Critique: The Last Girl, celle qui a tous les dons

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The Girl with all the Gifts

De Colm McCarthy

Avec Sennia Nanua, Gemma Arterton, Glenn Close, Paddy Considine

Angleterre – 2017 – 1h51

Rating: ★★★★☆

Attention : Sans vraiment spoiler, cet article dévoile malgré tout certaines parties de l’intrigue et il peut être préférable d’en savoir le moins possible avant de découvrir le film.

Un bunker ultra-militarisé sert d’école à des enfants à priori ordinaires mais qui semblent pourtant foutre bien les jetons à leurs geoliers, des bidasses tout ce qu’il y a de plus endurcis. Parmi les élèves, seule Melanie se montre sociable, apparaissant même comme une véritable surdouée. Après, on pourrait comprendre que ces conditions scolaires un peu particulière ne favorisent pas vraiment la participation mais les enfants révèlent vite une nature beaucoup plus sombre et carnassière…

Voilà donc un point de départ assez intriguant pour The Last Girl qui prend un malin plaisir à se dévoiler au compte goutte tout au long de son premier acte. Aussi, certains pourront être déçus de se retrouver finalement devant un nouveau film de zombie, ses apports au genre ne renvoyant qu’à l’un de ses derniers joyaux, non pas cinématographique mais vidéoludique : The Last of Us (hum… le titre avait de quoi nous mettre sur la voie…). Plus tôt dans l’année, Logan avait déjà pu évoquer le jeu de Naughty Dog par le look et la quête du héros griffu mais dans le cas de The Last Girl, il est difficile de ne pas y voir quasiment une adaptation non officielle. Si la filiation n’est pas revendiquée par le réalisateur McCarthy et le scénariste Mike Carey, qui adapte son propre roman sorti en 2014 (un an après la sortie du jeu…), le film reprend la même idée pour son fléau : le champignon Ophiocordyceps unilateralis, ou Cordyceps pour ceux qui auraient perdu leur latin, et ses spores qui ne se contentent plus d’aller parasiter des fourmis et et préfèrent désormais s’attaquer au cerveau humain. Le siège de leur base tournant vite au vinaigre, un petit commando se forme pour escorter, dans une Angleterre où la nature reprend ses droits, avec des environnements là encore très familiers, la jeune Melanie qui, vous l’aurez maintenant bien compris, semble résister à son infection, s’imposant comme l’ultime espoir des derniers d’entre nous.

Malgré l’impression de déjà-vu, le personnage de Melanie n’est pas non plus un calque d’Ellie. Déjà, elle n’est pas jouée par Ellen Page mais surtout, elle n’est pas aussi immunisée et doit donc composer avec les effets du Cordyceps qui ne manque pas de provoquer chez elle d’irrépressibles envies de chair fraîche. Isolée et crainte parmi les humains, ignorée par les zombies, elle fait par contre l’objet de toute l’attention de Mc Carthy qui reste toujours au plus près de son personnage, que ce soit lors des scènes d’action qui ponctuent le film ou lors de « conversations d’adulte » où elle n’est qu’observatrice. Comptant également sur les sonorités planantes de Cristobal Tapia de Veer (remarqué pour la musique d’Utopia), la mise en scène se montre tout autant immersive lorsqu’enfin, Melanie peut profiter d’une balade solitaire dans un Londres abandonné pour se laisser aller à ses pulsions carnivore. Mi-vivante, mi-morte vivante (ce qui fait donc un quart mort ça, non ?!), la jeune fille finira par trouver sa voie dans ce récit d’émancipation à la sauce zombie, que les anglais savent très bien cuisiner. La condition de Melanie la rapproche également d’une autre célèbre créature vorace : le vampire, renvoyant ainsi aux origines du zombie moderne. En effet, son papa Romero n’a jamais caché l’influence majeure de Je suis une légende sur sa Nuit des morts-vivants, le livre racontant quant à lui une pandémie vampirique. On pourra également repenser au chef d’oeuvre de Matheson lors d’un final bien vu qui, loin de singer celui du livre, montre également très bien que le post-apo, ce n’est pas tant dépeindre un monde qui disparaît mais plutôt raconter la naissance d’un autre qui vient prendre sa place.

Premier film de Colm McCarthy, The Last Girl bénéficie malgré tout de toute l’expérience du réalisateur, qui s’est déjà illustré sur les séries Peaky Blinders et Sherlock, et, du haut de ses 4M de livres, ne manque pas d’impressionner par ses effets spéciaux impeccables et sa direction artistique toujours convaincante. Aussi, le casting n’est pas en reste avec une Gemma Arterton investie, une Glenn Close à contre emploi (enfin, si tant est qu’elle ait vraiment un emploi), l’excellent Paddy Considine (TyrannosaurMacBeth et les films d’Edgar Wright) qui mériterait de ne plus être présenté et, dans le rôle principale, la jeune Sennia Nanua qui fait très bien le taf. Malgré son efficacité, le film n’évite en revanche pas certains poncifs du genre et pourrait donc rebuter les spectateurs les plus saoulés par le tsunami zombie des quinze dernières années. Son approche est en tout cas bien loin de manquer d’intérêt et, s’il peut souffrir de la comparaison avec The Last of UsThe Last Girl ne fait que rendre encore plus inutile une adaptation officielle par Hollywood.

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