Critique d’American Nightmare 2: Anarchy

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The Purge: Anarchy

de James DeMonaco

avec Frank Grillo, Michael K. Williams, Zach Gilford, Kiele Sanchez, Carmen Ejogo

Etats-Unis/ France – 2014 – 1h43

Rating: ★★★★☆

Il y a maintenant un an, sortait de l’écurie Blumhouse, American Nightmare, aka The Purge au pays de la NRA, projet bandant à plus d’un titre qui jouait l’arlésienne depuis quelque temps déjà, et que j’attendais donc pour ma part avec une impatience tout à fait raisonnée, tu me connais, la bave aux lèvres si tu préfères !

Concernant le premier volet (dont vous trouverez la critique ici), il convient d’être tout à fait honnête, le résultat était très en deçà de mes espérances : le concept passionnant et sa potentielle réflexion sur la violence était laissé sur le bord de la route après vingt minutes d’exposition maladroites ressassant inlassablement ses velléités scénaristiques, sociales et politiques, le métrage préférant finalement nous plonger, sans autre forme de procès, dans le home invasion classique et premier degré il est vrai (et Dieu sait que je kiffe ça !), mais mine de rien plutôt bien troussé. Un constat donc en demi-teinte, penchant plus pour ma part, tu l’auras quand même bien compris, du côté positif  : frustrant, oui, car n’utilisant jamais l’idée de la Purge à sa juste valeur si ce n’est pour justifier des éléments de narration d’habitude problématiques dans un métrage d’invasion domestique conventionnel, mais hautement jubilatoire tout de même car tendu de bout en bout, parfois sacrément brutal, et souvent méchamment cynique, malgré les apparences et une écriture de temps à autre beaucoup trop facile, à la limite de l’indigence.

Autant te dire, cher lecteur, que l’annonce d’une suite étalant son univers d’anticipation au-delà des murs d’une vaste et riche bâtisse située au cœur d’une banlieue bourgeoise gangrennée, et proposant de nous immerger cette fois-ci en plein cœur de la Purge annuelle, dans les rues où l’ultra-violence légalisée pour une nuit fait rage, nous invitant donc à un survival en milieu citadin très hostile, chaotique, anarchique pour reprendre le sous-titre erroné, anomique pour corriger cet abus de langage, a immédiatement fait de me titiller de nouveau les cojones.

 

Eva, une mère célibataire, vit avec sa fille Cali et son père malade dans un quartier défavorisé et n’a pas les moyens de s’offrir une bonne protection. Une poignée de «purgeurs» masqués pénètrent chez elles et les capturent ; elles sont sauvées de justesse par Leo, un autre « purgeur » lourdement armé qui semble pousuivre cette nuit-là un objecif précis duquel personne ne semble pouvoir le détourner… Shane et Liz, un couple au bord de la rupture tombé en panne en plein centre-ville à quelques heures du début de la Purge et poursuivis par un gang de motards, trouvent refuge dans le véhicule blindé de Leo… « Purgeurs » et potentiels « purgés » vont devoir faire équipe pour survivre.

Après presque deux heures de projo, quel verdict ? Eh bien, ma foi, le résultat est des plus satisfaisants ! American Nightmare 2: Anarchy rattrape aisément bon nombre des lacunes enquillées par son prédécesseur. Enserrant enfin frontalement son concept, déployant son univers d’anticipation avec de réelles ambitions malgré un budget limité qui se fait parfois sentir, et dépeignant surtout un climat d’asphyxie sociale parfois tétanisant de justesse, la première moitié du métrage est monstrueuse : la lente approche de la purge annuelle, ses balbutiements, son incursion progressive et insidieuse dans un quotidien banal et socialement déliquescent est hyper anxiogène et, dès lors que les festivités barbares sont ouvertes, la tension est à son comble ! Les personnages balancés dans l’horreur sont des stéréotypes savamment choisis et composés mais qui ne sont pas pour autant uniquement des fonctions, ils deviennent très rapidement attachants et le calvaire qu’ils vont vivre cette nuit n’en est que plus intense.

Du point de vue de la forme, DeMonaco n’est pas un génie de la mise en scène, ceci dit il se défend bien ! Il compose des cadres intéressants car souvent étouffants, propose quelques images de cataclysme vraiment impressionnantes (le camion de pompier en flamme traversant soudainement une rue), tout cela renforçant, à l’aide d’une photographie parfois quasi monochrome, une sensation de claustrophobie et d’apocalypse urbaine. Blumhouse oblige, il y a ça et là deux trois relents de found-footage, mais ceux-ci s’intègrent plutôt bien dans l’ensemble.

 

La suite, soyons clair, se révèle plus classique, la trame est celle d’un pur survival, certes basique et relativement attendu, mais furieux et multipliant les antagonistes et les péripéties avec un talent certain ! Le jeu de massacre, blindé de twists, frôle parfois l’actionner pas toujours bien cadré et découpé, on est d’accord, mais, et là réside sa grande réussite, il n’est jamais fun au sens le plus noble du terme, il maintient constamment un malaise, triture avec une intelligence perverse la relation ambiguë que nous entretenons avec la violence à la fois cathartique et répulsive qui se déchaîne sous nos yeux. Syndrome PG-13 oblige, les explosions de violence graphique à l’écran sont assez calibrées, un chouilla trop propres pour dire les choses plus clairement.

Cependant, James DeMonaco réussit à contourner cette contrainte grâce, encore une fois, à un travail de fond investi, faisant preuve d’une réelle noirceur et d’un cynisme appuyé suffisamment rare dans l’industrie du cinéma d’horreur hollywoodien pour être très fortement soulignés. Il s’adonne d’ailleurs à une happy-end qui n’en est finalement pas vraiment une, se refuse à donner une quelconque réponse sous forme de solution à cette destruction légale du politique, à ce retour annuel à l’état de nature mâtinée de lutte des classes (ce dernier aspect traité de manière caricaturale il est vrai), qui apparaît être justement la seule et unique solution pour maintenir le contrat social ! Oui, du point de vue de la potentielle future saga, jouer cette carte, c’est ouvrir la porte à une nouvelle séquelle, mais en même temps, soumettre à la sagacité du spectateur la nécessaire reconduction de la Purge est une piste de réflexion pertinente. Les choses sont même posées de la sorte : se révolter contre elle et éliminer ses instigateurs, ce n’est rien d’autre que purger la Purge et sa légion de « purgeurs », donc purger à son tour : un cercle vicieux somme toute ! Ainsi annoncer son renouvellement trois-cent soixante-quatre jours plus tard, est une démarche intellectuelle parfaitement cohérente… espérons qu’elle n’en demeure qu’à ce niveau et qu’elle ne donne pas vraiment naissance à un troisième bébé… histoire de terminer la franchise sur cette très belle note !

Naughty Bear

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About Naughty Bear

Esprit vengeur adepte donc de la loi du Talion enfermé dans une peluche : œil pour œil, dent pour dent de préférence marteau au poing (quand il n’a pas les mains occupées à manipuler des cartes à jouer)… tout cela en version nounours bien sûr ! Aimant humblement à philosopher sur toutes formes de monstruosités y compris la sienne »Je sais que je suis une bête, cependant j’ai le droit de vivre non ? »… tout cela en version nounours bien sûr ! Un scanner récemment effectué a pu révéler qu’il possédait en guise de rembourrage des pellicules plein la tête (hardcores si possible), l’écriture s’avère dès lors le seul et unique moyen de les exorciser. Avez-vous déjà vu un nounours armé d’une machette se confectionnant un masque avec le cuir ou plutôt le tissu de ses victimes ? Maintenant, oui.