Le Western contemporain en 10 films

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Si le western est incontestablement le genre qui aura défini le cinéma américain durant des décennies, il perdra aussi subitement de son intérêt auprès du public une fois les codes essoufflés et dès lors que cette vision conservatrice ne sera plus perçue de la même manière par le peuple, la conquête de l‘ouest n’ayant plus la même résonance. Cette vision perçue comme réactionnaire est souvent attribuée à tort au cinéaste majeur qu’est John Ford. Ainsi, ce qui reste frappant dans les westerns des années 90 à maintenant, c’est justement la manière dont tous se réclament d’une émancipation face à ce cliché, de Danse avec les loups qui s’insurge du sort réservé jadis aux tribus indiennes, jusqu’à plus récemment avec True Grit où le modèle du héros américain n’existe plus. Pour résumer ces vingt dernières années voici une liste de dix Westerns qui auront continués de marquer un registre devenu bien moins productif, mais dont les craintes d’investissement des producteurs pour un genre qui s‘est essoufflé engendre souvent des œuvres réussies de part le soin qui leur est alloué. Le point commun de tous ces westerns modernes étant de toujours respecter le travail des aînés.

 

Danse avec les loups

De Kevin Costner (1990)

Si le western a pour principale définition de relater la conquête de l’Ouest, Danse avec les loups le fait de manière inaccoutumée en offrant une vision inverse des événements, à travers les yeux du lieutenant John Dunbar et de sa rencontre déterminante avec une tribu indienne. Fable humaniste qui questionne sur la véritable identité du peuple américain, Danse avec les loups est une œuvre d’une rare intensité où les rapports humains et la relation avec l’autre, et donc l’inconnu, sont au cœur du récit. Épopée qui s’étend sur près de quatre heures dans sa version longue, elle hypnotise par sa beauté et sa direction artistique de talent, notamment due au choix de Costner de faire interpréter les rôles des Indiens par de vrais Indiens. Un choix judicieux, et certainement témoin du jusqu’au-boutisme du film qui ne cherche jamais à caresser la bonne morale américaine, mais bien au contraire à la démystifier. Certains trouveront toujours à redire sur le côté bien pensant, les autres y verront ce qu’il faut y voir, à savoir un très grand chef d’œuvre.

 

Impitoyable

De Clint Eastwood (1992)

En 1992 le western est loin d‘être encore la panacée des studios américains, les « poor lonesome cow-boys » ayant été peu à peu remplacés au fil des décennies par des icônes nouvelles, notamment celles du cinéma d‘action à partir des années 80. Danse avec les loups a beau avoir connu un joli succès deux ans plus tôt, il ne représente pas vraiment le western traditionnel. Eastwood décide donc de revenir devant et derrière la caméra pour ce qui sera son point final à un genre qui aura bercé toute une partie de sa carrière. Point final pour lui-même mais aussi pour le western qui ne sera plus aussi prolifique les années suivantes. Sorte d’apothéose débarquant sept ans après Pale Rider, Impitoyable est autant inspiré par le cinéma de Sergio Leone, le mentor de Eastwood, que par celui de John Ford, faisant transparaître un personnage reflétant des icônes inhérentes au cinéaste, interprétées autrefois par Henry Fonda ou John Wayne. Si Clint Esatwood a souvent la bienveillance de clore chaque genre qu’il aborde, on peut aisément dire qu’il le fait ici avec brio, Impitoyable se révélant être l’un des meilleurs westerns crépusculaires.

 

Mort ou vif

De Sam Raimi (1994)

L’une des capacités de Sam Raimi est de s’atteler régulièrement à un nouveau registre en y redéfinissant les codes à sa manière. Ainsi, après avoir fait part de son amour pour le cinéma d’horreur avec la trilogie Evil Dead, puis d’avoir réalisé Darkman, un super-héros issu de sa propre création, il décide de s’atteler au western avec Mort ou vif sorti en 1994. Sans surprise, nous sommes loin de nous retrouver face à une oeuvre conventionnelle, Raimi apportant ici une touche joliment cartoonesque au genre. A la fois hommage de fanboy et western dans sa plus pure tradition, Mort ou vif affiche un casting enviable où se côtoient Sharon Stone, Gene Hackman, Russel Crowe et un Leonardo Di Caprio encore jeunot. Le réalisateur ne cherche pas à aborder le genre avec trop de sérieux, délaissant notamment l’aspect contextuel pour miser sur le côté divertissant offert par le scénario (tous les ans a lieu un concours de duels offrant une coquette somme au gagnant), le tout étant appuyé par une mise en scène originale et graphique. Une sorte de western mixé à un comic book en somme.

 

Wyatt Earp

De Lawrence Kasdan (1994)

Biopic retraçant la vie du célèbre Wyatt Earp, justicier notamment célèbre pour avoir participé à la fusillade d’O.K. Corral, le film de Lawrence Kasdan fut souvent critiqué négativement. Il n’est certes pas exempt de défauts et ne se hisse jamais au niveau des intentions qu’il semblait s‘être fixé, mais il demeure intéressant dans sa retranscription du personnage de Wyatt Earp. Son évolution entre le décès brutal de sa femme et son changement de personnalité se fait hélas de manière trop soudaine, le métrage souffrant de quelques soucis au niveau du rythme. La mise en scène se révèle bien terne et est loin de se rattacher à la superbe affiche du film promettant une fresque épique. Mais étonnement le film reste plaisant, autant par le désarroi de Earp dont les actes coïncident constamment avec la perte de l’être aimé, que par l’influence et la charisme qu’il dégage. Reste un western de facture correcte à défaut d’être marquant.

 

 

Open Range

De Kevin Costner (2003)

Kevin c’est un cowboy, un vrai. Et s’il y a bien un cinéaste qui a prouvé son amour du genre depuis 1990 c’est bien lui. Pour le constater il suffit de jeter un œil à sa filmographie en tant que réalisateur: Danse avec les loups en 1990 qui se voit acclamé, Postman en 1997 qui est un western post-apocalyptique, et donc Open Range en 2003, qui suite à l’échec monstre de Postman démontre que Costner n’en démord pas. Sur un scénario relativement simpliste, l’acteur/réalisateur déploie une galerie de personnages attachants, entre le vieux cowboy moraliste interprété par Robert Duvall, sorte de père adoptif d’un Kevin Costner parfait dans le rôle d’un personnage au passé trouble et dont les instincts primaires vont peu à peu refaire surface, calmés par la relation qu‘il va tisser avec la jolie Annette Bening. Les amateurs reconnaîtront aussi Abraham Benrubi, célèbre pour son rôle de Kubiac dans la série Parker Lewis ne perd jamais. Le film atteint des sommets lors d’une fusillade finale s’inscrivant dans les plus franches réussites du genre, violente et âpre au possible. Dommage que ce climax final ne soit quelque peu entravé par cinq dernière minutes un peu mièvres. Mais on ne se refait pas, Kevin reste un type au grand cœur.

 

3h10 pour Yuma

De James Mangold (2007)

Revenu blessé de la guerre de sécession Dan Evans accepte de quitter son ranch afin de convoyer le célèbre bandit Ben Wade, en échange de quoi lui sera offert une somme qui lui permettrait de sauver son ranch ravagé par la sécheresse. Remake du film éponyme de Delmer Daves, 3h10 pour Yuma est avant tout une relecture moderne, plus grand spectacle, fort réussie. Il marque aussi une des nouvelles donnes du western des années 2000 où les codes inhérents sont repris mais amplifiés, les passages obligés se succédant les uns après les autres. A la manière de son magnifique Copland, James Mangold s’attache à offrir une réelle richesse à ses personnages. On retrouve ici cette thématique déjà présente dans Copland de l’homme atteint par des blessures mais dont les principes moraux ne peuvent être altérés, quitte à y laisser la vie. Une telle réussite aurait du permettre de redonner un élan au genre, hélas cette production appuyée par un casting imposant n’aura pas pour autant relancé l’intérêt des studios.

 

L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford

De Andrew Dominik (2007)

En transposant le personnage de Jesse James à l’écran, Andrew Dominik traite de l’une des figures marquantes de la culture américaine, à la fois bandit et en quelque sorte l‘une des première «star». Offrant un retour vers le western crépusculaire, le film repose sur un rythme très lent et appuyé par des plans sublimes. La photographie est magnifique et la musique, signée par Nick Cave et Warren Ellis, s‘intègre parfaitement aux images. Métrage reposant sur les performances d’acteurs, on retrouve un Brad Pitt prouvant encore une fois qu’il est aussi bon dans les rôles grandiloquents que dans ceux plus intimistes, comme ici donc ou plus récemment dans Tree of life de Terrence Malick. Par sa mise en scène, L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford se différencie du western dans sa forme classique, l’action étant très peu présente, le réalisateur choisissant de s’attarder principalement sur la relation entre les deux personnages. Une œuvre atypique qui laisse à espérer que Andrew Dominik ne mette pas sept ans à réaliser son prochain film, comme ce fut le cas entre celui-ci et Chopper, son premier film, sorti en 2000.

 

Appaloosa

De Ed Harris (2008)

Sorti en 2008, Appaloosa pourrait être comparé au remake de 3h10 pour Yuma (sorti un an plus tôt) dans son approche stylistique du genre. Mais Ed Harris, dont c‘est le deuxième film en tant que réalisateur, s’en éloigne outre mesure, préférant un rythme lent et plus posé. Le réalisateur se retrouve aussi devant la caméra dans le rôle d’un cowboy sur la fin, blasé par les années. Accompagné de son équipier joué par Viggo Mortensen, ils vont tenter de ramener la justice dans une ville en proie à une bande de tyrans. Si le duo fonctionne parfaitement, il est dommage que la fadasse Renée Zellweger soit elle aussi à l’affiche dans le rôle d’une veuve qui va semer le doute au sein de ce duo. Le métrage surprend à ne jamais réellement verser dans la violence, prônant une réflexion et un pacifisme qui ne sera contesté que lors d’un duel final. Ed Harris privilégie la sagesse et on ne l’en voudra pas, son film sonnant comme une déclaration d‘amour au genre.

 

True Grit

De Ethan et Joel Coen (2010)

Quand les frères Coen décident de revisiter à leur sauce le western on obtient une œuvre alliant le classicisme formel à une vision décalée et personnelle. True Grit est en quelque sorte la confirmation de la passion des deux frangins pour les cowboys solitaires après No Country For Old Men en 2007 qui était déjà une version moderne du genre. De manière générale, leur filmographie possède pour point commun avec le western le fait de toujours traiter de l’Histoire américaine, et ce de manière plus ou moins directe. True Grit se démarque avec son humour toujours bien dosé, de manière plus ou moins perceptible, notamment ici à travers les personnages de LeBoeuf, le Texas Ranger un peu simplet interprété par Matt Damon, et Rooster Cogburn siégé par Jeff Bridges, faisant irrémédiablement penser, le temps de quelques scènes, à un retour du Duke version Far West. Bercé par de magnifiques paysages et une photographie à tomber, le film s’éloigne du rythme effréné des autres productions sorties à la même période pour retrouver une cadence plus proche des westerns d’antan et délivrant une certaine aura fantastique.

 

Blackthorn

De Mateo Gil (2011)

Paysages sublimes, traitement ambitieux d’un personnage emblématique, mise en scène inspirée … comment un film comme Blackthorn a t-il pu passer a tel point inaperçu? Peut-être parce que son réalisateur n’est pas un grand nom comparé à la majorité des réalisateurs s’attelant au genre et qu’aucune star bankable ne trône en haut de l’affiche, ou bien encore du fait qu’il s’agisse d’une production non américaine mais majoritairement hispanique … Que nenni, Blackthorn fait office de très bonne surprise en remémorant la vie de Butch Cassidy sous forme de flash-backs introspectifs, imaginant que ce dernier ne soit pas mort dans une fusillade en 1908 comme le veut la légende, et se repose tranquillement en Bolivie. Sam Shepard participe à la réussite du film en campant un Cassidy nostalgique. A la fois émouvant et nerveux, Blackthorn atteint des sommets lors d’une scène sublime dans un désert de sel où un paysage westernien aura rarement été aussi envoûtant.

Nico Darko

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About Nico Darko

Depuis sa rencontre nocturne avec un lapin géant lui prédisant la fin du monde s’il ne lui filait pas son portefeuille, Nico Darko a décidé qu’il était temps pour lui de se calmer sur une certaine boisson à base de malt et de houblon. Désormais, il se consacre à sa nouvelle passion pour les emballages alimentaires de marque péruvienne, mais il lui arrive aussi de vaquer à des occupations bien plus banales comme participer à des tournois de bowling avec son coéquipier Jeff Lebowski ou discuter littérature avec son ami Jack Torrance (dont il n’a d’ailleurs pas eu de nouvelles depuis l’hiver dernier).