Le Found Footage et le faux documentaire en 10 films

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Des années maintenant que le cinéma fantastique décide de faire peur en déterrant de vieilles bobines ou en filmant comme si on y était. Pour le pire et pour le pire, rarement pour le meilleur. Retour chronologique en 10 films sur un genre lucratif qui a heureusement parfois des éclairs de génie. Et les éclairs, au café, c’est bon.

Punishement Park

Peter Watkins – 1971

La guerre du Viêt Nam dégénère et des contestataires de tout poil sont forcés par le gouvernement Nixon à purger une peine de prison à vie ou à rejoindre Punishement Park. Non pas l’ancêtre de Disneyland mais un désert hostile où nos protagonistes devront survivre des jours entiers face aux sadiques flics les poursuivant. Attaque à charge contre la politique et les médias, ce film n’a rien perdu de son intensité. Jamais racoleur tout en mettant le spectateur dans la position la plus inconfortable qui soit, Watkins réalise une œuvre visionnaire que les scandales de Guantanamo  des décennies plus tard rendront plus que jamais nécessaire.

 

Cannibal Holocaust – Ruggero Deodato  – 1980

Quittant son Italie natale pour des vacances dans la jungle amazonienne,  Deotato signe un film à l’aura sulfureuse. En cause, la frontière entre le réel et la mise en scène semble gommée pour plonger le spectateur dans les horreurs du cannibalisme. A défaut d’être particulièrement fin dans son propos, Cannibal Holocaust reste, bien qu’ayant vieilli, un choc visuel. Gore et malsain à souhait, certaines scènes continueront à hanter longtemps les esprits de spectateurs en mal d’émotions fortes.

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C’est arrivé près de chez vous – Rémy Belvaux, André Bonzel et Benoît Poelvoorde – 1992

Un noir et blanc cradingue, librement inspiré de l’émission Strip-Tease elle aussi belge, C’est arrivé près de chez vous met en scène Poelvoorde en tueur psychopathe à la petite semaine. Le rire franc se fait jaune à mesure que le film avance, entre absurde et horreur totale. Car, de ce personnage incarnant une certaine vision de la normalité, C’est arrivé près de chez vous finit par en faire un mec incontrôlable, au sadisme sans pareil.  Dialogues inoubliables, Poelvoorde au meilleur de sa forme : à revoir pour oublier les comédies franchouillardes dans lesquelles l’acteur se complaît depuis.

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Le projet Blair Witch

Daniel Myrick et Eduardo Sánchez – 1999

Premier vrai buzz viral d’un film d’horreur sur la toile, Le projet Blair Witch marque un véritable tournant. Avec un budget minime, le film est devenu un phénomène très rentable dont l’exemple sera bien évidemment largement suivi. La qualité du métrage, elle, n’atteint malheureusement pas sa réputation. Si l’idée de départ surprend dans le contexte de l’époque et repose sur la suggestion plus que la démonstration, Le projet Blair Witch tourne rapidement à vide. Acteurs moyens,  scènes répétitives : un essai certes original mais loin d’être abouti.

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[Rec]

Paco Plaza et Jaume Balagueró – 2007

Il n’est pas nécessaire de rappeler la qualité des films fantastique espagnols de ces dernières années. C’est donc sans surprise que ce « mockumentary » ibérique s’avère d’une redoutable efficacité. Mêlant huis-clos, infectés et caméra portée, les deux réalisateurs arrivent à créer une sensation d’étouffement en jouant habillement avec les codes horrifiques. De plus, soulignons que plutôt d’user leur concept jusqu’à la corde, les suites ([Rec]2, [Rec]3 Genesis et le futur [Rec]4 Apocalypse) se veulent à chaque fois novatrices tout en restant cohérentes avec leur scénario original.

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Paranormal Activity

Oren Peli – 2007

Réalisé la même année que le [Rec] précédemment cité, Paranormal Activity sortira 2 ans plus tard sur nos écrans. La comparaison s’arrête là puisque ce métrage est l’un des plus déplorables films de genre sorti dans les 00’s. Réalisation bâclée, acteurs inconsistants, Peli réussi le tour de force de faire un film sur rien, avec rien, si ce n’est la volonté assumée de prendre le spectateur pour un con. Et dire que le 4ème volet va bientôt sortir en salles…

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Cloverfield

Matt Reeves – 2008

Décider de filmer l’implosion de Manhattan en caméra subjective est un choix éminemment casse-gueule. Matt Reeves s’en sort pourtant très bien, livrant une vision très personnelle du film catastrophe. En effet, son procédé filmique ne gâche en rien le rendu du foisonnement d’effets spéciaux, leur permettant même à l’inverse de prendre toute leur ampleur avec cette perception à « taille humaine ». Le scénario ne suit pas toujours la longueur, toutefois le réalisateur rend avec sensibilité un trauma vécu en live, nous donnant à voir une métaphore intéressante du 11 septembre.

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District 9

Neill Blomkamp – 2009

En multipliant les idées de mise en scène, en choisissant de localiser son film en Afrique du Sud tout comme en le situant des années suivant une invasion extra-terrestre, Blomkamp prend à contre-pied tous les clichés du film de science-fiction.  Cependant, si le film marque en premier lieu par son originalité, il n’oublie pas d’être excellemment maîtrisé dans sa réalisation. L’utilisation des techniques documentaires permet au film son ancrage dans le réel, écho aux blessures du pays sans oublier d’en faire un spectacle saisissant. Une vraie perle.

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Trollhunter

André Øvredal – 2010

Revoir les mythologiques nordiques avec comme protagonistes principaux des trolls de plusieurs mètres de haut est intriguant. Les paysages sont jolis et les bestioles plutôt réussies. Mais à trop vouloir jouer sur le second degré (théorie du complot, religion, etc.) et à refuser systématiquement de poser sa caméra, Øvredal agace et ne permet jamais au spectateur de se sentir concerné par l’histoire principale. On s’ennuie donc bien plus qu’on prend son pied devant ce Trollhunter qui aurait mérité qu’on accorde plus de soin à son écriture.

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Chronicle

Josk Trank – 2012

Le super-héros est la nouvelle figure de prédilection du cinéma US, faisant soudainement émerger la culture nerd au grand jour. Trank a bien compris cette mécanique, exploitant le filon mais tentant également une approche qui se focalise sur la normalité de ses personnages plutôt que sur leurs pouvoirs. Pas inintéressant dans son introduction, le film se perd néanmoins rapidement dans un scénario aussi bordélique qu’incohérent. Et surtout, il manque cruellement de fond. Il tombe dans le travers de vouloir absolument cartographier cette pseudo « génération Y ». Une cartographie qui ne verra jamais plus loin que le bout de son nez.

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Miho

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About Miho

Coincée depuis quelques années entre réalités parallèles et univers alternatifs, Miho se dit qu’elle aurait mieux fait de suivre des cours de physique quantique plutôt que de s’adonner aux dépravations estudiantines terrestres afin de retrouver son home sweet home. En attendant enfin une numérotation automatique "téléphone maison" sur son iPhone, son passe-temps favori reste la reproduction des masques de Leatherface et de Michael Myers au crochet.