Critique: Network, main basse sur la télévision

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Network

 

de  Sidney Lumet

avec  Peter Finch, Faye Dunaway , William Holden , Robert Duvall

Etats-Unis – 1976 – 2h00

 

Rating: ★★★★★

 

Présentateur-vedette de longue date de la chaîne UBS, Howard Beale se voit licencié sans ménagement, sacrifié purement et simplement sur l’autel de l’audimat (et encore pas seulement lui, mais aussi le quota réservé aux informations également). Vieillissant mais surtout dépressif, il menace à une heure de grande écoute de se suicider à l’antenne le jour de sa dernière émission..

Network faisait partie de ces films que le service-public eût l’habitude de programmer dans ses « cinémas de minuit » où semaines après semaines s’enchaînaient de véritables perles telles que Dr Strangelove, Midnight Cow-Boy, Sammy et Rosie s’envoient en l’air ou encore Taxi Driver.. Séances que l’on guettait avidement dans les grilles des magazines télé, non sans les avoir ardemment traquées, ces synopsis qui tout d’abord apparaissaient aléatoirement et dont on se demandait quel genre de films ils pouvaient bien générer…  Aussi c’est peut-être le même gamin de 10 ans qui vous parle (oué, je sais on s’en tape) et qui s’émerveille toujours de la même façon devant les coulisses à la fois du monde adulte ainsi que celles de l’industrie télévisuelle en général, avec ses terroristes qui squattent les couloirs des studios et qui ne servent au fond que de décorum à une machinerie bien huilée, qui faisant feu de tout bois. Certains passages de Network sont devenus depuis de véritables classiques, la très connue scène « Mad At Hell » que la réalité a finit par rattraper certes, trente ans après, avec la vague du Mouvement des Indignés (enfin, si c’était pas juste de la « Fabrique d’Histoire ») et pour faire court, le film est l’un des étendards les plus flamboyants du cinéma politique des années 70, qui mourra de sa belle mort dans les années 90, probablement en même temps que Robert Altmann (voir l’excellent Bob Roberts) et non pas sans quelques soubresauts désespérés (Des Hommes d’Influence, de Barry Levinson). Il est important de souligner que la portée de la satyre sociale et politique présente à l’intérieur de Network aura côtoyée des sphères rarement atteintes en terme de contestation, notamment sur le point de la désobéissance civile (certainement le point précis où le film tire toute sa modernité) mais exposant dans le même mouvement (déjà) les germes de l’échec de celle-ci.

 

A qui la faute évidemment, à ceux qui tiennent les manettes et aux enchevêtrements entre les différentes strates de la hiérarchie, Howard Beal paiera cher sa reconversion dans la profession de la Vérité sans ambages, dans une confrontation glaçante entre ses intuitions mystiques d’avec la réalité: si la Vérité devait éclore un jour, elle serait immédiatement noyée dans le flot d’informations environnant. Faut-il également espérer quelque chose de la part des générations futures ? Ce point-ci est évoqué au travers de la relation entre les personnages de William Holden et Faye Dunaway, le premier faisant partie de la vieille école du Journalisme tandis que l’autre, de vingt ans sa cadette, est un pur produit formaté de la génération des vainqueurs, dont le carriérisme maladif l’empêche de nouer toute forme interactions humaines. Alors, est-ce que les générations futures nous en voudront d’avoir « laissé quelqu’un vendre le Monde » ? Pas sûr. Au contraire, ce seront peut-être les premiers à nous ranger dans le placard, car chaque génération qui passe se révèle encore plus déshumanisée que la précédente. L’interaction entre Holden et Dunaway s’avère emblématique de cette non-communication, Holden est obligé de lui parler en termes de «  saisons » et « d’épisodes » pour mettre fin à leur relation.

A visionner absolument pour ses qualités d’écriture, les performances impeccables de l’ensemble du casting, peut-être également aussi pour voir un certain type de cinéma s’embraser une dernière fois ..

Nonobstant2000

 

 

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