Critique La Servante

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Rating: 4.0/5 (1 vote cast)

Hanyo

de Kim Ki-young

avec Lee Eun-shim, Kim Jin-kyu, Ju Jeung-nyeo

Corée du Sud – 1960 – 1h50

Rating: ★★★★★

Dong-sik, professeur de musique pour les ouvrières d’une usine se voit contraint d’engager une servante afin d’aider sa femme, épuisée par les heures de couture qu’elle effectue pour payer la nouvelle maison qu’ils viennent d’acheter. Mais l’arrivée de la jeune femme va peu à peu faire basculer la famille dans une spirale infernale.

Le cinéma sud coréen a su s’imposer mondialement  comme étant un des pôles les plus créatifs et appliqués du cinéma de genre. Régulièrement mais toujours avec brio, nous voyons émerger des réalisateurs inconnus mais talentueux, habités par une solide conception du cinéma, de ce que doit être un film de cinéma et de la façon de le faire. Pourtant, contrairement au cinéma japonais, ce n’est que très récemment que l’on s’est intéressé à cette industrie, qui pourtant mérite amplement que nous partions à la recherche de ses racines. C’est un peu ce que cette ressortie de La Servante de Kim Ki-young va permettre.

Thriller horrifique atypique, La Servante démarre cependant comme un drame pur, installant les enjeux de son intrigue, les liens entre les différents personnages et leur caractère. Mettant en exergue une scène pour présenter anonymement la famille protagoniste, le réalisateur met en évidence par le dialogue les enjeux et le sentiment du père de famille concernant l’arrivée d’une servante dans la maison, une personne tiers résidant sous leur toit partageant leur quotidien et l’intimité de la famille. Le générique des enfants jouant à entremêler des cordes entre leurs doigts illustre presque ironiquement la situation dans laquelle la famille va plonger dès lors. Reprenant des procédés classiques, le réalisateur se permet néanmoins de les détourner, de les façonner avec une certaine ingéniosité (le choc d’une mort devient un zoom accéléré se répétant dans une succession de scènes très courtes). Les métaphores visuelles sont légions et astucieuses (l’escalier, image d’ascension sociale et de mort).

La mise en place du suspense, très hitchcockienne, reste toutefois très maîtrisée, donnant lieu à des scènes horrifiques aussi inattendues qu’originales, le cinéaste ayant réussi à faire de la servante une figure antipathique et inquiétante au possible, un monstre à visage humain et ce, dès sa première apparition. Pourtant, bien loin de tomber dans le manichéisme, Ki-young préfère, à la manière des naturalistes, montrer les travers, les perversités et les erreurs de ses protagonistes: la cruauté des enfants traitant la servante comme une esclave, la naïveté du père, qui au lieu de faire figure d’autorité, se retrouve manipulé en permanence par les femmes qui l’entourent et qui dirigent totalement sa vie, la docilité apparente d’une épouse pour qui le confort matériel et l’ascension sociale qu’il permet méritent bien des sacrifices.

Partant d’une simple histoire de moeurs, Ki-young dresse ainsi un portrait virulent de cette société qui pousse à l’endettement, à l’épuisement pour de simples biens matériels, gage d’un nouveau pallier atteint dans l’échelle sociale. D’une incroyable modernité dans son propos comme dans le traitement de celui-ci, le film, bien que datant de 1960, se paie de plus le luxe d’une conclusion très Nouvelle Vague, clin d’oeil amusé et amusant au spectateur, pour dispenser une morale finale, sous forme d’interpellation directe du spectateur, très empreinte d’ironie.

C’est par  le biais de la World Cinema Foundation initié par Scorsese que La Servante de Kim Ki-young va ressortir en salle sous l’impulsion de Carlotta, en copie restaurée. Si vous aimez le cinéma, courez-y! Vous y découvrirez assurément un trésor caché d’un cinéma riche dont la découverte se doit d’être approfondie…

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.