9 Found Footages qui valent le coup d’oeil

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Des films de Found Footage, dans le nouveau sens du terme (avant, cela désignait une pratique du cinéma expérimental qui n’a plus rien à voir) dans le cinéma de genre, il y en a un wagon. Et des biens pourris. Si Miho nous en avait dressé les grandes étapes dans son dossier, on s’est dit qu’il était temps de faire un petit inventaire de ce que l’on a vu de plus intéressant dans le genre ces dernières années.

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Les Documents Interdits de Jean-Teddy Filippe (1988-1991)

LES DOCUMENTS INTERDITS

Après la diffusion d’un épisode-pilote tout d’abord sur Antenne 2 au milieu des années 80, la série fût rachetée par ARTE qui programmât les 13 épisodes en une fois début 90. Présentés comme d’authentiques films d’archives, Les Documents Interdits constituent vraiment le maître-étalon en ce qui concerne le registre du found-footage bien avant The Blair-Witch Project,  car on y trouve en germination les trois-quarts des franchises contemporaines : de  REC à Paranormal Activity en passant par Grave Encounters. Véritable ode au cinéma fauché à des kilomètres du spectacularisme sévissant déjà à l’époque, revendiquant la fibre poétique du cinéma par l’affirmation des procédés qui lui appartiennent en propre,  Jean-Teddy Filippe propose surtout une réflexion séminale sur la véracité de l’image, toujours tributaire de son contexte original, toujours susceptible d’être détournée et récupérée, questionnant dès lors dans un spectre plus large le statut de l’information-même par le biais de mocumentaires irrévérencieux dans une démarche absolument exemplaire encore à ce jour.

Nonobstant2000

The Blair Witch Project de Daniel Myrick et Eduardo Sanchez (1999)

LE PROJET BLAIR WITCH

Affirmer du Projet Blair Witch (dans la langue de Molière) qu’il est le tout premier found-footage (ce qui fut écrit plus d’une fois dans la presse lors de sa sortie) tient de l’hérésie la plus totale : les contre-exemples sont sacrément nombreux, du mythique Haxan, la sorcellerie à travers les âges de Benjamin Christensen en 1922 au très contestable mais culte Cannibal Holocaust de Ruggero Deodato en 1980 ; dès lors on peut se risquer à  noter que le documenteur est un format qui parcourt véritablement l’histoire du cinéma… Ceci dit, Myrick et Sanchez sont sans contestation possible les instigateurs d’une nouvelle vague du concept, une sorte de petit précis du cinéma d’horreur en temps de crise, dont ce dossier témoigne immanquablement de la vitalité. Des acteurs amateurs livrés à eux-même dans des décors naturels filmant leur calvaire à l’aide d’une caméra DV de piètre qualité, quelques fétiches de bois suspendus aux arbres, des sanglots de bébés dans la nuit, et… rien de plus… pourtant tout cela est monstrueusement efficace. La mise en scène et la narration sont économes, les deux compères s’amusant à injecter progressivement la peur véritable dans les yeux des protagonistes, leur distillant au fur et à mesure du tournage des éléments de scénario au moyen de petits papiers leur dictant la conduite à adopter vis à vis de leurs camarades de jeu. Le résultat est assez fascinant, tient de l’expérimentation tant cinématographique que sociologique sur les mécanismes de la terreur et de sa suggestion. The Blair Witch Project est tout simplement une perle fauchée de l’horreur, un petit séisme dont on enregistrera malheureusement, jusqu’à aujourd’hui, bon nombre de répliques honteuses et opportunistes.

Naughty Bear

Diary of the Dead de George A. Romero (2007)

DIARY OF THE DEAD

Alors qu’ils tournent un petit film d’horreur, des étudiants en cinéma se retrouvent à filmer une réelle invasion de zombies. En temps d’Apocalypse, le Net sera le média d’information suprême… Mésestimé pour de mauvaises raisons liées à son budget ricrac, le found footage zombiesque de Romero préfère réfléchir sur son format visuel plutôt que sur son histoire d’invasion zombie, déjà racontée un million de fois depuis sa séminale Nuit des morts-vivants. Au-delà de la captation subjective d’un moment de réalité, Romero réfléchit sur le besoin de partager une vidéo au reste du monde par la magie d’Internet, mettant en évidence à la fois l’utilité sociale (l’information citoyenne) et le narcissisme malsain (l’obsession du nombre de vues) du témoignage vidéo dans un monde où les journalistes ont définitivement perdu leur statut de contre-pouvoir.

The Vug

Rec de Jaume Balaguero et Paco Plaza (2007)

REC

Un zombie flick façon found-footage, ça tente ? En tout cas, moi je te l’avoue volontiers, la chose m’a, à l’époque, très sérieusement titillée là où ça fait plaisir ! Une journaliste suit des pompiers lors d’une intervention de nuit, de prime abord tout à fait banale, dans un immeuble au cœur de Madrid ; of course, les choses vont très vite dégénérées, la vieille femme malade qu’ils devaient secourir arrachant copieusement la gorge du flic présent sur place. Une narration extrêmement simple, une unité de temps et de lieu  gérée de main de maître, un jeu de mise en scène parfois fascinant jonglant habilement entre grammaire du cinéma et grammaire du jeu-vidéo. Le huis-clos tendu et gore mâtiné de survival domestique se mêle aux codes visuels du FPS (First Person Shooter) avec brio : Balaguero et Plaza accouchent avec Rec d’une œuvre, quand bien même elle demeure imparfaite sur de nombreux points, ludique et jubilatoire qui transcende avec une inventivité de chaque instant ses différents matériaux de base.

Naughty Bear

The Last Exorcism de Daniel Stamm (2010)

LE DERNIER EXORCISME

Quand Eli Roth ne sirope pas des Pina Colada au bord de sa piscine, il produit (parfois) de jolies bobines, comme c’est le cas du Dernier Exorcisme de Daniel Stamm, mettant en scène le révérend Cotton Marcus en pleine crise de foi, suivi par une équipe de journalistes pour son dernier exorcisme, le cas de Nell. Appuyé par le jeu absolument flippant de la jeune Ashley Bell, le film joue sur le côté sans artifice, sans CGI du found footage tel que Blair Witch l’a instauré, tirant le meilleur du procédé utilisé et des possibilités qu’il offre à l’horreur.

Lullaby Firefly

Chronicle de Josh Trank (2012)

CHRONICLE

Dans le style “j’exploite au mieux les contraintes qu’impose le procédé”, Chronicle de Josh Trank est un des meilleurs exemples. Mieux que l’exploiter, le film donne un sens au choix de ce procédé de par sa nature de “film de super héros”. En faisant de ses personnages aux pouvoirs surnaturels les réalisateurs même du film, Trank s’ouvre des possibilités de mises en scène inédites justifiées par essence par les capacités extraordinaires des protagonistes. Vol en caméra subjective, mouvements de caméra générés par télékinésie, le film déborde de séquences classiques du genre totalement renouvelées par l’usage du found footage.

Lullaby Firefly

The Bay de Barry Levinson (2012)

THE BAY

Barry Levinson est un réalisateur tout à fait éclectique responsable d’œuvres diverses et variées certaines fois excellentes, Rain Man ou Good Morning Vietnam, et d’autres, malheureusement, plus que médiocres, Harcèlement, ou encore Sphère… Cependant sur l’ensemble de sa carrière manquait l’horreur pure et dure, et tiens, quitte à aller dans le codé le plus total, why not un found-footage ! Et le monsieur a eu raison d’aller y fourer son nez car, même si il ne livre pas un chef-d’oeuvre, il se lance avec The Bay, excusez-moi du peu, dans un exercice de destructuration et de recomposition, de dynamitage et de montage souvent bluffant, d’une structure narrative et formelle complètement galvaudée ces dernières années. Sorte de patchwork cohérent et terrifiant de documents amateurs témoignant de la pénétration d’une horreur insidieuse et on ne peut plus crédible au sein du quotidien le plus banal, The Bay se joue habilement de nos habitudes et attentes de cinéphiles déviants en orchestrant un film de monstre pour le moins surprenant, qui certes se laisse de temps à autre aller à quelques jumpscares faciles, mais ne nous prend jamais pour des cons, loin de là, pousse le curseur du documenteur suffisamment loin pour en embrasser toute la puissance immersive et réflexive, et ça, bordel à queue, on aura beau dire, c’est rare et bon !

Naughty Bear

V/H/S 1&2 Collectif (2012-2013)

VHS 2

Ou comment un délire hipster de jeunes réalisateurs Sundance s’est transformé en franchise horrifique novatrice se plaçant comme l’anti-Paranormal Activity. Bon, aujourd’hui même, sur ce même site, on vous a dit que le troisième volet était moyen bof-bof. Restent les deux premiers volets, inégaux comme souvent dans les films à sketchs, mais qui réunit des noms connus (Ti West, Adam Wingard, Gareth Evans…) prenant chacun à coeur la forme stylistique “found footage” pour la décliner sous toutes ses formes. Si l’effroi n’est pas toujours présent, l’inventivité formelle y est en revanche bouillonnante et profite à tout le monde. Et c’est à peine exagérer que de d’affirmer que des films comme Open Windows de Nacho Vigalondo ou The Sacrament de Ti West trouvent leur singularité cinématographique dans la substance même de V/H/S.

The Vug

Europa Report de Sebastián Cordero (2013)

EUROPA REPORT

Une mission spatiale est envoyée sur Europe, l’un des satellites de Jupiter, afin de découvrir une nouvelle et hypothétique forme de vie. Les caméras placées dans tous les recoins de l’engin seront là pour témoigner de leur périple tragique. Mariant le sérieux Hard Science d’un 2001 (les perspectives presque cubistes liées à l’absence de gravité) à l’angoissante inertie du found-footage à caméra fixe façon Paranormal Activity, Europa Report parvient à tirer profit de ses contraignantes restrictions et de ses maigres moyens pour nous donner l’illusion de faire voyager loin dans le système solaire.

The Vug

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