Critique : Les affamés (2017)

 

Les affamés

De Robin Aubert

Avec Marc-André Grondin, Monia Chokri, Charlotte St-Martin, Marie-Ginette Guay,  Micheline Lanctôt

 

Québec – 2017 –  1h43

 

Rating: ★★★★☆

 

George A. Romero (paix à son âme) déclarait volontiers qu’il devrait y avoir « au moins un film de zombies par an » tant c’était selon lui la métaphore idéale pour aborder à peu près tous les problèmes de société, que la figure se prêtait à presque toutes les déclinaisons possibles, un peu comme les classiques. Le moins que l’on puisse dire c’est que depuis quelques années il aura été entendu – et pas toujours pour le meilleur, la fibre subversive inhérente au sujet (entre autre, la critique du consumérisme contemporain) ayant été quelque peu lâchée en route plus d’une fois au profit d’un spectacularisme bien intentionné que nous ne présentons plus.

 

C’est pourquoi l’approche du québecquois Robin Aubert fait plaisir à voir à plein de niveaux et pour plein de raisons (bam, on mâche pas nos mots ici, on est des gros oufs) sous ses allures de post-apo gentiment décalé, sa fin du monde à hauteur d’homme évoquant il est vrai quelques chemins de traverses déjà bien débroussaillés par Jim Jarmusch et/ou les frères Coen mais c’est un compliment. L’intrigue se déroule dans un futur certes indéterminé mais que l’on devine relativement proche, sans trop expliciter son postulat justement sous forte influence Romero-esque, à mi-chemin entre la franchise Of the Dead  et  The Crazies : une partie de la population aura été contaminée par une sorte de rage qui se transmet effectivement par morsure, sans que nous ayons pour autant à faire à des créatures en pleine décomposition.

 

 

De déambulations chaloupées en étrange démarche, il n’y a qu’un pas (pardon) car en effet muées par une furie ayant ostensiblement consommé ses adieux au langage, ces nouvelles créatures disposent d’un motus-operandi bien eux, ériger des assemblages hétéroclites d’objets dont on ne sait pas vraiment si c’est pour les vénérer ou bien les condamner – superbe, superbe séquence sous fumigènes où les pleurs d’une poupée-jouet font figure d’appel à la raison qui ne sera malheureusement pas entendu, d’autant que le réalisateur (et scénariste) avait bien pris soin de distiller à l’avance (vérifiez, il n’y en a pas tant que ça non plus) les quelques éléments de background nécessaires pour que ce soit un personnage en particulier et pas un autre qui viendra sceller le sort de la quasi- totalité de nos protagonistes. Mais surtout ces motivations esquissées dans les grandes lignes de la part de la team-monstruosité finiraient presque par nous amener à reconsidérer tout ce que l’ensemble de la trame avait pris soin d’installer précédemment à coups de petites touches intimistes et sensibles, nimbées qui plus est d’un humour distancié des plus maîtrisé.

 

S’autorisant toutes les digressions – y compris le cheminement d’une chenille sur un tronc d’arbre en temps réel (vous avez bien lu) Robin Aubert prend soin avec un plaisir manifeste de dynamiter une à une les conventions narratives usuelles telles qu’on nous arrête pas de nous les vendre depuis maintenant quelques générations ; les standards de l’héroïsme conventionnel, la minute des dernières paroles célèbres ou encore les descriptions toutes en retenue de l’horreur vécue de près explosent tous les uns après les autres sous nos yeux. Non pas que nos protagonistes manquent à leurs devoirs (protéger le faible) mais l’on finit par se demander si ce ne serait pas bien cette propension à ponctuer les instants dramatiques d’une bonne blague (ou d’un slogan malade) qui devrait disparaître à tout prix, en premier lieu, de l’Ancien Monde, face à la douleur finalement pas si abstraite de certaines peuplades, qui au fond ne peut qu’être qu’ hurlée.

 

Notifié le mois dernier par notre site partenaire Mad Movies – c’est chouette, on les connaît depuis leurs débuts et depuis quelques années maintenant ils ont finis par voler de leurs propres ailes, voilà on est super-fiers – le métrage est en effet disponible sur Netflix et s’avère tout à fait des plus recommandables.

 

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