Critique: Baby Driver

VN:F [1.9.22_1171]
Notez ce film
Rating: 0.0/5 (0 votes cast)

Baby Driver

D’Edgar Wright

Avec Ansel Elgort, Kevin Spacey, Lily James, Jamie Foxx, Jon Hamm, Elza Gonzalès.

Rating: ★★★★★

 

Le jeune Baby est un pilote hors pair qui met son talent à profit lors des braquages organisés par le Doc, un gangster qui le tient à sa botte. Mais si Baby conduit comme souffle le vent, sa vraie passion, c’est la musique ! Les écouteurs vissés sur les oreilles, elle ne le quitte jamais, noyant ainsi un douloureux acouphène et rythmant le moindre de ses pas. Alors que son service auprès du Doc touche à sa fin, Baby rencontre Deborah et entrevoit enfin un avenir meilleur…

Attendu de pied ferme par toute une communauté de fans, ce nouveau bébé d’Edgar Wright aura eu une gestation particulièrement longue puisqu’il germe dans l’esprit de son papa depuis maintenant une vingtaine d’années. Devenu une priorité pour le cinéaste depuis la mésaventure Ant-man, le rutilant film musical débarque enfin sur les écrans et, aux vues de son démarrage américain, devrait enfin apporter à Wright le succès qu’il mérite. Comme si la question doit vraiment être posée : « Baby Driver est-il à la hauteur ? » Réponse : « oui, putain ! oaui ».

Dès sa séquence d’ouverture, reprenant une idée déjà exploitée par Wright pour le clip Blue song de Mint Royale, le film révèle sa vraie nature : plus que de braquage ou de bagnole, c’est bien de musique qu’il est question ici ! Le cinéaste construit ainsi méticuleusement son film autour de sa tracklist forcément détonante (et loin de se cantonner à la nostalgie trop souvent à l’œuvre dans les récentes productions musicales), les droits des morceaux ayant été négociés dès la pré production. Si Edgar Wright donne à la réalisation « clipesque », insulte suprême pour la critique, ses lettres de noblesses, c’est aussi grâce à la cohérence d’un ensemble surpensé jusqu’à la moindre image et pourtant léger comme plume et qui ne répond qu’à un principe cinématographique de base (mais rarement aussi pleinement atteint) : nous plonger dans la psyché de son héros mélomane et voir le monde à travers ses yeux mais aussi donc l’entendre par ses oreilles.

Qui n’a jamais, comme Baby, vu la réalité se tordre au son de son MP3 ? (perso, je conseille un petit Animal Collective dans le métro parisien…) Contrairement  à Scott Pilgrim où Wright contaminait l’image par la musique via toute une série de joyeux artifices issus de la bande dessinée et du jeu vidéo, il n’a recours ici qu’à des moyens purement cinématographiques : la composition, le mouvement, la lumière ou le montage. Cette sobriété (toute relative parce que la mise en scène est quand même « on fire ! ») vaudra certainement à Baby Driver d’être considéré comme le film de la maturité. Pourtant, après un World’s End qui conjurait dans l’ivresse la crise de la quarantaine (si ce n’est un passage tardif à l’âge adulte), force est de constater qu’Edgar Wright n’a rien perdu de sa jouvence. Il montre, grâce à sa créativité débridée et son sens du divertissement, que la vitesse et la fureur sont loin d’être l’apanage des blockbusters décérébrés. Ainsi, Baby Driver cloue littéralement le spectateur dans son fauteuil (n’empêchant pas pour autant ses pieds de battre le rythme) par ses trépidantes scènes d’actions, de la folle introduction au duel final (véritable baston motorisée) en passant par le clou du spectacle, une folle course qui ne perd rien de son intensité (bien au contraire) lorsque Baby est contraint de quitter sa voiture (ce qui lui donne notamment l’occasion de faire la plus belle glissade de fessier sur un capot de l’Histoire du cinéma !). Si on ajoute l’approbation du maestro de la poursuite urbaine, mister Friedkin himself, on a assurément affaire aux meilleures scènes de caisses depuis… bah depuis  Mad Max : Fury Road.

A l’instar du classique instantané de George Miller, certains spectateurs, sûrement accros aux séries télé mais assez peu enclin à apprécier la beauté plastique d’une œuvre, lui reprocheront certainement l’apparente simplicité de son scénario. Et pourtant, ça serait bien vite occulter, comme à l’habitude chez Wright, la formidable galerie de personnages, qui s’avèrent bien moins clichés qu’ils n’en ont l’air : l’oncle sourd et muet, le leader réfléchi, impénétrable et flegmatique, le couple d’amants criminels séduisants et sympathiques, le gangsta aussi ambitieux que dangereux ou encore un savoureux neveu… A noter également pour des seconds rôles un casting issus du monde musical : Flea (spéciale dédicace à mon pote Cudo !), Killer Mike, Big Boi ou encore le cultissime Paul Williams qu’on ne présente plus (et encore moins sur Celluloïdz !). Au centre du film bien évidemment, Baby, dernier né d’une longue lignée de drivers solitaires et taiseux, au passé douloureux malgré son jeune âge et sa romance avec la ravissante Deborah qui ne laissera de marbre que les spectateurs aux cœurs de pierre tant elle est racontée avec une désarmante simplicité, au détour par exemple d’une « valse » écouteurs aux oreilles au milieu d’un lavomatique. Enfin, il faut aussi saluer le final du film qui fait preuve d’un rare sens de la moralité qui, n’en déplaise à ceux qui ne verraient en lui qu’un habile formaliste, montre que Wright est aussi un auteur politique.

Encore mieux qu’une bande annonce, le remix parfaitement à propos de Mike Helm :

 

 

Si le sampling est central dans le film (cf les hobbies sonores de Baby) et que Wright fait toujours preuve de la même cinéphilie qui peut caractériser son œuvre, Baby Driver déroule son généreux programme dans un univers familier sans pour autant céder à l’accumulation de coups de coudes référentiels lourdingues bien à la mode. Bien sûr, il paye son tribut au Driver de Walter Hill (présent via un caméo sonore) ou à l’inévitable Heat mais cela reste toujours dans une évocation globale plus que dans le clin d’œil précis.  On en oublierait presque que le teddy de Baby lui donne l’allure d’un certain contrebandier galactique, souvent renvoyé à la figure du cow-boy mais qui peut tout autant évoquer le mec cool du lycée avec sa super caisse.

Il y aurait encore tellement à en dire et, si je crie « Baby come back », ce n’est pas pour avoir une suite (c’est déjà tellement bon d’avoir affaire ainsi à un film original !) mais bien pour le revoir, encore et encore, afin d’en découvrir de nouveaux trésors, de jouir de sa virtuosité et de me repisser dessus pour ses innombrables gags de tous types. Parce qu’il repousse les frontières du cool, que sa filmo sans faille témoigne d’une imagination débordante, d’un humour si malin, d’un amour loin de se cantonner aux seules limites du cinéma, Edgar Wright est bien l’un des grands génies du 7ème Art et le prouve à nouveau avec ce Baby Driver d’anthologie. Comme dirait l’autre (non ! pas celui d’Halloween !) : « Yeah Baby ! »

 

 

Partager cet article
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • email

Ca peut également vous intéresser:

About HollyShit

C’est un endroit extraordinaire dont le nom s’affiche fièrement à front de colline (le « O » est à Alice Cooper et le « Y » à Hugh Hefner !) : cité des anges où tout le monde a un sexe, Mecque où les juifs sont bienvenus, usine à rêve désormais spécialisée dans le recyclage … Les étoiles tapissent ses trottoirs à défaut de pouvoir percer les nuages de pollution. Sous son soleil paradisiaque, la neige y tombe pourtant toute l’année, importée directement de Colombie. Là-bas, les nourrissons tètent du lait au silicone et les mexicains rêvent d’avoir des guatémaltèques pour récurer leurs toilettes. Ce pays sera ici représenté par un émissaire qui n’y a jamais foutu un pied et qui signe « Clém’ » à la pointe du stylet de sa palette graphique.