Critique: Dear White People (série) – Saison 1

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Dear White People

Créée par Justin Simien

avec Brandon P. Bell, Logan Browning, Antoinette Robertson, DeRon Horton, John Patrick Amedori, Ashley Blaine Featherson

États-Unis – 2017 – 10 épisodes de 30 minutes

Rating: ★★★★★

 


Le film de Justin Simien est devenu série sous l’étendard Netflix (rien que pour ça on leur pardonne presque 13 reasons why…)

Sans remettre en cause les qualités indéniables du film, sa suite sous forme de série paraît on ne peut plus évidente, de part sa narration (voix off et multiples points de vue). Il apparaît alors davantage comme un excellent pilote, avec une solide caractérisation des personnages et la mise en place d’une intrigue se poursuivant au delà de sa fin. La série reprend d’ailleurs là où celui-ci s’arrête, au lendemain de l’infâme soirée Dear Black People.

 

Le monde des séries est bien en berne en ce moment, parvenant à donner le change par rapport à un ciné US davantage tourné sur l’entertainment que sur sa fonction de miroir de la société (patience Get Out sort enfin cette semaine). Le film Dear White People posait les bases d’une réflexion sur l’identité noire et sa place dans la société américaine à travers le microcosme d’un prestigieux campus universitaire, où futurs présidents et futurs PDG s’amusent au bière pong. L’égalité des chances, la banalisation du racisme, l’illusion Obama, les différents groupes qui scindent la communauté noire, aucune facette de la question n’est éludée.

 

 

 

Comme le film, la série présente différents archétypes de personnages noirs, blancs, asiatiques, les différentes luttes, leur convergence comme leur divergence, tel un panel sociologique regroupant tous les problèmes de discriminations, de racisme et leurs conséquences (le privilège blanc, la violence policière vis à vis des racisés, la difficulté d’être dans un couple mixte, la séculaire hiérarchie dans la discrimination selon la couleur de peau héritée de l’esclavage avec le privilège lightskin des métisses). Autant de sujets de société on ne peut plus actuels et soulèvent des problématiques concrètes, questionnent ce que les infos ne font que survoler.

L’écriture de chaque épisode est brillante, la mise en scène de chaque épisode (big up pour l’épisode de Reggie réalisé par Barry Jenkins) est tout aussi brillante. En une seule scène, regroupant les personnages principaux, chacun illustrant un point de vue sur une problématique permet de balayer chacun des arguments du débat, en une phrase, une réaction devant un événement, un plan. Reposant sur un chapitrage par personnage, elle illustre chaque pendant à de la lutte à travers leurs réactions, reflets de leurs convictions. Parvenant à demeurer drôle et légère tout en abordant des thèmes actuels et douloureux, Dear White People exagère parfois le trait mais sans pour autant minimiser les faits sur lequel elle s’appuie, bien loin d’offrir un traitement manichéiste à ses protagonistes.

Reprenant ces problématiques et dressant le constat d’une banalisation du racisme ordinaire, la série questionne les différentes formes que peut prendre la lutte pour l’égalité des droits et leur réel impact, la difficulté de rassembler au sein d’un même groupe des sensibilités, des vécus différents, et les mener vers des actions communes. Intelligemment écrite et mise en scène, elle s’impose comme une évidence par les temps qui courent, sur un sujet souvent traité en fond, mais jamais placé au coeur même d’une intrigue. Puissant et couillu.

 

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.