pâte…

Former un groupe est l’idéal de la plupart des musiciens occidentaux, former un groupe comme les Beatles, les Who, le Velvet Underground ou Led Zeppelin. Ceci demande une harmonie en différents ego et personnalités, mais aussi une démarche d’isolement pour mieux créer. C’est ce que le long-métrage donne à regarder, avec Michael Fassbender en mélange de Brian Wilson et de Beck pour le choix d’une pop déjanté. Face à lui l’acteur britannique qui monte Domhnall Gleeson, adulte aux attitudes de garçon timide et discret mais réellement passionné. Et en troisième force du groupe, Clara, la multi-instrumentaliste antipathique et colérique (jouée par la mésestimée Maggie Gyllenhaal) qui sera moteur de conflit dans le groupe. Alors point de dramaturgie de la nature malgré le paysage forestier au bord de fleuve comme départ de création mais soucis d’argent et de réalisation d’album, où Jon ne semble pas totalement intégré, telle une pièce rapportée, un sentiment qui perdura tout au long du récit. Car Frank cannibalise à la fois l’attention, la vitalité et le dynamisme du groupe au point que Jon s’identifie à lui et que Don le prévient de ne pas le faire, « il n’y a qu’un Frank ». En clair, il ne serait pas donné à tout le monde d’écrire des chansons…

Par conséquent, entre interactivités des nouvelles technologies (Youtube, le premier moyen de distribution pour les artistes), pulsion de mort (de ne pas arriver à être celui qu’on veut), pulsion sexuelle et passif psychiatrique (beaucoup d’artistes sont passés par là, déjà à l’époque des musiciens classiques du dix-huitième siècle), le groupe se fixe comme but le festival alternatif le plus cool de la planète South by Southwest. Le film se mue alors dans la seconde partie en road movie hippie ou hipster, au choix. Le cadre intimiste qu’avait installé le metteur en scène éclate alors en crise existentialiste face au monde, le vrai danger des artistes. Car le monde ou autrui – ces deux facteurs, avec le troisième qu’est le moi, forment l’intersubjectivité relative – souligne la bizarrerie et l’étrangeté des artistes, tout comme leur hypersensibilité. Ils ne sont donc jamais satisfaits et le monde les horrifie, les peinent et les angoissent. La ville devient piège, tout comme la scène de concert et les chambres d’hôtel un mince bouclier. Il n’y a plus d’harmonie, plus d’énergie créative pour remarquer à la place une installation totale du doute, à la limite de l’autisme et même une ambiance triste générant beaucoup d’empathie. Car une partie du discours est porté sur la critique de l’industrie (tout buzz est bon à prendre et communication des réseaux sociaux) écrasant toute une flopée de groupes talentueux n’entrant pas dans le moule. De plus malheureusement, la volonté ne suffit pas à être le moteur principal de la réussite (l’idée scénaristique incarné par Jon).

Le film ne nous permet pas de confirmer Fassbender comme le meilleur acteur au monde, malgré une performance atypique. On retiendra plutôt que le changement communicatif de notre monde a peut être alterné notre réception de la musique, de l’art en général voire du processus créatif. Vaut mieux se cacher pour créer cela évite d’être influencé et permet de mieux se retrouver soi-même afin de construire sa confiance en soi et fixer ses buts.  C’est un film donnant surtout de l’importance aux personnages, plutôt qu’à la mise en scène correcte aux accents de Michel Gondry, de Spike Jonze voire des frères Coen, en plus indépendant. Et si les artistes étaient des personnes qui avaient du mal à montrer leur amour qu’ils cherchent éperdument ? Leur amour de soi y compris? Réponse dans la dernière chanson du film car former un groupe est avant tout une aventure humaine…

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…