Chips-Movie : Scarecrows (1988) de William Wesley

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Scarecrows

De William Wesley

Avec Ted Vernon, Michael David Simms, Richard Vidan, Kristina Sanborn, Victoria Christian, B.J Turner, David James Campbell

Etats-Unis – 1988 – 1h23mn

Rating: ☆☆☆☆☆

Un petit commando paramilitaire commet un casse sans faire dans la dentelle avant de s’enfuir en avion le premier tarmac venu, prenant en otage un pilote et sa fille. Alors qu’ils s’envolaient tous vers un futur meilleur à Mexico, l’un d’entre eux double tout le monde et saute en parachute avec l’argent pour échouer dans un champ de maïs. Dans sa hâte il renverse un épouvantail, et tous les autres disposés à la ronde décident de s’unir afin de venger leur frère tombé (pardon) non, le champ de maïs va devenir le terrain d’une chasse à l’homme sans-pitié entre le traître et ses anciens camarades, mais il se trouve qu’effectivement les épouvantails du coin possèdent leur propre agenda.

Très beau dispositif de mise en place où les premiers éléments de l’intrigue alternent entre séquences en vue subjective dans l’avion et intertitres du générique, le tout avec la voix-off d’une radio locale qui relate pour nous les faits, on prend ainsi l’histoire en route de façon très immersive. Le dispositif est habilement repris ensuite avec la fréquence interne du groupe qui se substitue à celle de la radio, qui rajoute de nouveau un chouette petit tempo différé à toute l’action : entre ceux qui sautent à la poursuite du fuyard, ceux qui restent dans l’avion et du coup le fugitif lui-même, qui entend aussi bien l’ensemble de leurs faits et gestes (pour pouvoir essayer de garder son train d’avance) que les promesses du sale quart d’heure qu’ils promettent tous de lui faire subir.

Plaisir ineffable de la chips en second lieu, dans le rapport plus général au surnaturel, la façon dont il est amené (et la façon dont les héros réagissent, générant entre autre la punch-line cultissime : « I think this place is possessed by demonic demons ») ainsi que les abîmes de sous-texte qu’il suscite parfois. D’abord un personnage qui réalise qu’il a roulé avec un camion sans moteur, ensuite le motus-operandi très très bizarre des épouvantails qui se dévoile graduellement, entremêlant plusieurs thématiques : tuant et mutilant leurs victimes (ça ok) mais pour les ramener à la vie à leur image, c’est-à-dire des êtres creux, complètement vidés de leurs organes internes et où il s’avère parfois que le butin éparpillé après lequel nos héros courent tous finisse par faire office de rembourrage – d’où la reprise malicieuse de la célèbre phrase de Shakespeare « We are stuff that dreams are made on » dans le trailer. Le postulat des forces maléfiques en présence n’est jamais complètement explicité, enfin juste ce qu’il faut, un autel un peu bizarre sur lequel on s’écroule, pas plus mais ça fonctionne amplement (et les quelques autres éléments disséminés dans le décor délivrent quasiment une préquelle clés en main) bref on a l’impression d’être dans un épisode des Contes de la Crypte étiré sur 1h 20 et c’est ça qui est beau.

Toutefois c’est au détour d’une scène presque anodine que l’on perçoit que le film passe (de très peu mais) à côté (quand-même) de quelque chose de très grand ; bien sûr c’est dommage mais cela peut également contribuer à renforcer le charme de toute cette petite histoire bien sympathique, et ce par le biais d’une performance assez réussie de la part de Michael David Simms, quand son personnage essaie de rationaliser ce qui se passe et qu’il ne sait plus très bien où il est, en route pour se faire une retraite dorée ou bien de retour sur un champ de bataille. Entre les mains d’un Romero ou d’un De Palma on aurait peut-être pris le temps de rajouter un set de personnages (genre une famille avoisinante, sans liens forcément avec la maison déserte et maudite) qui aurait pu donner lieu à une chouette petite parabole sur le comportement des forces militaires américaines à l’étranger (ce qui aurait été drôle)(vu que là ils sont dans leur propre pays)(bon bref j’me comprends) et délivrer par-là quelques beaux moments supplémentaires de huis clos psychotique. La course-poursuite entre Bert et ses acolytes aurait également gagnée à être un brin développée car avec l’ouverture haletante du générique on était en droit d’espérer quelque chose lorgnant du côté du Rabid Dogs de Mario Bava, alors qu’on se retrouve avec sur les bras un dénouement plus proche d’un film de la Cannon (les moins bons j’entends)(le White of the Eye de Donald Cammell, ça par exemple c’est juste sublime)(encore une digression) mais comme on est pas réal à la place du réal on peut tout de même déjà saluer l’approche de William Wesley (scénariste, réalisateur et monteur ici) et de son co-scénariste Richard Jefferies pour avoir su délocaliser avec subtilité le cadre habituel de l’horreur, à la mesure du message qu’ils souhaitaient faire passer. Quelques fois le talent, ce n’est que cela …

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Le samedi soir il mange des chips. Pas de catch, pas de foot; si tu veux tu peux venir!