Critique de Detective Dee et la Légende du dragon des mers

VN:F [1.9.22_1171]
Notez ce film
Rating: 0.0/5 (0 votes cast)

 

Di Renjie: Shen du long wang

De Tsui Hark

Avec Mark Chao, Feng Shaofeng, Angelababy, Li Gengxin

Chine – 2013 – 2h18

Rating: ★★★★★

Tout juste arrivé à Luoyang, pour prendre ses fonctions de magistrat, Dee Renjie se retrouve au cœur de diverses affaires : il y aurait un monstre marin marin sévissant sur les côtes de l’Empire dont une courtisane est promise en offrande, face à un groupe de ravisseurs prêts à l’enlever…

Prequel du premier opus sorti en 2011, Detective Dee et le mystère de la flamme fantôme, Tsui Hark applique en début de film un principe « nolanien ». En effet, Christopher Nolan réalise toujours une séquence d’action en ouverture de film : la tuerie interne des clowns braquant une banque dans The Dark Knight  et un détournement d’avion explosant en plein vol dans The Dark Knight Rises par exemple. Pour le réalisateur hong-kongais, c’est la destruction d’un bouddha géant dans le premier volet et une destruction d’une flotte de navires militaires par le « dragon des mers » pour le volet actuel. D’ailleurs, Tsui Hark ne cache pas son ambition de saga pour le personnage de Dee, après Dr. Wong Fei-Hong (Il était une fois en Chine) ou Ip Man.  Et d’autres références anglo-saxonnes sont à remarquer. La rencontre entre Dee et son assistant Shatuo, qui se révèle être médecin, ressemble beaucoup à la rencontre Holmes-Watson façon Steven Moffat pour la télévision anglaise (le détective devine par intuitions, déductions tout en étant attentif aux détails), avec Benedict Cumberbatch et Martin « Frodon » Freeman. En même temps, si le premier roman sur Dee est écrit par un anonyme et date du dix-huitième siècle, les 25 romans suivants sont écrits par un expatrié hollandais vivant entre la Chine et le Japon, Robert Van Gulik (1910-1967). On oscillerait donc entre un blockbuster mondialiste et altermondialiste.

Mais de l’effort de la présentation et représentation de la dynastie Tang, on ressent le côté alter : la dynastie Tang est une société multiculturelle, acceptant les étrangers et tous les types sino-asiatiques (chinois, japonais, vietnamiens, coréens, tibétains et indiens) et tous types de religion (du bouddhisme au judaïsme en passant par l’Islam, le christianisme voire le zoroastrisme). Le metteur en scène va jusqu’à évoquer la question des communautés et minorités opprimés (et par conséquent la question du pouvoir impérial) en victimes collatérales, pris entre deux feux, car la guerre est en sous-texte dans le film… Même si ce ne sont que des détails, cela sert au kung-fu ghost comedy, le film de kung-fu fantastique teinté d’humour tout au long du film. On a droit à des combats chorégraphiés stylisés, sous les signes des éléments naturels (feu, terre, air et eau) et chacun a son style de combat, avec ou sans arme. Et de plus, les scènes d’action dépendent des décors et leur particularité (temples, palais ou pavillons…) surtout celle sur la paroi d’une falaise… Les bastons-ballets proposent un axe temporel original (traitement en temps réel, ralenti ou accéléré) renvoyant à l’âge de pierre Matrix et générant un rythme dynamique renforcé par le montage, l’esthétisme et la 3D.

D’un énorme travail de l’espace architectural, tantôt en 2D et magnifié en 3D, cela nous rappelle Inception de Christopher Nolan (encore lui), Il nous est proposé de l’interactivité : jeu d’échelle de plans, des médaillons en gros plan correspondant aux différents employés de la magistrature (à la limite du jeu vidéo), les différents sites importants de la ville ou la meilleure façon de se déplacer dans la cité…  Quant aux costumes et accessoires aux couleurs vives, ils amènent une poésie visuelle. Enfin, du défi de la 3D, il y a la nécessité de beaucoup de lumière car « si l’image est floue et sombre, le spectateur risque d’être désorienté et nauséeux » (comme la séquence sous-marine de fin de Pacific Rim) et la 3D stéréoscopique va de 48 images par secondes à 96. L’autre problématique est que les scènes de combat doivent être tournées en une seule prise, avec les caméras toujours en mouvement ou en faisant bouger constamment les acteurs sur une plateforme, afin d’amplifier la perception du spectateur notamment sur l’espace filmique (verticalité, horizontalité et profondeur). Pour conclure, le retour tant attendu du grandiose cinéaste du Hong-Kong des années 90 est enfin arrivé, après une quasi-absence dans les années 2000. A quand ses comparses ?

Hamburger Pimp

Partager cet article
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • email

About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…