Critique de Douze Hommes en colère

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Rating: 4.7/5 (3 votes cast)

Twelve Angry Men

De Sidney Lumet

Avec Henry Fonda, Martin Balsam, John Fiedler, …

Etats-Unis – 1957 – 1h35

Rating: ★★★★★

Un procès, douze jurés qui délibèrent, le sort d’un jeune homme accusé de meurtre entre leurs mains. S’ils le proclament coupable ce dernier sera condamné à mort. Parmi ces douze hommes, douze personnalités différentes dont celle d‘un homme désireux de débattre et qui, par la force du dialogue, va parvenir à remettre en doute le jugement des onze autres jurés voyant en l’accusé un coupable évident.

Sidney Lumet nous a quitté l’année dernière et en observant sa riche filmographie on constate que 12 Hommes en colère reste peut-être son film le plus reconnu, s’agissant pourtant bel et bien de son premier essai pour le grand écran. Sorti en 1957, le film transpose un scénario écrit par Reginald Rose et prévu à l’origine pour un téléfilm diffusé en 1954. On comprend aisément l’aspect télévisuel du récit qui correspond parfaitement à une telle adaptation. Pourtant, Sidney Lumet surpasse le simple fait de disposer d’un scénario implacable, son film demeurant une grande œuvre cinématographique en tous points.

Le septième art comprend une liste assez étendue de métrages traitant de manière plus ou moins directe de la peine de mort. En avance sur son temps, 12 Hommes en colère est loin d’employer des recours plus classiques (mais évidement non amputables au sujet) tels que le fait de miser principalement sur l’émotion ou l’aspect choquant de cette sentence. Au contraire, sa force est aussi de traiter son sujet de manière pragmatique en s’appuyant sur un élément primordial: le doute. Cet élément demeure la clé de voûte du récit, imprégnant le film dans sa totalité, au point d’ériger le spectateur en treizième homme. Le déroulement en temps réel appuyant ce sentiment, nous immergeant au cœur de cette délibération qui débute sur l’établissement d’un fait présentant la culpabilité du témoin comme évidente pour ensuite y révéler intelligemment les failles au fur et à mesure que le récit progresse. L’échange de balles entre les protagonistes, Henry Fonda au centre, se caractérisant comme une défense de la justice au plus près de ce qu’elle devrait être.

La tension qui ressort de ce huit clos est caractérisée par une précision hors pair de Lumet dans sa mise en scène. Si celle-ci reste sommaire, sa force est de donner un sens à chaque détail, à chaque interaction entre les personnages dont la disposition autour de la table est établie de manière judicieuse. Cette tension naît aussi du fait que le seul élément extérieur à cette discussion houleuse se trouve être une forte canicule. Cette dernière symbolisant de manière habile l’agitation régnant au sein même de la tablée. Au coeur de cette choralité, le personnage de Henry Fonda reste à la fois charismatique et intriguant. On le sait désireux de débattre mais pour autant ses convictions ne sont jamais directement étalées, préférant écouter, analyser puis argumenter. A la fois élément perturbateur et maître du jeu, on observe peu à peu son magnétisme agir sur les autres jurés. Son personnage et ses actions représentent symboliquement des valeurs telles que la démocratie à travers les votes, ou encore la quête de vérité en mettant en avant la fragilité des faits établis. Il est intéressant de voir sous quel angle est traité le personnage, son pouvoir d’influence étant ici mis en avant, nous présentant un homme avec des convictions. Il aurait pu en être tout autre s’il en avait employé ce pouvoir de la manière inverse en préconisant la manipulation. D’où l’idée qui émane que les divers systèmes de pression peuvent avoir des effets colossaux, pouvant être employés de manière intelligente et bienfaisante comme ici, tout comme dans une intention néfaste.

Œuvre engagée, 12 Hommes en colère remet en cause des valeurs sociales préconçues, notamment dans un pays comme les États-Unis où la liberté est pourtant défendue comme étant l‘une des valeurs fondamentales. Il faut replacer son film dans son époque et remarquer ainsi à quel point sa résonance reste encore très importante aujourd’hui, à une période où les médias annoncent régulièrement l’innocence d’anciens détenus ayant subi la peine capitale. Si le film n’apporte pas de réponse sur la culpabilité ou la non culpabilité du jeune accusé, il tente de raisonner toute décision hâtive et replace au cœur du débat la notion de valeur humaine., cette idée étant reprise de nombreuses fois dans les lignes de dialogue.

Métrage au statut amplement mérité et à la démarche salutaire, il s’accorde avec l’obsession que Sydney Lumet portera au système judiciaire tout au long de sa carrière, ainsi que cette idée d‘un homme luttant seul contre tous (notamment Serpico qui reprend avec brio cette thématique). En étant à la fois un film passionnant de part son intrigue et une analyse sociétale pertinente, 12 Hommes en colère, sous son aspect volontairement froid de prime abord, reste une grande oeuvre humaniste.

Nico Darko

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About Nico Darko

Depuis sa rencontre nocturne avec un lapin géant lui prédisant la fin du monde s’il ne lui filait pas son portefeuille, Nico Darko a décidé qu’il était temps pour lui de se calmer sur une certaine boisson à base de malt et de houblon. Désormais, il se consacre à sa nouvelle passion pour les emballages alimentaires de marque péruvienne, mais il lui arrive aussi de vaquer à des occupations bien plus banales comme participer à des tournois de bowling avec son coéquipier Jeff Lebowski ou discuter littérature avec son ami Jack Torrance (dont il n’a d’ailleurs pas eu de nouvelles depuis l’hiver dernier).