Critique: Délivre-nous du mal

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Deliver Us From Evil

De Scott Derrickson

Avec Eric Bana, Édgar Ramírez, Olivia Munn, Sean Harris

Etats-Unis – 2014 – 1h58

Rating: ★★★★☆


Oui, je l’avoue très volontiers, j’aime bien le travail de Scott Derrickson, enfin pas tout non plus, l’Exorcisme d’Emily Rose, quand bien même, et je dirai même grâce au fait que nous pouvions lui accorder des qualités formelles indéniables, puait à mille lieux le prosélytisme dégoulinant et malhonnête, la honteuse propagande religieuse se parant d’une jolie forme bien aguicheuse pour racoler sévère, dans la joie et la bonne humeur, et séduire de nouvelles ouailles. Ceci étant dit, le bonhomme, que je ne portais pas vraiment dans mon cœur après ce premier essai,  témoignait d’une démarche intéressante de mélange des genres, tentant ici de concilier film d’exorcisme et film de procès, why not… ! Mais là, non, tout cela sentait vraiment trop mauvais,  pour votre vilain ours en tout cas ! Seconde tentative, Sinister : avec Jason Blum à la production, Derrickson accouche d’une œuvre étonnante, angoissante et radicale, bourrée de défauts mineurs mais sacrément réjouissante. Là encore, le réalisateur se lance dans une tentative de péloche hybride mêlant enquête criminelle et film de hantise ; selon ses dires, la combinaison est assez rare, j’en suis moins sûr que lui, mais le résultat est très bon donc, passons lui ce petit instant d’égarement égocentrique. Retournons quelques années en arrière, en 2000, peut-être plus confidentiel, Derrickson réalise Hellraiser Inferno, cinquième opus d’une franchise malheureusement très inégale mais initiée par le grand Clive Barker en 1986 avec une grande œuvre aussi géniale que malade, Hellraiser Le Pacte. Le truc, parfois improbable dans sa volonté de quitter l’horreur pour errer quelque part du côté du polar, s’avérait, malgré tout, étrangement attachant et parfois même réussi et s’imposait, de toute manière, comme l’une des séquelles les mieux torchées de la saga, en même temps, et c’est triste à dire, la concurrence n’était et n’est toujours pas bien rude (Hellraiser Bloodlines quoi ! Quelle bouse infâme, Clive a dû pleurer et gerber des hectolitres de sang en le matant !). Mais, trêve de péroraisons filmographiques parfois douteuses, venons-en au fait : Délivre nous du mal, le dernier effort de Derrickson, ayant trépassé partout où il est passé, et duquel je craignais évidemment, eu égard au sujet, les relans nauséabonds de cureton des salles obscures de notre ami, a remporté, contre toute attente, pleinement mon adhésion. Peut-être vais-je ici, pour certains, défendre l’indéfendable, le film ayant bien mangé dans les colonnes de la presse spécialisée mais, rien à branler, mes très chers amis, je n’y peux rien : j’ai kiffé !

Ralph Sarchie est flic de nuit dans le Bronx : dès que le soleil se couche, il est le témoin du pire, il contemple impuissant la noirceur absolue de l’âme humaine. L’horreur s’immisce peu à peu dans son quotidien, affecte même les relations avec sa femme et sa petite fille. Pourtant, sa dernière affaire va le mener aux confins des ténèbres, lui et son partenaire Butler vont découvrir ce à quoi ils n’étaient absolument pas préparés. Dépassé, Sarchie va devoir s’allier à un prêtre renégat dont la foi a souvent vacillé, qui tente de le convaincre que les horribles événements qui se multiplient sont liés à des possessions démoniaques…

Ici Derrickson décide de jouer, comme à son habitude, sur deux tableaux, soit le polar sombre et badass, hard boiled somme toute, et le film de possession démoniaque. Bon, encore une fois, l’humilité ne semblant pas être la première qualité de notre cher Scott, et contrairement à ce qu’il se plait à le crier sur tous les toits, non, il n’est pas le premier à célébrer l’union sanglante entre notre ami Satan et le film noir, Alan Parker et son brillantissime Angel Heart en 1987, avait déjà tâté de la Bête au cœur d’une enquête toute aussi nocturne et poisseuse dans une œuvre sans commune mesure avec ce sur quoi nous écrivons ici. Ce qui fait, aux yeux de ton serviteur, de Délivre nous du mal une réussite, c’est que les deux genres susnommés se marient, à son niveau si tu me permets l’expression, avec beaucoup d’harmonie, avec une cohérence qui fait sacrément plaisir. L’intrusion du fantastique dans une réalité diablement glauque est parfaitement dosée, très progressive, il n’y a pas vraiment de point de rupture ou celui-ci est tellement bien géré qu’il apparaît complètement invisible. En cela, le scénario est habilement écrit et structuré, développe des personnages certes assez unilatéraux, caricaturaux dans leur évolution respective, mais qui se révèlent, le récit avançant, étonamment attachants quand bien même ceux-ci sont tout à fait secondaires dans l’intrigue. L’interprétation est à ce titre de grande qualité, d’Eric Bana, très convaincant en flic brisé et violent,  au génialement terrifiant mais tellement rare Sean Harris qui assure grave en possédé imprévisible.

Du point de vue de la mise en scène, Derrickson assure en bon technicien qu’il est, et, certaines séquences se détachent même du lot, notons entre autres choses un morceau d’exorcisme fichtrement bien torché en guise de clôture de troisième acte qui, certes cède facilement à quelques effets spectaculaires faciles, mais retombe avec malice sur ses pieds en ne sombrant pas irrémédiablement dans le grotesque au mauvais sens du terme. Ajoutons à cela un soundtrack bien oppressant du plus bel effet : Sinister brillait déjà en la matière. On pourra, je te l’accorde, mon cher, accuser quelques relans cathodiques (du point de vue de la forme donc) et catholiques (du point de vue du fond cette fois-ci) pas toujours du meilleur goût, mais l’ensemble demeure très efficace, bien violent et tout à fait cohérent dans sa démarche, on se démènera cependant pour faire abstraction de l’épilogue, sorte de happy-end un peu trop militant pour être désintéressé, tout droit sorti d’un épisode de Sept à la maison. Ceci dit, ce qui précède est de tellement bonne facture que ce dernier tour de bobine passe, laisse un petit arrière goût avec le recul pour sûr, mais n’entache en rien du très grand plaisir pris devant un thriller horrifique tendu et brut de décoffrage, sanglant (un bon petit classement R, ça ne fait jamais de mal) redoutablement mené de bout en bout !

Naughty Bear

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About Naughty Bear

Esprit vengeur adepte donc de la loi du Talion enfermé dans une peluche : œil pour œil, dent pour dent de préférence marteau au poing (quand il n’a pas les mains occupées à manipuler des cartes à jouer)… tout cela en version nounours bien sûr ! Aimant humblement à philosopher sur toutes formes de monstruosités y compris la sienne »Je sais que je suis une bête, cependant j’ai le droit de vivre non ? »… tout cela en version nounours bien sûr ! Un scanner récemment effectué a pu révéler qu’il possédait en guise de rembourrage des pellicules plein la tête (hardcores si possible), l’écriture s’avère dès lors le seul et unique moyen de les exorciser. Avez-vous déjà vu un nounours armé d’une machette se confectionnant un masque avec le cuir ou plutôt le tissu de ses victimes ? Maintenant, oui.