Critique: Pris au piège [Etrange Festival 2017]

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El Bar

D’Alex de la Iglesia

Avec Blanca Suarez, Mario Casas, Jaime Ordonez, Secun de la Rosa, Carmen Machi, Alejandro Awada, Joaquin Climent et Terela Pavez.

Espagne – 2017 – 1h42

Rating: ★★★★★

Un matin à Madrid. Des personnes qui à priori n’ont rien en commun se retrouvent pourtant dans le même troquet pour boire le petit café (ou au choix le premier canon), recharger un téléphone, jouer à la machine à sou ou bien encore quémander un peu de monnaie. A peine a-t-il mis un pied dehors que l’un de ces clients se fait froidement abattre. Une seule chose est alors vraiment claire : un sniper semble bien décider à ce que personne parmi ce petit panel madrilène ne puisse quitter le bar…

Avec El Bar (on restera ici sur le titre original quand même plus sympa), le génial Alex de la Iglesia retrouve son comparse scénariste Jorge Guerricaechevarría pour une histoire de siège au postulat assez classique et qui aurait vite pu virer au huis-clos un peu relou si elle n’était tombée entre les mains expertes de ces deux fêlés. Par un plan séquence à ranger au côté de celui de Baby Driver parmi les plus cools de l’année, de la Iglesia nous présente ses différents protagonistes avant de les enfermer dans son petit bar de quartier qui se transforme vite en piège mortel. En faisant vriller ainsi le quotidien, El Bar ne manque pas d’évoquer les attentats qui frappent l’Europe, Paris étant même cité au détour d’un dialogue. Mais la menace reste ici invisible, la télévision n’en parle même pas tandis qu’une panne de réseau semble bloquer tous les téléphones. Forcément, la paranoïa s’installe vite dans le bistrot coupé du monde. Si tout ça n’était pas l’oeuvre de Daech ? De la Iglesia et Guerricaechevarría (désolé si j’ai oublié des lettres…) s’amusent tellement à brouiller les pistes que, de l’attentat à l’accident bactériologique en passant par le tireur fou isolé, l’invasion de zombies ou bien encore un piège onirique à la Rod Sterling, plus rien ne paraît impossible. Et même si la solution était peut-être dévoilée dès son (très beau) générique, il n’empêche qu’El Bar est un film qui se barre vraiment en couilles !

En effet, au-delà de ce McGuffin, on ne peut qu’être impressionné par la façon qu’Alex de la Iglesia a d’aller au bout de ces situations, suscitant aussi bien le rire qu’un certain effroi, voire les deux en même temps. Si la question de l’identité du tireur tient un temps en haleine (avant de céder à d’autres interrogations), il faut bien avouer que le plus grand tordu de toute cette affaire, c’est certainement le cinéaste espagnol lui-même tant il semble prendre un malin plaisir à torturer ses personnages. La bimbo hautaine, le hipster dont la barbe le confond avec un éventuel terroriste musulman, l’ancien flic porté sur la bouteille, la joueuse solitaire, la patronne (une des dernières compositions de l’excellente Terela Tavez qui nous a quitté cet été) et le clodo illuminé, c’est bien eux qui font l’objet de toute l’attention du réalisateur qui met en scène avec autant de folie que de rigueur leurs relations tumultueuses. La dégradation des rapports humains au sein de ce petit groupe socialement dépareillé passe directement par la géographie du lieu, de la Iglesia repoussant ses survivants au plus profond des entrailles de son bar. Chaque palier (dont certains sont passés dans la douleur…) les confronte encore davantage à leur animalité jusqu’à un final carrément grand-guignolesque où on se demande plus que jamais : Mais comment est-ce qu’on a pu en arriver à ce bordel ?!

Petit bijou de rythme et d’inventivité doublé d’une virulente satire sociale, El Bar rejoint malheureusement la trop longue liste de ces films d’Alex de la Iglesia qui n’auront pas droit à une sortie en salle en France. Et c’est quand même triste vu que sa mise en scène se prête autrement plus au grand écran que la plupart de nos comédies hexagonales. Les cinéphiles (mais pas que !) pourront malgré tout se jeter sur le Blu-Ray/DVD d’ores et déjà disponible et pourquoi pas, quitte à profiter des avantages du support, se le mater sur la téloche du bistrot le plus proche !

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C’est un endroit extraordinaire dont le nom s’affiche fièrement à front de colline (le « O » est à Alice Cooper et le « Y » à Hugh Hefner !) : cité des anges où tout le monde a un sexe, Mecque où les juifs sont bienvenus, usine à rêve désormais spécialisée dans le recyclage … Les étoiles tapissent ses trottoirs à défaut de pouvoir percer les nuages de pollution. Sous son soleil paradisiaque, la neige y tombe pourtant toute l’année, importée directement de Colombie. Là-bas, les nourrissons tètent du lait au silicone et les mexicains rêvent d’avoir des guatémaltèques pour récurer leurs toilettes. Ce pays sera ici représenté par un émissaire qui n’y a jamais foutu un pied et qui signe « Clém’ » à la pointe du stylet de sa palette graphique.