Critique: Ready Player One

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Rating: 3.5/5 (4 votes cast)

Ready Player One

de Steven Spielberg

avec Tye Sheridan, Olivia Cooke, Ben Mendelsohn

Etats-Unis – 2018 –  2h 20

Rating: ★★★★★ – en vrai 1000 / 1000

Je baigne dans la culture pop depuis mon plus jeune âge. Beaucoup plus que la plupart des personnes avec qui j’ai grandi. En cela, j’ai été très souvent très seul. J’étais le seul à lire des comics au collège et au lycée, le seul à lire le Seigneur des Anneaux avant qu’il sorte, le seul à me faire envoyer des K7 vidéos de films pas encore sortis en France par ma grand mère d’Amérique, et bien plus d’autres choses.

Puis internet est arrivé, et les choses ont changé: je me suis rendu compte que je n’étais pas seul. Que beaucoup d’autres personnes aimaient ce que j’aimais, et de manières différentes. J’ai découvert que je pouvais ne pas être d’accord avec quelqu’un, en débattre pendant des heures, et devenir pote, ou au contraire, aimer la même chose que quelqu’un, mais ne pas aimer la personne ou sa manière d’aimer cette chose. 

Et ça, c’est ce qui fait que je ne comprendrai jamais les gens qui disent qu’ils auraient voulu vivre dans les années 70 ou les années 60 (en général des poseurs de la fac qui se branlent sur Jim Morrison). En étant trentenaire aujourd’hui, je profite des choses du passé, et de tout ce qu’internet a pu m’apporter. La plupart de mes amitiés et relations amoureuses se font sur internet aujourd’hui. Mes plus gros fous rires sont sur internet, mes réflexions les plus poussées aussi, et j’ai eu la chance de faire partie ou d’avoir faire partie de plusieurs forums, ce qui crée une vraie expérience collective. L’autres jour, j’ai parlé à mes dessinateurs de comics favoris sur Twitter, et ils m’ont répondu comme si j’étais un pote! 

Sur internet, y a plein de gens qui ne connaissent pas ma tête, je suis un avatar, une image censée me représenter. J’en ai eu plein d’avatars, des images de BD, des dessins de moi faits par des potes, des hommes, des femmes, des enfants, des aliens, des animaux. Je ressemble à ce que je veux en fait.

Parfois, je suis Rorschach qui parle à Tony Soprano, et d’autres fois, je vais être un portrait d’Elvis Zombie qui parle au Joker (d’ailleurs, mon pote le Joker a écrit un bouquin qui s’inspire des théories de Hawking et de l’univers de Minecraft qui s’appelle « LES MODS PARALLELES », et c’est très bien!). Je trouve ça fou cette manière que peut avoir la culture pop de nous définir.

Je me suis mis aux jeux vidéos récemment, et là aussi, j’ai crée un pseudo et un avatar. La différence avec celui qu’on a sur le forum, c’est que là, on le personnalise, et il peut ressembler à ce qu’on veut. J’ai essayé d’avoir l’air cool, de trouver un pseudo cool aussi, et qui ne soit pas pris. 

Les jeux vidéos d’ailleurs, c’est l’art immersif par excellence. J’ai commencé à jouer à Metal Gear Solid 5, et quand j’en parle aux copains, je parle du personnage de Snake en disant « moi », cette identification est la clé du plaisir de jouer, de mourir, de revenir, d’essayer. On se dépasse soi même dans les limites posées par la catharsis.

Une bien longue introduction pour vous parler de Ready Player One, mais je pense qu’elle est nécessaire. Evidemment, la plupart d’entre vous savent ces choses là, mais mon père me lit, et je veux qu’il comprenne l’univers dans lequel je vis, et que qu’il sache ce que ce film représente pour moi quand je le lui montrerai.

Pourquoi?

Parce que ce film pourrait être la biographie de quasi n’importe quel geek.

Et surtout, parce qu’aucun film n’a aussi bien capturé cette expérience commune, cette émulation propre à notre génération.

Le postulat du film est le suivant: Dans un futur proche où l’écart de classes est plus creusé que jamais suite à des famines et des guerres, les gens de tous horizons se réfugient par le biais de la réalité virtuelle et immersive dans l’OASIS. 

Dans ce monde, ils sont tous des avatars, parfois de personnages connus, et vivent, échangent, achètent, se ruinent dans ce monde aux possibilités infinies pour ne pas à avoir à affronter leur quotidien.

Lorsque le créateur de ce « Jeu Univers » meurt, une vidéo de lui sort disant qu’il a caché un « Easter Egg » dans le jeu, et que quiconque le trouvera aura toute sa fortune et le jeu entier lui appartiendra. Le monde sera donc divisé en deux, les personnes qui choisiront de chasser l’oeuf pour le plaisir, et ceux qui le chasseront pour l’argent.

A partir de ce postulat proche de celui de Charlie et la Chocolaterie, et adapté du bouquin sympa mais pas top de Cline, Spielberg nous sert le divertissement ultime.

En effet, il faut voir que tous les thèmes qu’il a chéri jusque là sont réunis en un film, et il se les approprie avec brio.

Ce qui était puissant avec E.T., c’est que Spielberg rendait l’ami imaginaire réel, acceptait le fantastique dans la réalité, et s’en servait pour renforcer les liens d’une famille dans cette réalité. 

Ce message n’est pas très différent de celui de Ready Player One qui nous présente un monde au final optimiste, mettant la lumière sur les rapports entre humains au lieu de se la jouer Black Mirror.

L’OASIS représente évidemment internet, et offre un lieu où chacun peut communiquer en étant qui il a toujours rêvé d’être.

Evidemment, beaucoup d’entre vous ont retenu de la bande annonce et de la promo que vous allez voir des références aux films et aux jeux de votre enfance, mais détrompez vous, c’est des gens qui jouent ces références. 

Ca me rappelle un peu quand j’ai découvert « La Grande Aventure Lego », où Abraham Lincoln côtoie Gandalf, Batman, et les Tortues Ninja. Ca fonctionne car c’est dans le jeu, car la forme des personnages est là, mais que la caractérisation est dépendante de la personne qui joue avec ces jouets.

Un autre thème exploré ici par Spielberg, c’est évidemment celui qu’il a déjà exploré dans Indiana Jones et la Dernière Croisade. En effet, Wade Watts, le héros du film, a comme pseudonyme Parzival, une variation sur le nom de Perceval, chevalier du Graal, le Graal étant ici représenté par l’Easter Egg. 

Parzival crée ici sa Table Ronde et part en quête, mais la différence avec beaucoup, c’est qu’il aime la quête plus que son aboutissement, ce dernier n’étant pas une validation, mais la représentation de sa curiosité et son envie poussée jusqu’au bout.

La différence entre Parzival et Nolan, dirigeant d’IOI, l’entreprise qui élève des geeks en batterie pour trouver l’oeuf et diriger le monde, est la même différence qu’entre Indiana Jones et Belloq.

Effectivement, l’un cherche l’aventure, là où l’autre veut tricher et renforcer le pouvoir nazi, et est prêt à écraser tout le monde sur son passage. 

Indiana Jones aime résoudre les énigmes que Dieu lui donne. Il ne vit que pour ça.

Un élément présent chez Spielberg aussi, en parlant de nazis, c’est cette haine absolue du conformisme et le rejet de toute forme d’autorité. Plus encore que la thématique père fils présente dans tous ses films, celle que je préfère chez Spielberg, c’est celle de la désobéissance civile des enfants face aux adultes. Les enfants ont toujours raison, les adultes ont toujours tort. Aucune figure d’autorité n’est prise au sérieux dans le cinéma de Spielberg, j’en viens presque à me demander si la raison principale pour laquelle il a fait Tintin n’est pas le fait de pouvoir mettre en scène Dupont et Dupond.

Mais prise au sérieux ou pas, c’est toujours les abus et les dangers de cette autorité qui sont mis en avant, que ce soit dans Le Terminal, Minority Report, Jaws, etc.

Ces thèmes sont plus ou moins présents dans le bouquin, mais ici, ils sont centraux et vont bien plus loin.

Beaucoup craignent avant de voir le film de voir une enfilade de cameos parlant à leur nostalgie. Qu’ils soient rassurés, Spielberg ne parle pas de nostalgie, ce n’est pas le propos du film, à aucun moment il nous dit « c’était mieux avant ». Il a créé des choses dans les années 80 qui rendent les gens nostalgiques, mais il n’a jamais surfé là dessus. Son souci majeur a toujours été de mettre l’humain et l’empathie au centre de ses histoires, et non de créer un culte.

D’ailleurs, je sais que je pourrai montrer le film à mon père et qu’il aimera sans connaître aucune des références. Pourquoi? Parce que comme j’ai pris le temps de l’expliquer, ces références sont des avatars, ce sont des personnes.

Thématiquement, c’est vertigineux, donc, et je n’en ai pas encore fait le tour, mais il faut bien vous laisser quelques surprises.

Là où le film surprend plus encore, c’est dans sa réalisation. 

Je pense que la vraie citation, les vrais hommages, la vraie nostalgie est dans sa manière de filmer.

En effet, quand il arrive dans le monde réel, celui des Piles, on a l’impression que Spielberg rend hommage à Fenêtre sur Cour et son intro où en quelques panos, un voisinage entier est caractérisé. Quand les drones surveillent, on pense aux araignées mécaniques de Minority Report, ou quand c’est un méchant autoritaire qui essaie de transformer les gens en robots teubés, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à THX 1138 de son pote Lucas, dans l’esthétique ou le choix des angles.

L’OASIS étant un univers où tout se côtoie, il semble logique que le film brasse plusieurs genres. Ainsi, Spielberg va passer avec brio de genre en genre, et avec facilité, faire mieux que n’importe qui d’autre, que ce soit dans l’action, ou l’exposition.

Ce qu’on pouvait reprocher à des films comme Speed Racer ou La Grande Aventure Lego, le fait d’aller trop vite dans la réa, de ne pas laisser le temps au spectateur de comprendre ce qu’il se passe, ici, c’est oublié. On parle du type qui a mis en scène l’attaque du T-Rex dans Jurassic Park.

Le film va vite, très vite, mais la lisibilité n’est absolument jamais compromise.

A chaque instant, on voit et ressent exactement ce que Spielberg veut nous faire ressentir. Elle est là sa toute puissance. Aucun réalisateur ne raconte aussi bien avec des images.

Je me souviens à la sortie de Bridge of Spies, Spielberg et Scorsese avaient été invités à une masterclass, et ce dernier disait à Spielberg, en parlant de l’ouverture du film, qu’il était jaloux, qu’il ne pourrait jamais avoir cette puissance de ne raconter qu’avec des images. C’est fou.

Je ne saurais quoi vous dire d’autre sans vous spoiler, et je n’ai pas envie de lâcher quoi que ce soit.

Comme dirait Artcore, un ami rencontré sur internet, ce film est un cadeau. 

Je suis tellement heureux de l’avoir reçu, ce cadeau, d’avoir un film qui m’a aussi bien compris, que ce soit dans ma vie réelle ou virtuelle, qui propose autre chose que du pessimisme facile, et qui surtout, m’en a foutu plein les yeux.

J’espère que vous l’aimerez autant que je l’aime.

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About Skreemer

Comme le dirait son bon pote Brassens, « Autrefois, quand j’etais marmot, J’avais la phobie des gros mots, Et si je pensais «merde» tout bas, je ne le disais pas… Mais Aujourd’hui que mon gagne-pain c’est de parler comme un turlupin, Je ne pense plus «merde» pardi ! mais je le dis. » En plus de tout ça, Skreemer a un goût certain pour la bagarre verbale avec les cons, les livres, les films et les bandes dessinées. Ses biscuits préférés sont les Hello Kitty à la fraise et il a toujours du Coca-Light et des clopes chez lui au cas où une demoiselle passerait. Par contre, il fait de longues phrases sans fin, avec plein de virgules dedans et n’aime pas les tomates. De plus, il est petit en taille et compense en utilisant du verlan.