Chips-Movie : Season of the Witch

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Season Of The Witch (aka Hungry Wives)(aka Jack’ Wife)

 

De George A. Romero

Avec Jan White, Bill Thunhurst, Joeda McClain, Virginia Greenwald, Anne Muffley, Raymond Laine

Etats-Unis – 1973 – 1h30

Rating: ★★★★★

 

 

 

Joan est une femme au foyer bientôt quarantenaire, un peu délaissée par un mari tout le temps en voyage d’affaires mais c’est peut-être mieux comme ça, il est un brin caractériel au quotidien. Elle apprend par une amie qu’une nouvelle venue dans le voisinage, Marion, donne dans la sorcellerie, et se rend (par curiosité) chez cette dernière pour une lecture des cartes.

 

On ne présente plus George A. Romero pour la stature qu’il occupe au sein de l’horreur contemporaine : le zombie comme vecteur de commentaire social, c’est lui. L’autre thématique que l’on connaît un peu moins mais qui revient pourtant assez régulièrement au gré de sa filmographie, c’est celle du basculement de l’individu dans la pensée magique. De Martin (1978) jusqu’à Bruiser (1993) en passant par Knightriders (1981) le réalisateur s’attache régulièrement à dépeindre des personnages laissés pour compte ou marginaux qui se rattachent à des mythes ou à des archétypes pour surmonter un quotidien hostile : le jeune adolescent timide Martin qui s’identifie à un vampire en réaction à une éducation religieuse étouffante, ou encore la troupe itinérante de Knightriders vivant selon les principes de la chevalerie médiévale. Non pas que cela leur réussisse à chaque fois ! Dans les deux cas, il arrive que les personnages se fassent traiter exactement comme les figures qu’ils prétendent incarner et cela ne se fait pas sans douleur. Il n’y a vraiment qu’avec Bruiser que Romero persiste dans cette direction, et après avoir fait le tour de quelques grandes statures traditionnelles de la fiction (créatures surnaturelles, chevaliers) revendique avec ce presque super-héros cette idée que l’imaginaire est un outil vital pour tous les romantiques un peu fragiles mis à mal par ce monde sans concessions qui est le nôtre – un peu comme le clamait déjà Philip K.Dick : « La folie est parfois la réponse la plus saine à la soit-disant réalité qui nous entoure ».

 

Il y a cependant pour Romero dans cette identification d’avec les grands archétypes quelque chose qui va bien au-delà du simple fait « d’embrasser la névrose » ; par ce geste l’individu ne fait peut-être pas que reprendre le contrôle de sa propre existence, il se peut même que dans la foulée il y trouve du sens. Season Of The Witch pourrait mériter d’être re-découvert ne serait-ce que pour cette seule raison, parce que c’est véritablement le premier jalon d’une démarche résolument unique, foncièrement émancipatrice, posé qui plus est par un déjà grand cinéaste qui n’a pas encore rencontré son public.

 

 

 

 

Et de la cinématographie il en sera question car de la cinématographie il y en a : Season Of The Witch n’est pas seulement la matrice thématique du chef-d’œuvre absolu qu’est Martin, c’est également son prototype formel. L’horreur et le fantastique fonctionnent d’autant mieux lorsqu’ils sont ancrés dans le réel, chez Romero s’en est même la plupart du temps le point de départ, aussi retrouve-t-on ce goût du débat si particulier au réalisateur de développer les interactions et de questionner son sujet par les personnages mêmes, et surtout ce talent pour les camper magnifiquement dans leur environnement – ici une femme au foyer qui ne vit presque plus pour elle-même, dont les seules perspectives d’émancipation lui sont finalement dictées par l’extérieur ; un tremplin idéal pour le comédien Raymond Laine qui s’en donne à cœur joie dans le rôle du « facteur-chaos-venu-du-dehors » délivrant une performance presque luciférienne, contrastant à merveille celle toute en inhibition de Jan White. Enfin, et cela explosera tous azimuts aux yeux du spectateur avec Martin, mais c’est également fortement décelable ici : le génie absolu du réalisateur à faire feu de tout bois, à tirer le meilleur de n’importe quel morceau de décor ou autre coin d’appartement dans les scènes oniriques ou plus rythmées, faisant aller sa caméra de manière toujours plus subjective, poussant les cadrages vers un surplus angulaire. Matériel désaxé (jamais plus sur un pied d’égalité avec ses personnages, toujours un peu au-dessus ou en-dessous , trop près ou trop loin) qu’il re-distribue ensuite avec maestria au montage, transformant ainsi un modeste pavillon banlieusard en manoir hanté et expressionniste.

 

Issu de la période dite «de Pittsburgh » du réalisateur, où après s’être fait dépouiller des droits de Night Of The Living Dead , celui-ci s’attache avant tout à conserver son indépendance artistique en continuant à tourner avec amis et connaissances, sans stars ni budget. De cette période naîtront There’s Always Vanilla (assez introuvable et répudié depuis) , ainsi que Season Of The Witch et Martin, tout juste séparés, tenez-vous bien, par The Crazies . Vous avez bien lu : deux chefs-d’œuvre absolus, avec un petit troisième entre les deux … dans la vraie vie, ce serait le moment où on drope le mic, si ce n’est que sur le moment à peu près tous s’avérèrent des échecs commerciaux assez cinglants. Season Of The Witch fût lui-même amputé de quarante minutes à sa sortie américaine, et surtout vendu par le distributeur comme un porno soft. Un film qu’il est donc urgent de re-découvrir pour ce qu’il est, novateur dans ses thématiques ainsi que magnifiquement représentatif d’une sublime période de liberté de création quasi-totale de la part d’un cinéaste exigeant, loin bien loin des dictats des grands studios.

 

 

 

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