Critique de American Bluff

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 .

American Hustle

De David O. Russell

Avec Christian Bale, Bradley Cooper, Amy Adams, Jeremy Renner, Jennifer Lawrence

Etats-Unis – 2013 – 2h18

Rating: ★★★★☆

Irving Rosenfeld est un New-Yorkais, propriétaire de pressing et héritier d’une société de vitreries. Lors d’une fête, il rencontre Sydney Prosser et semble avoir trouvé la femme de sa vie, celle à qui il peut tout dire. Et notamment dire que c’est un escroc qui fait dans la combine de crédit à particulier et fausses oeuvres d’art. Cela marche pour les deux tourtereaux jusqu’à ce qu’ils croisent le chemin du FBI…

David O. Russell continue son historicité américaine filmique : auparavant l’absurdité de la première Guerre du Golfe (Les Rois du désert), les années 90 et 2000 comme début de l’ère marketing et dépressive (J’aime Huckabees) ou les villes prolétaires berceaux des athlètes nationaux (The Fighter). Cette fois-ci ce sont les années 70, période faste et progressive jusqu’aux chocs pétroliers, entre looks improbables et effusion de styles et, particulièrement pour le cinéma, l’avènement d’une certaine manière de faire, héritée de la Nouvelle Vague: le Nouvel Hollywood. En effet, des films de Scorsese ou Cassavetes, une chose nous interpelle: on fait vivre les personnages en dehors de l’intrigue et du récit principal dans un souci de véracité et de spontanéité. Par conséquent au-delà des arnaques et de la méthode, on découvre cinq personnages attachants chacun à leur manière. La femme fatale est une rousse incendiaire qui séduit deux hommes au point qu’on ne sait plus quel est celui qu’elle aime. L’autre femme est une blonde vamp (ou blonde pouffiasse) et dépressive rappelant une autre héroïne de l’époque, Sue Helen de Dallas,  la femme alcoolique de J.R ou ici d’un maire (Carmine Polito) dont la fin justifie les moyens car il est tellement altruiste qu’il est prêt à se salir les mains pour le bien des habitants de sa ville. Quant aux deux héros, un flic permanenté arriviste ne voulant ni apprendre ni recevoir de leçons (l’histoire de la pêche sous la glace) et un bedonnant chauve ayant des problèmes de coeur (au propre comme au figuré), c’est un faux duo comique dont une lutte intestine – à savoir qui est le chef de l’opération – mène à un twist facile et prévisible. Quoique….

Cette présentation des personnages est à mon sens nécessaire pour souligner le constant et perpétuel jeu des faux-semblants. En effet de l’accent anglais d’Edith/Sydney à l’invention d’un cheikh, aux piaillements intentionnés ou non de Rosalyn pour se venger de son mari Irving et au refus du réel de ce dernier mais aussi de Richie le flic, tout est prétexte à s’illusionner pour se sentir vivant. D’ailleurs n’est-ce pas le cinéma ? Un écran blanc faisant illusion le temps d’une séance ? Pourtant on ne crie pas à l’arnaque, à part si on a détesté le film. Mais il y a bien une arnaque quelque part, peut-être que c’est du côté des politiciens qui acceptent de recevoir des pots-de-vin et autres malversations et qui sont les cibles du FBI malgré leurs bonnes intentions (Carmine…). L’intention… Ce concept merveilleux que l’on met avant quand tout va bien et pour se rattraper quand cela va mal, longuement évoquée dans une discussion entre Rosalyn et son mari, qui la fait paraître intelligente et sensée alors que ce sont des adjectifs qu’on ne penserait pas lui appliquer jusqu’à ce moment du film. Et cela prouve une énième fois que Jennifer Lawrence pourrait l’actrice de sa génération. Alors où est l’arnaque du film ? Peut-être qu’elle est dans le rêve américain. À y regarder de plus près c’est le concept le plus vendu au monde, grâce à Coca, les fast-foods, les magazines de papier glacé aux photographies photoshopées, MTV ou le processus de célébrité aussi fascinant que répulsif. Peut-être que c’est la base et le sens du discours de David O. Russell. Le rêve américain est une idée qui a certes du sens mais dénuée d’existence propre. Et l’empirisme ne suffit pas à convaincre ou persuader, tout en suggérant que les illusions seraient peut-être nécessaires à l’homme car la réalité ne pourrait être comprise dans son entièreté. Et peut-être pour moi, cela m’a fait comprendre mon niveau moyen au poker : j’aime la fiction dans le jeu vidéo et non dans le jeu d’argent.

Moins jouissif que Le Loup de Wall Street, mais moins cabotin aussi? avec une direction d’acteurs plus précise, American Bluff ne vole pas ses nominations aux Oscars. Mais de là à le positionner en favori de la statuette du meilleur film… On a surtout appris que David O. Russell est un cinéaste américain avec qui il faut compter.

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…