Studio Ghibli, l’Usine à Contes Modernes

 

 

Logo Ghibli


 

Parallèlement au monopole Disney qui, après avoir délaissé les adaptations en films d’animation de contes populaires, comme ceux d’Andersen, de Perrault et des frères Grimm, au profit des images de synthèse et de la 3D des années Pixar, semble avec La Princesse et La Grenouille ( 2009) et Raiponce (2010) renouer avec le genre qui avait fait ses heures de gloires, le studio Ghibli a développé sa propre vision du conte de fée. Le Château dans le Ciel (1986), Mon ami Totoro (1988), Princesse Mononoké (1997), Le Voyage de Chihiro (2001), Le Château Ambulant (2004), Ponyo sur La Falaise (2008) de Hayao Miyazaki, Pompoko de Isao Takahata (1994), Le Royaume des Chats de Hiroyuki Morita (2002) regroupent tous des éléments propres à l’univers du conte (personnages ou lieux de légendes, morale et réflexion philosophique, magie et créatures fabuleuses) tout en gardant un ancrage dans le réel, ce qui permet de moderniser la forme du conte.

 

Le Royaume des Chats

Il semble que, comme le parodique Shrek, l’imaginaire collectif admet comme phrase d’introduction «  Il était une fois dans un pays fort lointain », c’est-à-dire une imprécision temporelle et géographique qui donne cadre au conte. Que ce soit le Japon médiéval de Princesse Mononoké, l’ère industrielle du Château Ambulant ou le monde contemporain de Ponyo, Totoro, Chihiro, Pompoko et autre Royaume des Chats, tous ces films se déroulent au Japon, lieu bien identifiable et semblable à notre monde. Cependant, ce monde là, bien qu’empreint de réalisme, possède également une part de magie et de merveilleux, où humains et créatures surnaturelles cohabitent : Esprits, dieux, sorciers, objets animés.

Mais tout comme la légende ou le mythe, les histoires fabuleuses mises en scène dans les films ont une origine concrète et réelle. Ainsi, capturer Ponyo déclenche un Tsunami d’après Mme Toki, ce qui rappelle le risque existant de ce type de catastrophes que connaissent les pays du Pacifique. Les contes de fée puisent aussi dans les réalités sociales contemporaines de leur époque, comme ce put l’être pour la disette importante qui touchait les campagnes qui explique l’abandon du Petit Poucet.

 

Pompoko

Il y a également des références à des mythes et légendes comme la cité disparue de Laputa dans le Château Dans le Ciel, sorte d’Atlantide aérienne, le dragon comme Haku dans Chihiro, les Tanukis de Pompoko, personnages mythologiques japonais, les Yokai, esprit vengeur dont Mononoke est un des noms qui les désignent, les Bakeneko, chats doués du pouvoir de transformation, comme le Chat bus de Totoro ou les chats peuplant le Royaume des Chats, autant de figures de la culture japonaise. De la même manière, le conte de fée est peuplé d’images mythologiques gréco romaines ou judéo-chrétiennes : le Petit Poucet et l’Orgre en David et Golliath, ou encore le sommeil de Psyché et son éveil par un baiser de son amour comme la Belle au Bois Dormant.

Les Contes ont souvent pour vocation de véhiculer une morale ou une leçon de conduite à inculquer aux enfants, comme l’indique Perrault dans sa préface des Contes de ma mère l’Oye (1697). En cela aussi, Ghibli est en filiation avec le genre car les films sont tous porteur d’un enseignement, d’une réflexion sur la société et le mode de vie humain : la déforestation, orchestrée par l’industrialisation et le développement urbain, entrainant la destruction de la vie terrestre est imagé par la mort d’un dieu de la forêt dans Princesse Mononoké, C’est ce même fléau de l’Homme qui va pousser les Tanuki de Pompoko à déclarer la guerre à la ville. De même, les ravages de la pollution marine dans Ponyo nourrissent la haine de Fujimoto le sorcier pour les humains. Les créatures magiques sont elles aussi en proie à la réalité de la destruction de la Nature.

 

Le Chateau Ambulant

Mais contrairement au conte merveilleux, les films du studio Ghibli ne présentent pas un univers manichéen : les « méchants » ont souvent une obligation morale, une contrainte éthique qui les pousse à agir contre le héros, mais on découvre très vite chez eux une faiblesse, une humanité. Ainsi, Fujimoto, le père de Ponyo, cherche à garder sa fille captive sous la forme d’un poisson parce que sa transformation en humaine peut provoquer des catastrophes (le tsunami redouté, qui est en réalité une brèche entre les deux mondes, le réel et le divin, celui des vivants et celui des esprits. Yubâba dans Chihiro n’est pas la méchante sorcière cruelle et despotique que l’on croit, elle n’est au fond qu’une simple commerçante qui cherche à satisfaire sa clientèle mystique de dieux et d’esprits sacrés, quant à la sorcière des Landes du Château Ambulant, elle deviendra une vieille femme inoffensive.

La transformation physique d’un homme par la magie d’un dieu ou d’un sorcier est très présente dans les mythes grecs et dans les contes, elle se retrouve dans beaucoup de films Ghibli : Ponyo, comme la Petite Sirène, peut grâce à la magie devenir une humaine, mais au risque que la magie la change en écume si elle ne parvient pas à être aimé d’un humain ; Sophie dans le Château Ambulant, vieillit à cause de la jalousie de la sorcière des Landes, Haru, l’héroïne du Royaume des Chats, ne voulant pas épouser le Roi parce que c’est un chat, se voit progressivement changée en félin. Mais les héros sont toujours aidés dans ces épreuves par un personnage extraordinaire, un deus ex machina qui vient renverser la situation, ou sortir le héros d’une impasse : l’épouvantail animé Navet va trouver le moyen de faire marcher le château ambulant une fois le démon Calcifer qui le dirigeait magiquement a disparu, Totoro appelle le Chat Bus pour retrouver Mei, la petite fille perdue, Ponyo agrandit le petit bateau de Sôsuke pour qu’ils partent à la recherche de la mère du petit garçon, etc. Ces personnages extraordinaires sont comme les Fées, la Marraine de Cendrillon, un personnage qui lui utilise la magie à des fins bénéfiques et protectrices pour le héros.

 

Totoro

Le héros des films Ghibli est en général un simple humain à qui il arrive une aventure ou mésaventure singulière, il rencontre un de ces êtres extraordinaires (Mon Ami Totoro, Le Château dans le Ciel, Ponyo sur la Falaise, Le Château Ambulant, Princesse Mononoké) ou il pénètre dans un monde fabuleux (Royaume des Chats, Le Voyage de Chihiro), bien qu’il soit aussi arrivé que le héros soit lui-même un personnage magique avec Kiki la Petite Sorcière ou Pompoko.
C’est un héros réaliste auquel l’enfant peut facilement s’identifier et au travers duquel il perçoit et vit ces aventures, puisque les héros sont généralement des enfants ou des adolescents. Ce ne sont pas seulement des personnages à qui ils devraient ressembler, c’est aussi des héros qui leur ressemblent.

Ces longs métrages du Studio Ghibli empruntent aux contes le cadre de la magie et du fabuleux, leur vocation éducative tout en modernisant la forme en plaçant l’enfant non plus comme simple spectateur mais en lui permettant de s’identifier à un héros somme toute ordinaire, impliqué dans des aventures extraordinaires.

 

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.