Récap’ des séries TV 2017: Blood Drive / Comrade Detective / Ozark / The Defenders

 
 
 

Blood Drive

 

 

Dans un 1999 aux atours bien apocalyptiques, deux policiers se retrouvent sur la piste d’un réseau de course de voitures clandestin, où les véhicules carburent au sang humain.

Passées quelques ficelles apparentes pour se jeter vite fait dans le bain façon Fast and Furious, on se retrouve avec bonheur là où une série comme Z Nation nous avait laissée un peu orphelins sur le long-terme, car chaque étapes de cette course où tous les coups sont à peu près permis se font prétextes à de joyeuses digressions bien décomplexées sur le côté « mauvais aspects de la fin du monde » – un resto-route tenu par des cannibaux, un groupe de yuppies vivant en autarcie qui ne parlent que la novlangue du Cac40, une bourgade-idéale qui tout de suite l’est un peu moins dès qu’on débranche l’air conditionné… Le matériau-source grindhouse est célébré à chaque instant, la filiation avec les œuvres d’Herschell Gordon Lewis revendiquée dans la joie, sans compter les somptueux coups de chapeaux à Carpenter, Verhoeven, Romero et Cronenberg (somptueux je vous dis !) avec tout ça une chouette photo et quelques réflexions méta bien senties, grâce au truculent showrunner incarné par Colin Cunningham – Twin Peaks, lorsqu’il essaie d’expliquer sa démarche à ses producteurs (« – it’s a mood piece, you see ? ») ou encore The Prisoner, en rendant hommage à la célèbre prestation d’Alexis Kanner – je sais j’égrène un petit peu mais ça vaut vraiment la peine d’aller jusqu’au bout, rien que pour toutes ces belles petites citations. L’ensemble se binge d’ailleurs très bien (« pour déconnecter») et bien sûr en aucun cas cela n’a été renouvelé pour une seconde saison.

 


 

 

Comrade Detective (saison 1)

 

 

l’autre grand sleeper-hit de cette année 2017 (ex-aequo avec American Vandal), l’objet se présente comme une série culte roumaine, fraîchement exhumée pour le grand public, et joue habilement avec la notion de semi-propagande implicite inhérentes à toutes les productions des années 80 (y compris américaines) mais cette fois-ci du point de vue du bloc de l’est, ce qui jusqu’alors n’avait jamais été montré… Produit par Channing Tatum et Joseph Gordon-Levitt qui assurent la partie doublage – avec décalages de synchro apparents – la série délivre une très belle réalisation sous couvert d’une photographie un peu fade à la Derrick (encore une fausse-piste) et pousse la démarche arty avec un léger côté « pensé pour les critiques » (« VOUS VOULEZ VOIR CE QUE C’ EST UN FLASH-FORWARD !!!??? ») en nous offrant un épisode intégralement en mauvais état (piste son de l’épisode 2 avec les images du 5) qui nous laisse espérer de chouettes régalades du même tonneau pour les futures saisons et moi je dis pourquoi pas.

 


 
 

Ozark (saison 1)

 

 

Contraint d’éponger la dette de son ancien associé, un expert-comptable se retrouve à blanchir l’argent d’un caïd mexicain. Installé en catastrophe dans la région des monts Ozark avec toute sa famille, son ascension locale finit par attirer l’attention d’autres familles criminelles déjà bien installées. En situant son intrigue dans l’un des coins les plus paumés des Etats-Unis, les incessantes péripéties nous portent finalement vers une très belle réflexion sur la notion de famille recomposée, portée par l’impeccable interprétation de Jason Bateman en négociateur réactif et tout un panel de seconds rôles magnifiquement campés. Une excellente surprise.

 

 
 

The Defenders (saison 1)

 

 

avec toutes les meilleures intentions du monde, il devient de plus en plus difficile de plaider la cause des adaptations tv de l’univers Marvel. Si Iron Fist n’était finalement pas le ratage tant décrié, The Defenders qui annonçait la réunion tant attendue de l’ensemble des personnages toutes séries confondues fait un peu figure de rendez-vous raté. L’inter-connection, c’est d’ailleurs ce qui sauve un peu la mise du tout : quoi que fasse la creative-team, ils ont des tomes entiers sur lesquels se raccrocher et ainsi préparer l’installation de futures intrigues, se rapprochant toujours un peu plus des incarnations que les fans connaissent – donc ceci, ça reste potentiellement en bonne voie. Le traitement des interstices (qui devraient figurer les péripéties et les dramas amenés à émouvoir nos sens) se prend lui, à peu près systématiquement les pieds dans le tapis.

On notera l’effort de ne pas avoir cédé à la pulsion de «remplissage- cache-misère » qui venait miner toutes les bonnes intentions de caractérisation (en les démentant et en les faisant tomber dans la caricature) des shows précédents, en resserrant cette fois l’intrigue à seulement huit épisodes mais cela ne suffit cependant pas à sauver tous les meubles. Ce qui est rageant, c’est que l’on peut percevoir ici et là les bonnes intentions (chaque personnage se balade avec un éclairage particulier) et les tentatives d’améliorations (les personnages finissent par se regrouper assez organiquement et chaque partie de l’enquête permet de mettre à jour des facettes nouvelles de leurs talents – Jessica Jones nous fait le coup classique de l’enquêtrice passe-partout à la Remington Steele, mais au moins avec un certain talent) mais elles finissent toujours par se retrouver sabotées par de fausses-bonnes idées plus ou moins légitimées par l’avancée de l’intrigue (le briefing au restaurant, ça permettra de casser des vitres par la suite) (qui plus est, situé en plein milieu d’une cavale : « no-non on va casser la croûte deux minutes »)(…). Le personnage de Sigourney Weaver emportera son mystère dans la tombe et Elodie Yung se retrouve coincée avec une partition sans réelle nuance pour le personnage d’Elektra, qui on le sait, est tout sauf ça.

Car « dans la bagarre » c’est également l’antagoniste principal qui n’en ressort pas grandi, j’ai nommé « The Hand » (une autre création de Frank Miller, tout comme Stick et Elektra) qui dans le comics original est absolument terrifiante, avec des ninjas qui pourraient venir vous tuer pendant votre sommeil en sortant littéralement des murs. Un aspect définitivement occulte que la série n’exploite jamais – ainsi de l’école de ninjas en plein jour (le comble pour une société de l’ombre, donc) dans Iron Fist jusqu’au combat final ici à la frontière du nanar, il est finalement assez légitime de penser que Marvel et Netflix en demandent peut-être beaucoup à leur fan-base. Ce qui sauvera peut-être aussi bien les fans que les producteurs réside dans le fait que nous venons de quitter les derniers instants de la phase d’installation et il est peut-être permis d’espérer que la writing-room se décide enfin à exploiter réellement le potentiel des différents univers qu’ils ont à disposition.

 


 
 

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