1987 -1994 : le thriller domestique en 10 films

 
 
 

Le thriller domestique, un terme qui sonne creux pour désigner ces films qui fleurirent dès la fin des années 80 pour connaitre une durée de vie assez courte en s’estompant rapidement dans les années 90. Ce sous-genre nous présente généralement une famille typique de la middle class américaine au sein de laquelle va s’immiscer une menace, la plupart du temps emplie de troubles psychologiques (ceux-ci éclatant généralement sans retenu dans le dernier quart du film pour montrer que c’est quand même du haut niveau). Ce sous-genre n’est pas apparu soudainement à la fin des années 1980 mais sur cette période allant de 1987 à 1994 il connait un certain regain d’intérêt et surtout un formatage qui le caractérise, proche d’un autre genre qui dominera le cinéma d’horreur des années 80 : le slasher. Cette vague soudaine de thrillers n’est donc pas anodine, elle est d’une certaine manière une réponse à la période de gloire des slashers dont le succès s’estompait. L’horreur n’intervient plus dans les camps de vacances ou au sein de fratries étudiantes mais dans les foyers. Fini les boogeyman masqués, l’ennemi est dorénavant un citoyen lambda. On jette les masques, on délaisse l’horreur frontale, le mal est maintenant plus psychologique, plus sournois. Hélas, ces deux genres seront victimes de leurs recettes employées jusqu’à l’excès, de leurs structures qui se répètent inlassablement et finissent par causer un certain désintérêt à leurs égards. A noter que le chef de file du genre reste le réalisateur Joseph Ruben qui aura réalisé trois des thrillers domestiques les plus connus sur cette courte période. Il ouvre les hostilités avec Le beau-père en 1987 puis clôture en 1994 avec Le bon fils. Quelques belles réussites parsèment cette courte période bien que la plupart des métrages ne dépassent guère leur statut de sympathiques Série B parfaitement conçues pour agrémenter un dimanche après midi pluvieux, une tisane entre les mains et les mots croisés sur les genoux.

 

Le Beau-Père de Joseph Ruben (1987)

Le Beau-Père

Le beau père a eu le droit à un remake sorti en 2009 mais on lui préfèrera l’original (et non ses suites) qui se révèle être un thriller de facture correcte. Terry O’Quinn y incarne un bon gros malade qui passe de familles en familles en s’octroyant le rôle du patriarche. Petit hic, dès lors que la situation n’est plus à sa convenance il perpétue un massacre. Les conflits ce n’est pas son truc au Terry qui recherche avant tout une gentille petite famille sans histoires façon pub télévisée pour céréales. Ce personnage reste l’intérêt principal du film notamment dans son introduction crasseuse qui illustre sa folie. Une scène marquante comparée à la suite du film hélas bien plus gentillette et convenue.

 

Liaison Fatale d’Adrian Lyne (1987)

Liaison Fatale

La collaboration entre Adrian Lyne et Michael Douglas sur un tel film semblait inévitable, les deux étant des habitués forcenés du genre. Ici le pauvre Michael s’éprend d’une jolie blonde avec laquelle il commet l’adultère en passant un weekend coquinou alors que sa petite famille est partie prendre l’air à la campagne. Grave erreur de sa part car cette jeune femme n’est pas décidée à laisser son nouveau compagnon reprendre sa vie quotidienne. Liaison fatale se suit sans déplaisir à travers ce personnage qui tente par tous les moyens de ne pas mettre en péril sa vie de famille et esquisse le portrait type des rôles qui accompagneront pendant des années la carrière du fils Douglas.

 

Calme Blanc de Phillip Noyce (1989)

calme blanc

Nicole et Sam sont sur un bateau, Sam tombe à l’eau, qui reste-il ? Nicole en prise avec un jeune homme mal intentionné. Véritable réussite du genre, Calme blanc additionne les passages obligés mais le fait avec un tel brio qu’il reste certainement le meilleur thriller domestique de cette période avec Les nerfs à vif de Scorsese. Produit par Georges Miller qui dirigea notamment la seconde équipe sur le tournage, le métrage entretient judicieusement le suspense tout en le faisant monter crescendo, jouant sur l’ambiguïté de cet homme dont les intentions restent mystérieuses. Calme blanc (on lui préfèrera son titre original, Dead calm) est un huit clos où se mêlent tension, claustrophobie et émotion avec une telle économie de moyen que son minimalisme devient sa force.

 

Les Nuits avec mon ennemi de Joseph Ruben (1990)

les nuits avec mon enemi

Les Nuits avec mon ennemi aborde le genre dans le sens inverse puisqu’il ne présente pas l’apparition d’une menace mais la fuite de celle-ci à travers une jeune femme qui décide de quitter de manière incognito son mari violent et bien dérangé en simulant un suicide. Bien évidemment le bougre ne va pas en rester là et se met à retrouver sa trace. Si la première partie est plutôt réussie de par l’empathie pour le personnage de Julia Roberts, la seconde se révèle bien moins prenante notamment du fait d’une histoire d’amour naissante fort nièvre entre elle et son nouveau voisin caractérisé à coups de clichés du prince charmant à la pelle. Reste l’intéressante confrontation entre Julia Roberts symbolisant la pureté dans sa recherche d’un nouveau départ et son ancien mari, malsain et empreint d’une folie profonde.

 

La Main sur le berceau de Curtis Hanson (1991)

la main sur le berceau

La Main sur le berceau propose un pitch de départ assez abracadabrantesque dans lequel une jeune femme, alors enceinte, est victime d’attouchements sexuels par son gynécologue. Elle décide de porter plainte suite à quoi d’autres victimes de ce pervers feront de même. Sous pression, le gynécologue se suicide et laisse derrière lui sa femme alors enceinte elle aussi. Tombant dans les pommes elle perd le bébé et décide de proposer ses services comme nurse à cette famille qu’elle tient pour responsable de cette perte. Après un démarrage de la sorte on est en droit de s’attendre à tout (et n’importe quoi). Finalement, peu de surprises puisque la suite se révèle bien plus classique. Difficile d’imaginer que six ans plus tard Curtis Hanson réalisera un chef d’œuvre nommé LA Confidential. Belle évolution.

 

Fenêtre sur le pacifique de John Schlesinger (1991)

fenetre sur pacifique

Un couple achète une jolie maison victorienne et y investi tous ses biens. Pour parvenir à rentrer dans leurs frais ils louent les deux appartements se trouvant au rez-de-chaussée, le premier à un couple sans reproche et le second à un Michael Keaton des plus manipulateurs. S’ensuit une guerre des voisins à laquelle même Julien Courbet n’aurait pu intervenir. Le couple va donc subir le plan bien huilé de leur locataire, se retrouvant impuissant face à des lois qui ne leur permettent pas d’agir. Michael Keaton incarne une ordure de premier ordre, prêt à tout pour arriver à ses fins, son interprétation laissant encore une fois suggérer que cet acteur n’a pas eu la carrière qu’il méritait. La dernière partie du film se révèle la plus réussie à travers un inversement des rôles où le personnage de Keaton devient à son tour la victime, la souris prenant l’avantage sur le chat.

 

Les Nerfs à vif de Martin Scorsese (1992)

les nerfs à vif

Martin Scorsese décide lui-même de s’attaquer au genre (on ne peut classer le film dans cette unique catégorie mais il en possède néanmoins les codes) en réalisant un remake du film éponyme de 1962. Considéré par beaucoup comme une œuvre mineure dans sa filmographie, Les nerfs à vif est pourtant un thriller tendu et nerveux avec un Robert De Niro encore une fois brillant. Alors que le genre cartonne, Scorsese se permet d’élever quelque peu le niveau au point qu’il est peut-être en partie responsable de la baisse de régime de ces thrillers les années suivantes. En effet, difficile aux producteurs de continuer à proposer des formules toutes faites après une œuvre où l’approche psychologique est enfin réellement mise en avant plutôt que de servir de simple postulat. On en viendrait même à pardonner à Marty d’avoir embauché Juliette Lewis.

 

Obsession fatale de Jonathan Kaplan (1992)

obsession fatale

Kurt Russel contre Ray Liotta. Voilà déjà une raison valable pour voir ce film. A ceci il faut ajouter la sublime Madeleine Stowe qui s’est retirée des écrans depuis 2003. Les rôles s’inversent dans Obsession Fatale puisque l’ennemi n’est plus un citoyen lambda mais un flic (Ray Liotta) qui use de son pouvoir pour mettre à mal une famille et tenter de piquer la femme à Kurt. Le film aurait gagné à s’attarder davantage sur l’aspect autoritaire du flic, excessif dans la vision de son métier et se la jouant cowboy aux droits démesurés. Obsession fatale ne cherche donc jamais vraiment à traiter des dérives policières, préférant se contenter d’appliquer les poncifs dans un cadre qui avait pourtant un certain potentiel. Divertissant mais jamais innovant, dommage.

 

JF partagerait appartement de Barbet Schroeder (1992)

jf partagerait appartement

Peut-être le plus faiblard des films de cette liste, un thriller poussif qui connaitra pourtant une suite en 2005 (en DTV). Le scénario s’attache à une jeune femme qui se retrouve seule dans un grand appartement après les infidélités de son compagnon, suite à quoi elle décide de se trouver une colocataire. Dommage pour elle, la candidate retenue se révèlera moins charmante qu’elle en a l’air. Les scènes se suivent sans convaincre et les troubles de la colocataire sont présentés de manière tellement maladroite que le sentiment de tension n’apparait que très rarement, le tout se vautrant dans un final presque grand guignolesque qui finit par appuyer tous les défauts du film. Quitte à regarder un métrage sympathique sur les affres morbides de deux colocataires autant se mater Beauty Rest, cinquième épisode de la quatrième saison des Contes de la Crypte.

 

Le Bon fils de Joseph Ruben (1994)

le bon fils

Bien loin de son rôle de gentil farceur dans Maman j’ai raté l’avion, Macaulay Culkin apparait ici comme un petit diable bien décidé à pourrir la vie du jeune Elijah Wood. Habité par le mal, l’ambiance renvoie à La Malédiction de Richard Donner, la religion et le fantastique en moins. Sorti deux ans après Maman j’ai encore raté l’avion, Le bon fils offre un contre emploi total au jeune acteur qui fait preuve d’une réelle ambigüité entre l’image qu’il renvoie et la noirceur qui l’habite, cette double facette étant plutôt bien traitée. Intéressant point de rupture dans la carrière du jeune acteur qui semble vouloir se détacher de l’image à laquelle il est alors cantonné, comme s’il devinait déjà qu’elle lui couterait sa carrière. Dans cette lignée, le digne successeur à ce bon thriller pourrait être Esther de jaume Collet-Serra sorti en 2009.

 

Nico Darko

Partager cet article
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • email

About Nico Darko

Depuis sa rencontre nocturne avec un lapin géant lui prédisant la fin du monde s’il ne lui filait pas son portefeuille, Nico Darko a décidé qu’il était temps pour lui de se calmer sur une certaine boisson à base de malt et de houblon. Désormais, il se consacre à sa nouvelle passion pour les emballages alimentaires de marque péruvienne, mais il lui arrive aussi de vaquer à des occupations bien plus banales comme participer à des tournois de bowling avec son coéquipier Jeff Lebowski ou discuter littérature avec son ami Jack Torrance (dont il n’a d’ailleurs pas eu de nouvelles depuis l’hiver dernier).