Critique: Okja

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Okja

De Bong Joon-Ho

Avec Ahn Seo-Hyun, Tilda Swinton, Jake Gyllenhaal, Paul Dano

Etats-Unis, Corée du Sud – 2017 – 1h58

Rating: ★★★★★

En 2007, à New York, la Présidente de l’entreprise agro-alimentaire Lucy Mirando lance une grande compétition : une nouvelle race de cochons venue du Chili est mise en élevage dans 26 coins du globe afin de vérifier dans 10 ans quel est le meilleur cochon… À manger. Nous voici en 2017, dans les montagnes sud-coréennes, où la petite Mija s’amuse avec son cochon Okja…

Okja est un mélange de cochon, d’hippopotame et de Dumbo, pas très belle mais chaleureuse. Bong Joon-Ho commence son récit tel un film d’aventures pour enfant, rappelant Hayao Miyazaki : une orpheline, de la nature et une bête spéciale mais intelligente. Et comme le maître japonais, ceci sous-entend un discours écologique voire animaliste (les animaux n’ont peut-être pas une âme mais une conscience) car il est question d’une amitié forte. Ceci est marqué par ces multiples plans d’ensemble et de demi-ensemble ou des panoramiques de la végétation sud-coréenne. De l’écologie se confronte le capitalisme, enrobé d’une belle présentation pour cacher les malversations et faire de l’alimentation une uniformité à la chaîne imposante car il règne toujours la question de la famine dans le monde (rappelez-vous qu’un tiers de la population mondiale ne mange pas à sa faim). Par conséquent, le metteur en scène souligne l’ultra-libéralisme comme une science du vide (littéralement, quand Mija va visiter la succursale sud-coréenne de Mirando) ou un chaos organisé (la course-poursuite dans le supermarché) voire une extrême violence (la dernière partie du film entre les mercenaires déployés dans la foule et l’abattoir sous la nuit…). Et du capitalisme se confronte le terrorisme, avec comme leader le très inspiré Paul Dano, pour un terrorisme sans violence (avec des pétales de fleurs) mais vindicatif et maladroit. Ce petit groupe de Front de Libération des Animaux, permet à la fois des situations humoristiques et des clins d’œil de film de genre : des noms des membres rappelant Reservoir Dogs à une séquence de combats reprenant des motifs de Kingsman tout en se faisant son propre hommage à son film The Host et une musique tzigane rappelant les film d’Emir Kusturica et leurs joyeux bordels. Et étant donné qu’on rencontre ces personnages en espace urbain, le réalisateur use de plongée et de contre plongée, donnant un effet montagneux à Seoul, qui permet de prolonger le sentiment d’aventure, mais avec le sérieux et le grave qui approchent pas à pas…

Okja, c’est aussi une critique de la société du spectacle avec le double rôle de l’excellente, comme toujours, Tilda Swinton en jumelles Nancy et Lucy Mirando (au fait, vous avez compris Mirando/Monsanto…) : tantôt trop expressive, de rose vêtue à la blondeur platine, à l’attitude enfantine et cabotinant ; tantôt austère, distante et froide. Cela est pour souligner les constantes querelles de succession dans les grandes fortunes familiales. La satire de la société du spectacle est aussi la prestation détonante de Jake Gyllenhaall, en passe devenir le meilleur acteur de sa génération. En effet, il joue à la perfection l’animateur animalier télévisé, comme les Etats-Unis savent en produire : habillé comme le personnage de Crocodile Dundee, vulgarisant les espèces les plus rares mais aussi très hystérique et imbu de lui-même qui rappelle du coup les animateurs de talk-show américains (Jimmy Fallon, James Corden). Quoique son personnage peut se montrer empathique, entrecoupé d’antipathie. Ajoutons le second rôle interprété par Shirley Henderson (vous avez pu la voir dans Harry Potter, Tale of tales et le dernier Transpotting), petit corps de femme et voix d’enfant, donnant un décalage original. Et bien sûr, il devient maintenant de mise de faire une petite séquence « réseaux sociaux », ce sera la fille au masque de cochon, poursuivie par Okja, qui se filme avec téléphone tout en essayant de se sauver.

Okja, c’est aussi la polémique Netflix. La loi française demande 3 ans d’attente avant mis en ligne d’un long-métrage produit par un service de Souscription de Vidéo à la Demande, quand c’est 6 mois pour un service Vidéo à la Demande. C’est ce qui va arriver au film Divines, Caméra d’Or de Cannes 2016, produit par Netflix et sorti en salles. Embêté, le mastodonte américain a néanmoins accepté la sélection d’Okja à Cannes. De la volonté de nombreux exploitants souhaitant le film, notamment le Mélies Montreuil, Netflix tablait sur un contrat à l’amiable de 50 salles en France, puis c’est devenu 30, puis 10 et enfin 5 projections obligatoirement gratuites. Il n’y en aura que 3, dont une seule en Île-de-France, au Mélies Montreuil où j’étais. Netflix, est surtout connu pour son catalogue de séries, qui auparavant pouvaient passer à la télévision française et sont donc logiquement déprogrammées (Sherlock), exception pour Peaky Blinders passant toujours sur Arte, mais chaîne franco-allemande (double législation).

Si Netflix a pour but de concurrencer le cinéma, du moins la salle de cinéma, il serait alors préférable que les réalisateurs ne collaborent pas avec eux, hormis si le délai d’exploitation du film par Netflix est revu à la baisse (ce qui devrait le centre de réflexion, il faut réadapter la chronologie des médias) pour faire vivre leur long-métrage en salles. Car un film vit d’abord en salles, en même temps je prêche à des convaincus, lecteurs de Celluloïdz, mais ce cas actuel peut amener à un risque de privatisation d’un certain cinéma… La culture du film de genre ne s’est pas construite avec la cassette VHS, mais avec le principe de cinéma d’exploitation, la séance à deux films. Rappelez-vous qu’il y a 10 ans, Tarantino et Rodriguez trouvaient rafraîchissant de payer une séance pour deux films, Grindhouse. Aujourd’hui, on vient nous proposer au prix plein tarif d’une place de cinéma un abonnement pour un catalogue vidéo, et je rappelle qu’il suffit d’aller trois fois au cinéma par mois pour rentabiliser une carte illimité et ça ne coûte que le double de l’abonnement Netflix. Par conséquent, en tant qu’Hamburger Pimp cinéphile convaincu et tant que citoyen, j’ai signé la pétition demandant à Netflix de permettre la sortie en salles d’Okja. Et vous comprenez que je n’ai pas Netflix.

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…