Récap’ des séries TV 2017: Fargo (s03), Glow (s01), American Vandal (s01), The Handmaid’s Tale (s01)

 
 
 

Fargo (saison 3)

… on vous a peut-être déjà servi ce genre d’argument « oui ça part un peu dans tous les sens et ça peut paraître décevant par rapport aux saisons précédentes mais c’est quand-même à des coudées au-dessus de tout ce qui se fait en ce moment, etc, etc…» et si ça vous énerve c’est bien dommage parce que c’est tout à fait vrai. Noah Hawley se permet à peu près tout et il en a rien à caler: s’il a envie de remettre des accompagnements musicaux bien tempérés pour renforcer le côté fable (qui visiblement lui tient beaucoup à cœur depuis la 1ere saison) il le fait, s’il a envie de rendre hommage au David Lynch de Fire Walk With Me avec un emploi de surimpressions presque expérimentales dont l’ajout n’était pas gagné d’avance, il ne se gêne pas non plus (et ça fonctionne), et si en plus il a envie de digresser et bien ça prendra tout un épisode et pis c’est tout. Les références à la filmographie des frères Coen sont toujours aussi subtiles (un aparté Barton Fink, un renvoi à Serious Man par l’intermédiaire du personnage mystérieux de Ray Wise) où l’on comprend que le scénariste-réalisateur s’en donne autant à cœur joie dans l’exploration des figures de style du polar qu’ avec le sens de l’absurde inhérent au matériau-source – il nous sort même la carte de l’interconnection, avec le retour surprise d’un personnage de la 1ere saison pour un autre grand moment de bravoure au cours d’une séquence traque dans la forêt.

 

Le casting est vraiment prémium, avec une petite perf de la part d’Ewan McGregor dans un « double » double-rôle, on s’amusera également de quelques très chouettes apparitions impromptues (Scott McNairy de Halt and Catch Fire, et Simon Cruller, le Citizen Z de Z Nation) et l’on admirera le cœur battant et les mains un peu moites les trésors d’écriture dédiés aux rôles féminins – Carrie Coon et Marie Elisabeth Winstead. Enfin la hype n’aura pas manqué de vous le faire savoir, David Thewlis (LE David Thewlis du Naked de Mike Leigh, une performance qui à elle-seule devrait lui donner le droit de débouler en tricycle avec le slip sur la tête à chaque cérémonie des Oscars juste pour slapper tous les jeunes premiers) se retrouve avec sur les épaules le rôle de l’ Antéchrist et bien sûr il est magnifique jusque dans les dernières secondes du final qui conclût (peut-être même bien définitivement, Hawley semblerait accaparé par tout un tas de futurs projets) magistralement cette sublime série anthologique, et où l’on comprend (pour en finir avec toutes les polémiques) que « il n’était question que de cela depuis le début » …

 

 

 

Glow (saison 1)

Excellent concept qui s’appuie brillamment sur les derniers vestiges de la nostalgie  des années 80 là où ça compte (catch féminin, costumes fluos) et distille d’excellents portraits de ces éternels oubliés par la gloire hollywoodienne. Allison Brie casse absolument la baraque, ainsi que Marc Maron dans une étrange imitation du personnage de Stan Lee – qui rendrait l’original presque sympathique – ne manquant pas de renforcer un petit côté méta (catch = ancêtre des super-héros) déjà bien appuyé avec les thématiques des affres de la création et le côté coulisses du show-biz. Force est d’avouer que la série tient ses promesses sur presque tous les points, malheureusement les autres rôles secondaires sont eux, travaillés juste ce qu’il faut pour faire avancer l’intrigue et ne dépassent que très rarement le statut de stéréotypes même si l’ensemble fonctionne tout de même assez bien car on se laisse prendre assez facilement par l’ambiance « femmes entre elles », et surprendre de bon cœur par les multiples rebondissements fulgurants.

 

 

American Vandal (saison 1)

Assurément le mockumentaire de l’année (pour patienter en attendant une nouvelle saison de Documentary Now !) qui s’attaque avec une maestria impeccable aux habituelles séries d’investigations où « un simple fait divers se révèle le prélude à une immersion sans compromis au cœur des dérives sous-jacentes du corps sociétal ».

 

N’en doutez pas, c’est absolument le cas ici.

 

 

 

The Handmaid’s Tale (saison 1)

… l’adaptation du roman de Margaret Atwood, La servante écarlate, ne pouvait pas mieux tomber en cette période de pussy-grabbing décomplexé qui sévit actuellement (à la grande stupeur de tous) au sommet de certains postes décisionnels des Etats-Unis, et la writing-team est dores et déjà célébrée pour les menus ajouts apportés vis-à-vis de l’œuvre originale, qui devrait nous offrir un panorama plus étendu de cette dystopique chronique où les femmes n’ont plus d’autre statut que celui de machine à procréer.

 

Tout fonctionne à merveille et impeccablement : quelques flashbacks judicieux consacrés au changement de régime, permettent de creuser un peu plus le vécu de nos personnages (les gentils comme les méchants), tandis qu’au « présent » un combo photographie/costumes décline habilement les couleurs de la bannière nationale. Le vrai tour de force de cette 1ere saison (du moins me semble-t-il) se situe grandement au niveau de la réalisation qui arrive à coller avec une proximité absolument confondante à l’humeur de son personnage principal, et d’adopter par là un déroulement proprement « cyclothimique » – j’entends par là au diapason des « ups » vraiment ups du personnage, et de ses « downs » vraiment downs ; autrement dit à chaque étape de sa prise de conscience de son nouvel environnement, des quelques interstices de liberté qu’elle découvre et qui la portent vers des états d’ euphorie dangereusement irresponsables, à la tristesse suicidaire qui survient à l’issue de chaque nouvelle désillusion. Là où c’est dommage c’est que certaines figures de ce régime totalitaire finissent par perdre comme par enchantement leur potentiel de dangerosité pour mieux permettre à l’intrigue d’avancer, et de délivrer ainsi quelques « grands moments » de désobéissance civique en réalité plutôt embarrassants.

 

Après, loin de moi l’idée de court-circuiter le bien-fondé d’une telle production mais c’est malheureusement là où je dois également confesser ma part de naïveté : j’avais jusque-là été ébloui par la maîtrise d’Elisabeth Moss dans Mad Men, jusqu’à ce que son plagiat de Julianne Moore dans Vanya on 42street au cours de la 1ere saison de Top of the Lake (la scène de la cheminée) ne vienne quelque peu ternir ce sentiment, et comme je viens d’apprendre tout récemment qu’elle était scientologue, je suis pas vraiment sûr de pouvoir rester calme ou objectif sur tout ça très longtemps. Plus concrètement, lorsque son personnage (au plus fort de son début de reprise en main de sa destinée) passait devant un mur où sont pendues ses consoeurs et envoyait à ses copines résistantes un mutin « haut les cœurs bitches » on a déjà envie de dire remballe , mais pour de plus amples et plus définitives explications, je me permettrais juste de recommander l’excellent documentaire HBO consacré à l’Eglise Scientologique, Going Clear.

 

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