Critique d’Assaut

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Assault on Predict 13

De John Carpenter

Avec Austin Stoker, Darwin Joston et Laurie Zimmer

Etats-Unis – 1976 – 1h31

Rating: ★★★★★

Si l’on excepte Dark Star, dont la paternité revient tout autant, voire plus, à Dan O’Bannon, futur créateur d’Alien, le premier vrai film de John Carpenter est Assault on Predict 13, film d’action novateur qui ne rencontra pas le succès lors de sa sortie en 1976. Sur une musique électronique minimale, composée par Carpenter lui-même (et qui deviendra sa marque de fabrique pour la grande majorité de ses films), Assaut traite, trois ans avant Mad Max de George Miller, d’une violence urbaine prête à s’en prendre à tout ce qui bouge, incarnée par une sorte d’Internationale de la criminalité composée de punks, de Black Panthers, de Chicanos, d’Asiatiques et de guérilleros affublés comme le Che. Autant de signes distinctifs faisant d’Assaut un film de guerre entre la société et les minorités qu’elle stigmatise.

Une guerre a besoin de héros. Dans Assaut, il y en a deux et ils sont diamétralement opposés, du moins au premier abord. D’un côté, le policier Ethan Bishop, afro-américain parfaitement intégré aux valeurs de l’American Way of Life, comme peut en témoigner la coquette maison qu’il quitte avant de prendre ses fonctions dans le Central 13, un commissariat en passe d’être désaffecté. De l’autre, Napoleon Wilson, un Snake Plissen avant l’heure déclaré ennemi public numéro un, transitant avec d’autres détenus dans un fourgon blindé qui doit faire un arrêt forcé au Central 13. Pendant ce temps, une bande d’affreux jojos surarmés déambulent en voiture dans les rues presque désertes du quartier puis abattent froidement un vendeur de glace ainsi qu’une petite fille. Le père de cette dernière parvient à se venger sur l’un d’entre eux et part s’abriter dans un Central 13 bientôt privé de téléphone et d’électricité. La nuit tombe et le commissariat se retrouve encerclé de criminels. L’assaut va commencer…

En grand admirateur du cinéma d’Howard Hawks, le futur réalisateur de The Thing reprend la configuration de Rio Bravo pour pousser les motivations de la violence jusqu’à leur abstraction. Dans le western de Hawks, les personnages devaient surmonter leurs faiblesses afin de tenir tête à un groupe de bandits venus libérer l’un d’entre eux. Dans Assaut, les policiers et les détenus doivent combattre ensemble puisque la menace extérieure les prend tous pour cible. Pas de justification donc ni d’alternative à cette barbarie qui, par son nihilisme aveugle, représente ce fameux Mal Absolu auquel se confrontent souvent les personnages des films de John Carpenter (Halloween ou Prince des Ténèbres pour rester avec d’autres films de siège du maître). C’est dans ce sens que l’on peut considérer Assaut à la lisière du cinéma fantastique. Dans un Cinémascope autorisant tous les surcadrages, Carpenter enferme ses héros dans des espaces intérieurs de plus en restreints tandis que les tueurs affluent en masse d’un bord à l’autre de l’écran. De l’amitié virile de Rio Bravo, on passe à la tension d’épouvante de La Nuit des morts-vivants. Il faut barricader les issues, surveiller à distance les déplacements suspects des ennemis (toujours plus nombreux), compter les munitions et gérer les conflits internes dans l’attente des renforts qui, comme chez Romero, arriveront après l’intrusion massive des criminels pour un dernier combat à la parade quasi-moyenâgeuse.

Dire que tout le cinéma de John Carpenter est dans Assaut ne serait pas loin dans la vérité tant il ressemble à une préquelle imaginaire de New York 1997 (son Mad Max 2 ?). Il reste cependant important de découvrir ou redécouvrir ce film d’action très en avance sur son temps et souvent délaissé dans la carrière du Big John (oublions le remake avec Ethan Hawke de 2005). Car, avant d’être un Master of Horror, John Carpenter est surtout un Master of Action.

 

The Vug

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Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».