Critique: Le serpent aux 1000 coupures

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Le serpent aux 1000 coupures

D’Eric Valette

Avec Tomer Sisley, Terence Yin, Pascal Greggory, Erika Sainte.

France/Belgique – 2017 – 1h46

Rating: ★★★☆☆

 

 

Dans la campagne du sud-ouest de la France, un deal de drogue est perturbé par la présence d’un mystérieux motard. Celui-ci, par ailleurs largement recherché par les forces de l’ordre, abat les trois hommes présents avant de s’enfuir, une balle dans la jambe. Il se réfugie dans une ferme tenue par un agriculteur noir, déjà confronté au racisme local, et prend la petite famille en otage. Mais il se trouve que l’une des trois victimes du motard n’est autre que le fils d’un baron de la drogue. Un implacable tueur à gage est alors envoyé de Colombie pour faire le ménage…

 

Vous l’aurez compris, malgré son titre animalier, Le serpent aux milles coupures a plus à voir avec Les chiens enragés de Mario Bava et autres polars italiens des 70’s qu’avec les premiers gialli d’Argento. Mais c’est bien dans la lignée de ce cinéma d’exploitation que s’inscrit Eric Valette avec ce film à l’ancienne, modeste mais sans concession. Présentant toute une galerie de personnages qui s’imposent par eux-même sans artifices scénaristiques, le réalisateur plonge tout son petit monde dans la campagne du Midi-Pyrénées. Forcément, ça donne à l’ensemble des allures de western tandis que la tension n’en finit pas de monter jusqu’au règlement de compte final. Ancienne gloire du stand-up promis au succès en incarnant Largo Winch et qu’on a donc perdu de vue, Tomer Sisley s’en tire plutôt bien dans le rôle du pistolero énigmatique, un personnage dont on ne connaîtra pas le background mais qu’on a bien du mal à imaginer en illuminé de Daesh, raison pour laquelle il serait pourtant recherché. Moins badass que dans Nid de guêpes, Pascal Greggory est néanmoins de retour dans le genre et prête ici ses traits fatigués au shérif de l’histoire, un gendarme local tellement dépassé par l’ampleur des sanglants événements qu’on pourrait le croire issu de la série Fargo. D’autant que face à lui, c’est bien un impitoyable tueur à gage qui nourrit le massacre.

 
Plutôt que le western, le personnage incarné par Terence Yin et ses violentes exécutions renvoient davantage aux polars hongkongais. Evidemment, ses yeux bridés n’y sont pas pour rien dans la référence et pourtant, ceux-ci sont bleus… Faisant fit des apparences, ce tueur à gage, qui ne manque pas de pimenter ce Serpent aux milles coupures, se révèle même être colombien ! Ce qui est loin d’être anodin dans ce film où sud-américains, africains et européens (français, italiens et espagnols) se retrouvent à se canarder dans le trou du cul de la France. Au « traffic globalisé » décrit par l’un des gangsters, Eric Vallette répond donc par ce polar mondialisé. En face, nos rednecks bien de chez nous ne sont pas en reste, le réalisateur n’hésitant à enrichir son sous-texte en présentant une bande de vieux racistes bien décidés à ne pas se laisser envahir mais découvriront vite que leurs après-midi chasse et bières ne les ont pas beaucoup préparé à une telle guerilla.

 

Eric Vallette et son écrivain/scénariste DOA, qui avaient déjà collaboré sur Braquo, tirent un bon parti de leur multitude de personnages tandis que le chef opérateur belge Jean-François Hensgens offre à ce film âpre et sans fioritures une très belle facture visuelle, notamment lors des séquences nocturnes. S’il ne révolutionne pas le genre pour un sou, Le serpent aux mille coupures s’impose néanmoins comme un polar brutal et efficace qui devrait faire plaisir aux amateurs en ces temps de disette où même le spectre d’Olivier Marchal semble parti bien loin.

 

 

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