Critique de Hours

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Hours

De Eric Heisserer

Avec Paul Walker, Génesis Rodriguez

États-Unis – 2013 – 1h37

Rating: ★★★☆☆

 

Premier film écrit et réalisé par Eric Heisserer, le sympathique Hours déboule ce début de mois dans nos contrées, en sautant la case ciné pour finir directement dans les bacs à dvd de vos supermarchés préférés. Ne vous fiez pas à l’immonde pochette racoleuse qui habille la galette, Paul Walker ne tombera pas la chemise. Sa plus grosse cascade sera de descendre des escaliers en courant, tout en sautant les quatre dernières marches (ouais, carrément !).

Pendant le terrible ouragan Katrina, à la Nouvelle-Orléans, Nolan (Paul Walker) se retrouve piégé dans un hôpital, seul avec son bébé. Le nouveau né prématuré a besoin d’une couveuse pour survivre ; mais sans électricité l’incubateur doit être relancé via une batterie de fortune toute les deux minutes.

Il est facile d’éprouver quelques craintes à la lecture du nom du réalisateur/scénariste. Car si Eric Heisserer en est à son premier coup d’essai derrière la caméra, Hours n’est pas le premier film qu’il écrit. Nous lui devons aussi les scripts du remake Freddy, les griffes de la nuit, Destination Finale 5 et du remake/préquelle/reprout de The Thing. Mais faisons fi des préjugés qui embuent nos lunettes et donnons une chance à l’un des derniers films du regretté Paul Walker.

On savait Paul Walker capable d’avoir un jeu plus subtil que celui observé dans la majorité de ses rôles. L’excellent La Peur au ventre de Wayne Kramer sorti en 2006 ne me donnera pas tort. On y découvre un Paul Walker sous pression, à la limite de l’ulcère et franchement impressionnant en petite frappe mafieuse (je n’en dis pas plus, jetez-y un œil et une oreille si ce n’est pas déjà fait, ça vaut le coup). Dans Hours, il endosse le rôle de la victime et non pas celui de l’homme de la situation. Impuissant face à dame Nature, qui est toujours là pour nous rappeler à quel point nous ne sommes rien, c’est dans l’adversité et devant un putain de décompte de Damoclès qu’il devra accepter son destin et son rôle de père.

La première phrase que Nolan dira à son bébé est « Je ne te connais pas… », la dernière avant le générique est « Je te connais, tu es mon bébé… ». Ne pouvant pas se projeter dans un avenir dépassant les deux minutes, le nouveau père profite de la moindre seconde pour tenter de sauver son bébé tout en s’efforçant de lui raconter qui il est, et surtout qui était sa mère. Comme une vie accélérée, dans laquelle on ne se concentre que sur l’essentiel. C’est avec ce mécanisme narratif que Heisserer nous fait aimer son personnage, indirectement Nolan s’adresse aux spectateurs en dévoilant les moments clés de son existence à sa fille. Le concept est casse gueule, mais à aucun moment les flashbacks ne donnent l’impression d’être des aveux d’impuissance, ou encore une solution de facilité pour un scénariste ne sachant pas comment présenter ses personnages. Ici le procédé est directement lié au concept et à ce que le film veut raconter.

Dommage cependant que le thème en toile de fond, sans devenir envahissant, ne se fasse pas plus ressentir sur l’histoire du héros. Savoir comment l’être humain se comporte lorsque les règles sociales s’effondrent aurait pu enrichir le bordel. Mais on sent encore Heisserer tâtonnant et humble avec ce premier métrage, tout comme Ben Affleck l’était avec Gone Baby Gone. C’est cette humilité et cette envie incessante de viser la simplicité et de se concentrer sur l’essentiel qui rend ce Hours attachant.

C’est donc dans ses dialogues efficaces et dans la qualité de son script que Hours tire son épingle du jeu. Car ce qu’il manque au premier film de Heisserer, c’est une mise en scène qui ennoblit son propos. Pour un récit censé chatouiller nos tripes (un père voulant sauver son enfant, on est en plein dedans là non?), jamais d’un point de vue formel la caméra sublime les émotions que les dialogues ou les situations veulent véhiculer. Il manque ce petit truc qui fait qu’une honnête petite série b sorte du lot et reste dans les mémoires. En l’état Hours mérite le coup d’œil, ne serait-ce que pour l’excellente interprétation de son acteur principal.

 

Gutbuster

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Gutbuster est un fantôme, un esprit frappeur s'amusant à effrayer les gens dans leur quotidien. Infligeant des tortures mentales abominables, le bougre s'amuse à intervertir les dvd dans des mauvaises pochettes, ouvrir les boites de figurines ou encore régler les radio-réveils sur NRJ. Il peut aussi s'amuser à pirater votre compte Amazon pour commander des livres de Berbard-Henri Levy ou le dernier film en date de Franck Dubosc. Tremblez, cinéphiles du monde entier, Gutbuster veille au grain pour vous faire trembler d’effroi !