Critique: L’homme aux mille visages

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El hombre de las mil caras

D’Alberto Rodriguez.

Avec Eduard Fernandez, José Coronado, Carlos Santos, Marta Etura, Philippe Rebbot.

Espagne – 2017 – 2H03

Rating: ★★★★☆

Francisco Paesa est un homme de l’ombre travaillant pour le gouvernement espagnol. Entaché par un scandale, il est devenu persona non grata dans son pays et peine à monter de nouveaux coups. Alors qu’il est engagé par Luis Roldan, chef de la police promis aux plus hautes fonctions, pour mettre ses excédents financiers à l’abri, Paesa voit en cette affaire l’opportunité de se refaire tout en se vengeant d’un pays tout entier.

 

 

Deux ans après le remarquable et remarqué La Isla minima, qui interrogeait déjà son pays via l’évocation du sombre passé franquiste, Alberto Rodriguez est de retour sur nos écrans avec cet Homme aux mille visages qui revisite de nouveau l’histoire espagnole, s’intéressant cette fois-ci à une vraie affaire : le scandale Luis Roldàn. Au milieu des années 90, l’homme politique décide de fuir le pays face aux accusations de corruption qui le visent. Sa cavale d’un an ainsi que son retour controversé sont organisés par Francisco Paesa, une figure de l’ombre qui ne pouvait que faire l’objet de toute l’attention de Rodriguez. Narré par Jesùs Camoes (excellent José Coronado), pilote d’avion et complice priviliégié de Pasea, cet incroyable récit de vengeance ne suffit jamais à cerner l’insaisible homme d’affaire, incarné par l’incroyable Eduard Fernàndez. Entre les fausses pistes et les manipulations de son héros machiavélique, L’homme aux mille visages se joue de la notion de vérité pourtant essentielle pour la plupart des films « inspirés d’une histoire vraie ». Même si les espagnols seront certainement beaucoup plus armés pour appréhender cette trouble intrigue, Rodriguez n’hésite pas à perdre son spectateur en mettant ainsi en place son puzzle auquel il manquera toujours quelques pièces. Malgré tout, le film reste toujours passionnant.

 

 

Si Rodriguez fait toujours preuve de maestria dans sa mise en scène, exit le style crépusculaire à la True Detective de son précédent film, L’homme aux mille visages évoque davantage le cinéma de Scorsese, L’Arnaque de George Roy Hill ou encore le Ocean’s Eleven de Steven Soderbergh, puisque c’est bien d’un casse qu’il s’agit ici. Forcément, il sera difficile de classer ce film tant les genres, entre film de gangsters, thriller politique ou récit d’espionnage, sont ici malmenés. Alors qu’il commence par vendre des armes pour l’ETA, l’affaire qui occupe Paesa pendant le film concerne donc principalement les gros sous d’un politique ripoux. Le temps des guerres idéologiques, de l’espionnage militaire et des meurtres tarifés est revolu et l’action de notre homme tourne maintenant directement autour du détourement d’argent et de la fraude fiscale à grande échelle. Si c’est pas d’actualité ça…

Complexe et roublard, L’homme aux mille visages séduit par son rythme, son humour, son engagement et une cinégénie indéniable qui impose clairement Alberto Rodriguez parmi les cinéastes espagnols sur lesquels il faudra compter.

 

 

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