Critique: Tunnel

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Teo-neol

de Kim Seong-hun

Avec Ha Jung-woo, Bae Doona, et Oh Dal-su

Corée du Sud – 2016 – 2h07

Rating: ★★★★☆

Sortie le 3 mai

Jung-soo rentre chez lui pour fêter l’anniversaire de sa fille. Alors qu’il s’enfonce dans un tunnel, celui-ci s’effondre sur lui. Prisonnier de sa voiture, son téléphone lui permet néanmoins de joindre les secours. Mais à peine arrivés sur place, ces derniers ne peuvent que constater l’étendue des dégâts. Tandis que Jung-soo, isolé, doit organiser sa survie, une vaste opération de sauvetage se met en place, se révélant vite bien moins héroïque qu’il n’y parait…

 

 

Dès les premières minutes, Seong-hun Kim plonge son malheureux héros dans son tunnel fatal. L’introduction n’a pas besoin d’être plus longue, Jung-soo, dont on ne connaîtra pas plus le background, n’est qu’un homme ordinaire, ni plus malin, ni plus con que la moyenne, confronté à une catastrophe extraordinaire. Enseveli sous des tonnes de gravats, il doit malgré tout faire preuve d’ingeniosité pour survivre dans l’abitacle de sa voiture. De son côté, le réalisateur fait preuve d’au moins autant d’ingeniosité pour tirer le meilleur parti de cet espace exigu et nous faire ressentir ce calvaire, bien aidé dans sa tâche par la performance de Jung-woo Ha. Si Tunnel fait clairement, et plutôt bien, dans le survival claustrophobe, notre héros, dans sa malchance, a encore de la batterie et du réseau sur son téléphone, chose qui, vous en conviendrez, n’est pas si fréquent dans le genre (ni dans un tunnel, d’ailleurs !). Et alors qu’il contacte les secours, le film ne reste pas attaché à son survivant mais part également suivre les secouristes. Tunnel s’apparente alors à un Seul sur Mars (ou Apollo 13 pour ceux qui seraient plus branchés « inspiré d’une histoire vraie ») sauf qu’au lieu d’être abandonné sur une autre planète, notre pauvre bougre est perdu sous un 1,5 km de décombres instables, prêts à l’engloutir à chaque seconde. Aussi, Jung-soo n’a certes rien de l’astronaute entraîné mais les secouristes coréens s’avèrent certainement encore plus éloignés de la NASA…

Au-delà d’un récit de survie qui en dit déjà pas mal sur la nature humaine, Tunnel s’attarde aussi sur les points de vue extérieurs via cette opération de sauvetage des plus chaotiques, suivie en direct par tout le pays. Cette partie du film nous permet de retrouver Doona Bae, l’égérie des soeurs Wachowski, ainsi que Dal-su Oh, qu’on a pu voir dans à peu près tout ce que le cinéma coréen des années 2000 nous a pondu comme classiques et qui se montre ici juste remarquable. Tunnel, en élargissant son propos, s’affirme surtout comme une véritable charge contre la société coréenne. En effet, le cirque médiatico-politique ne manque pas de gâter sur l’affaire, d’autant plus quand des questions de gros sous et de morales (le ou la d’ailleurs) viennent ternir l’entreprise humanitaire… Seong-hun Kim dénonce également le fait que le développement hyper-rapide de son pays se soit trop souvent fait au détriment de consignes de sécurités pourtant essentielles.

Divertissant et percutant, Tunnel montre aussi la formidable capacité du cinéma coréen à passer du  tragique au comique sans qu’aucun des deux ne s’annulent, bien au contraire. Le pathétique du drame humain qui se joue se mêle souvent à l’absurde de la satyre sociale également à l’oeuvre. Ainsi, le calvaire oppressant du héros est toujours pris très au sérieux et ne manque pas d’émouvoir, ce qui n’empêche pas de rire au détour d’une conversation sur le fait de boire son urine ou d’un surréaliste ballet de drones. Ces changements de tons très bien orchestrés confèrent une véritable humanité à ce qui reste aussi un blockbuster assez spectaculaire.

 


Après Le dernier train pour Busan, c’est donc au tour du deuxième plus gros succès au box office coréens en 2016 de sortir sur nos écrans et il serait dommage de passer à côté de ce Tunnel. Si le cinéma catastrophe se passe ici de zombies (qui ont quand même une sérieuse tendance à s’incruster dans tout les genres), cela n’empêche évidemment pas Seong-hun Kim de construire, avec ce Daylight du riche, un suspense plutôt solide tout en adressant un bon doigt à la société coréenne. « Allez tous vous faire foutre », « Go fuck yourself », si c’est pas universel ça !…

 

 

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