Critique: I am not a witch [Etrange Festival 2017]

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I am not a witch

De Rungano Nyoni

Avec Margaret Mulubwa, Henry B.J. Phiri, Nancy Mulilo

Zambie/GB/France/Allemagne – 2017 – 1h30

Rating: ★★★★★

En Zambie, la jeune Shula est accusée de sorcellerie par une femme qui se retrouve aussitôt soutenue par l’ensemble de son village. La gamine de neuf ans ne se défendant pas, elle est prise en charge par Monsieur Banta, un homme de pouvoir qui la conduit dans un camp de sorcières. Un ruban blanc est attaché pour l’empêcher de s’envoler et, si elle s’enfuit, elle sera transformée en chèvre… Bientôt, Banta invite la jeune sorcière à utiliser ses pouvoirs lors du procès.

I am not a witch est un film singulier à plus d’un titre. Il faut bien dire que, même en cherchant bien, on a pas souvenir d’avoir déjà vu un film zambien et que, si celui-ci devait être le premier né d’une industrie encore à ses balbutiements, alors quelle heureuse anomalie qu’il soit réalisé par une femme. Née à Lusaka, Rungano Nyoni quitte son pays à l’âge de neuf ans pour vivre en Angleterre où elle fait des études de cinéma. La jeune réalisatrice retourne très régulièrement en Zambie, notamment pour tourner le courts métrages Mwansa le Grand. Avec Listen, elle est remarquée dans les plus grands festivals (festivaux ?!) du monde. Aussi, cela lui permet de réunir des fonds européens pour tourner ce premier long. I am not a witch est donc loin de l’amateurisme bisseux que l’on peut retrouver dans les productions d’Afrique subsaharienne, son casting de non-professionnels se montrant juste remarquable et sa mise en scène, statique mais aux cadres toujours parfaitement composés, étant particulièrement léchée.

Par ces tableaux, Rungano Nyoni parvient à conserver un certain réalisme sans jamais perdre de vue que c’est bien une fable absurde qui se joue à l’écran. En effet, la cinéaste a volontairement grossi la réalité des camps de sorcières pour mieux dénoncer les ambiguïtés de son pays, entre tradition et modernité, les sacrifices de poulets côtoyant les perruques de Beyoncé. Représentant d’un Etat adepte aussi bien des croyances ancestrales que de la corruption généralisée, le grotesque Monsieur Banta n’hésite pas à invoquer les soi-disant pouvoirs de Shula dans le cadre légal, quand il ne l’expose pas carrément dans un talk-show. Si ce personnage montre bien l’humour féroce à l’oeuvre chez Rungano Nyoni, c’est bien la petite sorcière qui est le coeur du film.

Incarnée par l’impressionnante Maggy Mulubawa, Shula, la gamine mutique au regard profond, entre colère et tristesse, se retrouve complètement perdue au sein de cette situation qui la dépasse. Craignant d’être changée en chèvre, la fillette se soumet aux règles qui régissent sa captivité alors même que les vieilles « sorcières » désabusées qui partagent son calvaire lui apportent bien souvent les preuves de l’absurdité de tout ça. Aussi, la femme de Banta lui montre un échappatoire à sa maudite condition mais bon, en terme d’émancipation, dire qu’il y a mieux relève de l’euphémisme… Vous l’aurez compris, comme souvent lorsque l’on traite de sorcellerie, c’est bien de féminisme qu’il est question ici et on aurait tort de penser que le propos ne s’étend pas bien au-delà des frontières de la Zambie.

Tragi-comédie inspirée, satyre sociale mais aussi exploration des pratiques occultes, I am not a witch sait ainsi se montrer plus poétique et flirter avec le fantastique, notamment dans son final poignant, jusqu’à un ultime plan à tomber par terre. Le genre de film qui trotte longtemps dans la tête et dont on espère qu’il trouvera son public, en Afrique et partout où il pourra être vu.

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