Critique de Riddick

VN:F [1.9.22_1171]
Notez ce film
Rating: 4.0/5 (2 votes cast)

.

Riddick

De David Twohy

Avec Vin Diesel, Karl Urban, Katte Sackhoff

Etats-Unis – 1h59 – 2013

Rating: ★★★★☆

 

Alors que la saison estivale a encore une fois connu son quota de bon gros tentpoles qui auront squattés les salles durant plusieurs semaines, la rentrée laisse place à une production qui sous ses airs de blockbuster des familles se révèle être un projet bien plus indépendant qu’on ne pourrait le croire. Ainsi Riddick nous revient non sans mal, toujours sous la houlette de David Twohy, après avoir connu son lot d’embuches, son cheminement ayant été fortement mis à mal par le faible intérêt des studios à son égard. Les costumes cravates étant difficiles à convaincre, Vin Diesel décida rapidement de porter le projet à bout de bras, s’efforçant notamment de communiquer un maximum avec son public. Fort sympa le Vin, car si on lui reproche bien souvent son orgueil ou son attitude sur certains tournages, on ne peut qu’apprécier une telle démarche. Compréhensible aussi, tant cette franchise demeure l’une des rares culminances de sa filmo. Pour rappel, Pitch black, sorti en 2000, le fit connaitre au grand public. Depuis l’acteur est passé par divers rôles souvent oubliables, sans jamais mettre aux oubliettes ce personnage qu’il maintient en vie à la fois de manière purement mégalomane (les films ne tournent clairement qu’autour de sa personne), tout comme à travers la certitude de tenir là un personnage et un univers qui méritent que l’on s’y attardent. Il n’a d’ailleurs jamais été aussi bien dirigé qu’à travers ce rôle dans lequel sa présence et son physique sont judicieusement exploités et où son jeu monolithique scie parfaitement à ce héros solitaire, souvent intriguant, parfois beauf, mais toujours singulier.

Là où Les Chroniques de Riddick tentait de développer un univers riche et doté de sa propre mythologie, Riddick abandonne en grande partie ces ambitions (bien que l’on nous promette en vidéo un director’s cut plus développé à ce niveau là) pour revenir vers de la série B pure et dure. Outre la faible rentabilité des Chroniques de Riddick lors de sa sortie en salles, l’autre détail qui entraina immédiatement une crainte de la part des financiers fut le choix de viser un classement R, abandonnant l’idée de se limiter à nouveau à une classification PG 13. Avec un budget sévèrement revu à la baisse (on passe de 120 millions de dollars à 38 millions), l’idée de s’atteler une nouvelle fois au space opera semblait difficile. En s’éloignant du schéma des grosses productions, Twohy et Diesel ont fait leur choix entre ratisser par tous les moyens le public le plus large ou satisfaire en premier lieu les fans. Sang qui gicle, tête coupée en deux, insultes bien grasses, … le film se veut souvent plus adulte, parfois plus con, mais ne bride jamais ses intentions.

Le récit est certes simpliste (Riddick ne cherche rien d’autre que se barrer de cette foutue planète) mais permet un réel retour aux sources en se rapprochant très fortement de Pitch Black. David Twohy établit son scénario en trois parties bien distinctes. Le film débute par une longue introduction presque dénuée de dialogues où Riddick se retrouve sur une planète à l’environnement hostile auquel il va devoir se confronter puis s’adapter. Première constatation, Riddick n’a pas changé d’un iota, toujours solitaire et prompt à s’enliser dans des situations foireuses. Seul, blessé, et entouré de créatures, ce bon vieux Richard en profite pour se refaire une santé et, comme il le dit, retrouver le côté animal qu’il avait quelque peu abandonné suite à son intronisation lors de sa précédente aventure. Evidemment, difficile de voir le véritable mal ailleurs que dans la nature humaine, ce pourquoi atterrissent sans trop tarder une première puis une seconde escouade de mercenaires. Deuxième acte donc, où s’initie un jeu du chat et de la souris dans lequel les adversaires ne sont jamais rien de plus qu’un amuse gueule pour Riddick. La menace est ailleurs. Et celle-ci débarque réellement dans cette dernière partie faisant virer le film dans le survival bien bourrin. Le film retrouve dès cet instant cette complémentarité entre la science-fiction et l’horreur qui faisait en grande partie le succès de Pitch Black. Plus axé ce coup-ci sur du bourrinage intensif que sur un réel sentiment de tension, la présence à l’écran de ces créatures est mise en scène parallèlement aux conditions climatiques, les hordes de créatures n’apparaissant parfois que de manière succincte à l’écran lorsque frappe le tonnerre.

Le personnage de Riddick fait parti des figures phare de la SF des années 2000, son univers ayant été exploité dans les domaines du jeu vidéo ainsi que de l’animation. C’est donc sans surprise que dès les premières minutes Riddick nous replonge dans une ambiance qui nous est devenue familière, sans pour autant chercher à cacher ses influences et ses références, qu’il s’agisse d’un plan renvoyant à Apocalypse Now, d’une imagerie empruntant aux jeux vidéos (God of War !) ou encore de similitudes très marquées (comme le laissait déjà percevoir le trailer) avec un certain Ghosts of Mars de John Carpenter. La comparaison est d’ailleurs troublante tant les deux films semblent partager en grande partie les mêmes qualités et les mêmes défauts. Outre les mercenaires, l’hostilité de la planète ou cette idée de relier des genres tels que la science-fiction, la série B et le western, les deux films reflètent cette constatation que le genre n’est jamais mieux exploité que lorsqu’il est travaillé par des artisans en marge. David Twohy et John Carpenter ont toujours eu comme intention principale de contenter leur public (à ce sujet Twohy le dit lui-même, Riddick a été fait avant tout pour les fans), quitte à devoir restreindre leurs moyens (bien que cela ne dépendent souvent pas d’eux-mêmes) mais en conservant toujours leur propre identité. Cette démarche se ressent totalement à la vision du film dont la générosité est telle qu’elle se fourvoie dans des maladresses qu’on identifie facilement sans que celles-ci soient pour autant gênantes. Si les personnages secondaires sont principalement des gros bras employés pour appuyer le personnage central, il faut rappeler qu’ils collent aussi parfaitement à l’idée de la série B de science-fiction telle qu’elle fut façonnée par certains grands titres du genre, qu’il s’agisse d’Aliens de James Cameron ou de Predator de John  Mctiernan qui eux non plus ne cherchaient jamais à faire dans la caractérisation trop appuyée. A ce titre, David Twohy est un réalisateur qui reste très proche du cinéma de cette période, notamment dans l’iconisation de son héros comme auparavant avec les Stallone et Schwarzenegger, le tout de manière décomplexée et respectueuse.

On regrette que les dernières minutes du film s’enlisent dans une facilité et surtout une certaine incohérence, remettant en jeu la stature du héros qui se voit soudainement dépendant d’autrui pour survivre, en opposition avec le traitement du personnage établi depuis Pitch Black. Mais tout ceci n’est pas grand chose comparé au plaisir jubilatoire qu’offre Riddick, nous rappelant que certains metteurs en scène continuent d’offrir leurs lettres de noblesses à ces B movies de qualité qui se font de plus en plus rares en salles.

 

Nico Darko

Partager cet article
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • email

About Nico Darko

Depuis sa rencontre nocturne avec un lapin géant lui prédisant la fin du monde s’il ne lui filait pas son portefeuille, Nico Darko a décidé qu’il était temps pour lui de se calmer sur une certaine boisson à base de malt et de houblon. Désormais, il se consacre à sa nouvelle passion pour les emballages alimentaires de marque péruvienne, mais il lui arrive aussi de vaquer à des occupations bien plus banales comme participer à des tournois de bowling avec son coéquipier Jeff Lebowski ou discuter littérature avec son ami Jack Torrance (dont il n’a d’ailleurs pas eu de nouvelles depuis l’hiver dernier).