Quand Batman s’anime

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Les comics, ce sont avant tout des dessins. Si l’on se rue en masse dans les salles obscures pour savourer leurs adaptations live, on oublie parfois que le dessin animé est peut être le média le plus légitime à retranscrire la folie graphique qui les caractérise. De tous les super-héros, Batman est peut être le personnage à avoir connu l’un des meilleurs traitements dans le domaine. Le but de cet article n’est pas de répertorier tous les dessins animés qui lui ont été consacrés mais plutôt de s’attarder sur ses meilleurs spécimens en long format.

Si la première série animée de Batman voit le jour dans les années 60, il faut attendre le succès des films de Tim Burton pour que DC Comics décide de se lancer dans un vrai film d’animation dépassant les soixante minutes. Souvent considéré comme l’un des meilleurs long-métrage tirés des aventures de Batman, Batman contre le Fantôme Masqué (Batman : Mask of the Phantasm) vient en 1993 confirmer la réussite artistique de la série animée créée un an auparavant par Paul Dini, Eric Radomski et Bruce Timm. Dans une ambiance ouvertement référencée sur le Film Noir, et ponctué de nombreux flashbacks, le film s’axe sur les amours tumultueuses entre un tout jeune Bruce Wayne encore réticent à se consacrer pleinement à son rôle de justicier et Andrea Beaumont, fille vengeresse d’un homme d’affaires pris au piège d’une bande de malfrats dont l’un des hommes de main n’est autre que Jack Napier, futur Joker.

Jouant, tout comme les films de Tim Burton, les cartes de l’Expressionisme et du Gothique (l’assassinat de Buzz Bronski dans le cimetière est assez exemplaire de l’atmosphère très sombre du film), Batman contre le Fantôme Masqué jongle avec maestria entre les composantes-phare de la série animée, mêlant son décorum profondément ancré dans les années 40 avec une touche de rétro-futurisme qui atteint son apogée lors du combat final entre Batman, le Fantôme Masqué et le Joker dans un parc d’attractions dont la thématique est la vie dans le Futur, désormais abandonné (symbolisant l’histoire sans avenir et tragique de Bruce et Andrea). A la base, Batman contre le Fantôme Masqué devait être une OAV (Original Video Animation), c’est-à-dire un film d’animation destiné au marché vidéo. Le film sortira finalement sur les écrans américains durant les fêtes de Noël mais échouera au box-office en raison d’une campagne de promotion bâclée. Son succès en VHS confortera cependant la Warner et DC Comics dans l’idée de limiter tous les prochains longs-métrages d’animation estampillés Batman à un marché exclusivement réservé à la vidéo.

Outre quelques longs composés par un assemblage d’épisodes de la série animée, d’autres aventures originales vont suivre. Ainsi, dans la foulée du Batman & Robin de Joel Schumacher, Subzero (1998) remet Batman aux prises avec Mr. Freeze qui cherche à ressusciter son épouse en prélevant des organes sur Batgirl. Accompagnant la sortie du jeu vidéo du même nom, Return of the Joker (2000) se distingue quant à lui par sa violence (un Joker de plus en plus pervers avec effusions de sang, torture et bien évidemment meurtres), se voyant pour la première fois classé PG-13 (soit interdit aux moins de 13 ans), ce qui oblige les producteurs à livrer une seconde copie, censurée cette fois-ci. Suivent La Mystérieuse Batwoman en 2003 puis un Batman vs. Dracula en 2005 qui fait évoluer les graphismes à défaut de rehausser les intrigues.

Il faudra les succès conjugués de Batman Begins et The Dark Knight de Christopher Nolan pour que Warner et DC Comics puissent proposer des OAV de plus en plus audacieuses. Ainsi, en 2008, Gotham Knight offre l’opportunité à de jeunes espoirs issus de l’animation japonaise de se réapproprier Batman à travers six sketchs amenant le Chevalier Noir dans de nouvelles dimensions graphiques, aussi perturbantes qu’anxiogènes (on vous laisse admirer le trailer ci-dessus). Se basant sur des scénarios de plus en plus complexes, Superman/Batman : Ennemis publics (2009) et sa suite Apocalypse présentent les deux figures mythiques de DC Universe qui doivent s’unir pour contrer les plans d’un Lex Luthor devenu président des Etats-Unis puis ceux de Darkseid cherchant à utiliser les pouvoirs de Supergirl. Encore plus tordu, Justice League : Crise sur deux mondes (2010) plonge Batman et ses acolytes dans les méandres des univers parallèles où ils viennent en aide à un Lex Luthor œuvrant pour le Bien face à une version maléfique de la Ligue des Justiciers, parmi lesquels on compte Owlman, homologue négatif de Batman. (A titre d’info : un nouveau OAV, La Ligue des justiciers – Echec, est sorti en France début juillet).

Pour revenir à du 100% Batman, citons la dernière réussite en date (et non des moindres) : Batman et Red Hood : Sous le masque rouge (2010) qui reprend un canevas presque identique à celui de Batman contre le Fantôme Masqué avec ses caïds se faisant descendre un par un. Inspiré du comics de Jim Starlin et Jim Aparo, A Death in the Family (1988), l’histoire commence par la mort brutale de Jason Todd, deuxième Robin, qui se fait tabasser à coups de cric par le Joker avant de périr dans une explosion. Rongé par la culpabilité, Batman pense avoir retrouvé son ancien acolyte revenu d’entre les morts sous l’identité de Red Hood, un justicier cherchant à endiguer le crime tout en le contrôlant. Avec un magistral Joker aux excès psychotiques dans la droite lignée de celui de The Dark Knight, Batman et Red Hood : Sous le masque rouge repousse allègrement les limites de Return of the Joker en matière de violence tolérable pour un OAV destiné à un jeune public. Le sang gicle sans complexe, les cadavres pleuvent et la conclusion est profondément déprimante. Avec son intrigue sans temps mort et son animation parfaite, inutile de vous préciser que l’on atteint ici la quintessence du genre.

Si on peut gloser sur la naïveté qui pèse souvent sur le cinéma de super-héros, on niera difficilement l’inventivité dont fait preuve DC Comics dans ses dernières productions DTV, offrant en 75 minutes bien plus que certains blockbusters en plus de deux heures.

 

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».