Récap’ estival des séries télé: Twin Peaks The return (épisodes 3 à 7)

 

 

On l’avait compris à la vue des premiers épisodes, la suite de cette saison le confirme : ce « Twin Peaks le retour » n’est clairement pas un « retour à Twin Peaks » et c’est là même une des rares choses vraiment claires concernant cet énigmatique comeback. Si on espérait bien que Lynch nous surprendrait, force est de constater que le cinéaste à la mèche argentée et au sourire doré n’y est pas allé avec le dos de la cuillère,consommant une rupture déjà amorcée par le film Fire walk with me. Criptyque, radical, grotesque, provocateur, violent, Twin Peaks the return a désarçonné bien des spectateurs, y compris parmi les fans de la première heure, et on peut le comprendre, Lynch ayant mis de sacrés oursins dans nos pantoufles !

Dale Cooper.

Outre le nombre relativement faible de scènes se déroulant à Twin Peaks, l’autre symbole de ce retour compliqué, c’est bien évidemment son héros, Dale Cooper. Après ces 25 ans passés dans la Loge noire, le fringuant agent a quelque peu perdu de sa superbe. Réveillé par un baiser de Laura Palmer, il continue de se montrer tout aussi stoïque, tandis que son « évasion » le conduit encore plus profondément dans ce versant cauchemardesque du pays des merveilles.

Cooper se retrouve alors dans ce qui pourrait s’apparenter à une version rétro de la Loge noire (nous verrons plus tard que le passé y a effectivement une lourde importance…), teintée de sépia et baignée dans un effet glow qui peut rappeler certaines images de Guy Maddin. Suivant une femme aveugle (à moins que ses « yeux » ne lui permettent de voir…), voilà notre Dale suspendu dans le vide spatial, aux côtés d’une sorte de grosse cloche. Sur celle-ci, ce qui semble bien être une prise électrique. A quoi sert cette curieuse machine ? Serait-ce là encore une version rétro du cube de verre ? Difficile à dire mais l’électricité, dont l’omniprésence est pointée au fil des épisodes, a bien l’air d’être liée à la Loge noire. Aussi, on ne sera pas surpris qu’après une chute dans l’hyperespace, et un passage antichronologique dans le cube, c’est par le biais d’une prise (et d’un singulier effet spécial signé avec audace par BUF) que Dale Cooper revient, telle une crêpe, dans notre monde. Mais ce retour est encore loin d’être accompli…

Dougie Jones.

Toujours aussi mutique mais autrement plus gras et affublé d’un costume vert pomme pour un look défiant les lois du bon goût, Kyle MacLachlan n’est pas l’agent Cooper. Nous n’aurons pas la chance de voir ce personnage davantage à l’oeuvre puisque Dougie Jones (c’est son nom) est victime d’une sorte d’attaque et se voit remplacer par Dale et son arrivée « électrique ». Bon, on chauffe le café et on remet des piles dans le magnéto ? Ca aurait été trop simple !

Loin de sceller le retour titre, cette rencontre entre ces deux MacLachlan a pour effet de faire surgir l’une des créations les plus dingues de ces nouveaux épisodes de Twin Peaks : un personnage qui reprend tant qu’il le peut l’identité sociale de Dougie Jones mais dont le comportement autistique semblemalgré tout révéler la présence de l’agent Cooper. Le spectateur recherche alors ce qui subsiste de son héros à travers la moindre interaction du personnage, lorsqu’il se découvre un amour inconditionnel pour le café ou encore qu’il fixe une paire de chaussures rouges (caractéristiques d’Audrey dans la série originale). Mais ce petit jeu des retrouvailles au compte-gouttes ne manquera pas de frustrer encore davantage les fans, suscitant chez certains le rejet le plus franc, chez d’autres un vive bouleversement, notamment lors du très beau final de l’épisode 5 où Dougie caresse le pied de la statue au son du Windswept de Johnny Jewel*.

Si une telle scène nous fait ressentir pleinement le déchirement de retrouver Dale Cooper ainsi « légumifié » (c’était quand même beaucoup moins grave lorsqu’un tel état frappait une brute comme Leo Jonhson…), elle montre plus largement la puissance empathique de ce « nouveau » personnage. Ainsi, on s’amusera bien vite d’une visite fructueuse au Casino et son « Hellooo » instantanément culte. Grâce à une curieuse flamme (sorte d’ouverture vers la Loge), notre Dougie Jones fait sauter la banque ! Il est comme ça le Dougie : avec ses airs de pas y toucher, il parvient toujours à se tirer de situations parfois périlleuses, souvent carrément mortelles ! Aussi, après avoir suscité une logique incrédulité chez ses proches, il s’affirme… ou plutôt il est rapidement considéré comme le collègue, le père et l’époux idéal au sein de cette nouvelle vie qui apparaît aussi artificielle qu’un rayon Ikea. Dans le rôle de Mrs Jones, on retrouve Naomi Watts qui, loin de son personnage torturé deMulholland Drive, campe une « desperate housewife » des plus badass (rappelons que la série de Marc Cherry n’hésitait pas à jouer de sa filliation directe avec Twin Peaks) tandis que son fils est joué par Pierce Gagnon, le gamin de Looper et Tomorrowland(entre autres). Enfin, tout ça pour placer quand même que le casting de Twin Peaks the return, comme annoncé, est vraiment dément.

Enfin, l’aura et le style de Lynch prenant largement le pas sur le récit de Mark Forst (même si les choses ne sont pas toujours aussi évidentes…), Dougie Jones serait-il une allégorie du duel créatif qui semble plus que jamais se jouer ici entre les deux papas de Twin Peaks ? Quoiqu’il en soit, au delà de l’exégèse, Dougie est aussi, à l’image des grandes figures du cinéma muet, un personnage qui se savoure sans avoir besoin d’être intellectualisé, ne serait-ce que pour sa démarche burlesque et sa désarmante innocence. Ah… Brave Dougie Jones !

Bob.

De mèche avec l’agent Jeffries ainsi qu’une tripotée de recknecks visiblement mal intentionnés, Bob voit sa cavale meurtrière stoppée par le « retour » de Dale Cooper. Annoncée par la résistance de son allume cigare (électricité ?…), une attaque similaire à celle ayant frappé Dougie Jones conduit l’âme damnée de la Loge noire à se foutre dans le décor. Il se retrouve appréhendé par le FBI et confronté au duo de choc Cole/Rosenfield (à savoir Lynch sourdingue et le regretté Miguel Ferrer) auquel s’adjoint une nouvelle venue de charme en la personne de Tamara Preston (incarnée par la chanteuse/mannequin/actrice mais avant tout égérie lynchienne Chrsyta Bell) ainsi qu’un ancien personnage qui pourtant ne se révèle que maintenant à nos yeux : la légendaire Diane Evans, interlocutrice de Dale Cooper via son magnétophone. Incarnée par l’actrice fétiche de Lynch, Laura Dern (qui ne manque pas d’insulter copieusement son mentor dans des échanges savoureux), elle se joint à l’affaire pour vérifier si, oui ou non, le mystérieux prisonnier est bien l’agent disparu. Diane se montre des plus réticentes à retrouver son collègue et, à travers des non-dits glaçants, on imagine sans mal que leurs dernières retrouvailles (directement après la saison 2) n’ont pas été des plus heureuses. A moins que, arborant les couleurs de la Loge noire, elle se joue de nous et agissent pour d’autres sombres partis… En tous les cas, elle confirme que l’homme enfermé dans la prison du sud du Dakota n’est pas Dale Cooper.

Le doppleganger ne semble de toute façon pas vraiment décidé à croupir dans sa cellule et met à profit des relations (paranormales ou non) pour corrompre le directeur de la prison et monter son évasion. Via un magnifique plan fixe tout en profondeur de champ sur un corridor de nuit, il quitte tranquillement sa cellule et est escorté sans davantage de complications vers une voiture qui le conduit hors de l’établissement pénitentiaire. Mystérieux, déterminé et tout puissant, Bob, avec son regard noir, apparaît plus que jamais telle une figure satanique. Son évasion sera également au centre des premières séquences (déjà bien tarées) de l’épisode suivant, un épisode qui fera véritablement l’effet d’une bombe en élargissant encore davantage le spectre de la folle création de David Lynch et Mark Frost…

*Pour finir en musique…

 

 

 

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C’est un endroit extraordinaire dont le nom s’affiche fièrement à front de colline (le « O » est à Alice Cooper et le « Y » à Hugh Hefner !) : cité des anges où tout le monde a un sexe, Mecque où les juifs sont bienvenus, usine à rêve désormais spécialisée dans le recyclage … Les étoiles tapissent ses trottoirs à défaut de pouvoir percer les nuages de pollution. Sous son soleil paradisiaque, la neige y tombe pourtant toute l’année, importée directement de Colombie. Là-bas, les nourrissons tètent du lait au silicone et les mexicains rêvent d’avoir des guatémaltèques pour récurer leurs toilettes. Ce pays sera ici représenté par un émissaire qui n’y a jamais foutu un pied et qui signe « Clém’ » à la pointe du stylet de sa palette graphique.