Pusher de Nicolas Winding Refn, triptyque matriciel danois

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Le cinéma Max Linder Panorama organisait le weekend dernier une projection nocturne des trois films Pusher de Nicolas Winding Refn, de minuit à 6 heures. Cela a permis à l’équipe de Celluloïdz de venir à cet évènement afin de savoir ce que vaut vraiment le danois dont toute la planète cinéma parle.

Pusher, hommage croisé entre Martin Scorsese et Danny Boyle

Tourné pour peu cher, des plans de rue en steadycam et des plans d’intérieur dans des salons ou des cuisines d’appartement, on suit ce qui devrait être une semaine quotidienne du « Pusher » (« dealer ») Frank avec son pote Tonny. Mais une intervention policière chamboule sa vie entière. Avec une présentation rappelant Mean Streets de Martin Scorsese ou Trainspotting de Danny Boyle, à la différence qu’ici il s’agit d’un écran noir en clair obscur sur les personnages, entre 5 et 7. Le cinéaste danois nous immerge dans une atmosphère faussement drôle et trivial, pour peu à peu nous plonger dans une tension lourde, dense et épuisante. En effet, le premier long-métrage s’essaie à nous retranscrire les effets de la cocaïne (frénésie, intensité, sentiment d’invincibilité…) et de l’héroïne (planer, déformation du réel et du temps…). Heureusement que la trivialité et l’humour osé permettent de relâcher la soupape, notamment le calme avant la tempête où, au ralenti, les deux amis Frank et Tonny, s’amusent à essayer à se planter avec des petits couteaux… Quant aux autres personnages ; une fille amoureuse de Frank dont on ne sait si elle est strip-teaseuse ou prostituée, un dealer culturiste du nom de Mick et un mafieux serbe, Milo (dont on reparlera…) toujours assisté de son brad droit Radovan ; ils complètent cette tragédie urbaine dans le sens de Scorsese, car Danny Boyle laissait une porte de sortie à ses personnages… « Il y a un petit problème » disent souvent les personnages, est-ce la drogue ou eux-mêmes ?

Pusher II, du sang sur les mains : l’apologie d’un loser, la naissance d’un acteur

 

Là où le fil rouge du premier film était Frank, c’est maintenant Tonny, fraîchement sorti de prison, qui est le personnage principal. Il veut renouer des contacts avec son père, malfrat comme lui et spécialisé dans les vols et reventes de voitures, et se découvre papa d’un petit garçon. Tonny est joué par l’acteur Mads Mikkelsen, acteur danois d’une renommée mondiale avec sa « gueule » de méchant. À l’époque du film, il a encore l’allure de jeune premier, par son physique spéciale : crâne rasé où sur l’occiput (l’arrière de la tête) il s’est tatoué respect, ainsi qu’un gros tatouage dans le dos. Tout au long du film le réalisateur va essayer de faire de lui un homme, un adulte qu’il n’est pas encore. En effet, il est maladroit avec les femmes, comme le montre une séquence cocasse où il n’arrive pas à avoir d’érection avec deux péripatéticiennes ; maladroit en tant que truand, accompagné du bras cassé Kurtz le con, tenancier d’un bordel ; enfin son temps de réaction est lent. Néanmoins, Mads Mikkelsen habite d’une telle présence son personnage, qu’on a une certaine sympathie, empathie pour ce loser brimé par tout le monde mais qui veut toujours bien faire. Ajouté au fait que Nicolas Winding Refn a un budget considérable, qu’il investit dans les filtres de couleur (rouge, jaune voire bleu) ainsi que des plans larges avec panoramiques et travellings. Nous sentons toujours la teneur de la tragédie, seul contre tous mais en même temps ne l’a-t-il pas cherché, celui qui finira dans le sang et le salut…

Pusher III, car je suis l’ange de la mort : l’impossible sagesse du parrain déchu

 

Milo, le mafieux serbe apparaissant dès le premier volet, avec une petite apparition dans le second, devient le personnage principal du troisième long-métrage. D’ailleurs le cinéaste s’amuse à faire apparaître à nouveau des personnages des films précédents, notamment Mike le dealer culturiste maintenant fiancé de la fille de Milo, Milena, ou Kurtz le con dont les cheveux ont poussé. Milo veut se guérir de sa dépendance à l’héroïne, il fait partie d’un groupe de réunion et oui, c’est un dealer qui consomme, tout en organisant l’anniversaire de sa fille qui vient d’avoir 25 ans. À la différence du parrain Vito Corleone, chaleureux et bon cuisinier, Milo est maladroit (comme chacun des héros) et fait la pire cuisine du monde (les personnages en rigolent dans le premier volet). De plus, il se retrouve face à la mode d’une nouvelle drogue consommée en masse ; l’ecstasy, qu’il ne sait pas vendre. De là, il fait appel à Muhammad, personnage secondaire déjà apparu dans le second volet, issu de la seconde vague d’immigration scandinave, c’est-à-dire les arabo-musulmans. Les slaves d’ex-Yougoslavie, dont fait partie Milo, constituaient la première vague d’immigration en Norvège, Suède ou Danemark. Et tout au long du film, Milo va comprendre peu à peu qu’il n’est plus à sa place dans ce milieu, ce monde. Malmené par ses concurrents, à en jouer le laquais (serveur), malmené par sa propre fille (elle négocie les prix des transactions de son fiancé), tout en essayant d’être à l’heure des réunions de drogués, Milo doit prendre de la drogue car c’est sa soupape de réalité (à signaler d’ailleurs la boucle d’électro qui résonne dans le film à partir du moment où Milo se retrouve en possession d’héroïne). Et Nicolas Winding Refn réussit à nouveau à créer de l’empathie pour ce personnage dont le fait de gloire est de sauver une polonaise de la prostitution, tout en saisissant le malaise et le déséquilibre du personnage. « Il y a un petit problème », Milo n’arrive pas à combattre et à surmonter les démons, la fatalité est suggérée chez le cinéaste danois mais en sous-jacent est signifié la culpabilité humaine.

Personnellement, je tiens à dire qu’en aucun cas le second volet est le meilleur, car la force de ces films résident dans leur parfaite complémentarité. La violence n’est jamais exagérée et se veut brute telle la réalité quotidienne des malfrats. Certes Mads Mikkelsen est extraordinaire mais l’acteur jouant Milo se révèle excellent dans le dernier film. Faîtes votre propre opinion et communiquez-la nous avec vos commentaires, car n’ayant pas vraiment vu les autres films de l’auteur, je suis néanmoins prêt à croire en son talent…

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…