Critique: Ghost in the Shell

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Ghost in the Shell

De Rupert Sanders
Avec Scarlett Johansson, Pilou Asbaek, Michael Pitt, Takeshi Kitano et Michael Wincott (juste pour quelques secondes qui font quand même plaisir)

Etats-Unis – 2017 – 2h

Rating: ★☆☆☆☆

 

 

Dans un futur proche, Mira Killian est sauvée in extremis d’un accident et son cerveau est alors transplanté dans un corps cybernétique. Elle intègre la Section 6 et une enquête la confronte à un mystérieux pirate informatique qui la pousse à se plonger dans son passé…
A la lecture de ce synopsis, le fan de Ghost in the Shell trouvera certainement déjà beaucoup à redire. Pourtant, loin de moi l’idée de jouer le fondamentaliste geek, raconter une autre histoire n’a rien de péremptoire, d’autant qu’avec Innocence ou Stand Alone Complex, la saga comptait déjà des propositions assez différentes. Ce qui pose problème, c’est que le scénario de ce Ghost in the Shell ne fait qu’appauvrir le formidable matériau d’origine pour mieux le conformer aux standards américains. Exit les questions existentielles, la quête philosophique fait ici place à une enquête beaucoup plus basique, pour ne pas dire planplan, de l’héroïne à la recherche de ses origines. Ce n’est pas l’introduction de personnages aussi fades que maman Binoche ou la caricature du méchant technocrate qui élèvera le niveau. Il faut s’y faire, ce Ghost in the shell US n’est même pas foutu d’être créatif dans ces infidélités.

La beauté froide de l’original laisse place à un univers plus grotesque qui interpelle malgré tout par sa direction artistique de qualité, d’un robot geisha aux hologrammes géants, réactualisation des publicités géantes de Blade Runner. Passé quelques sublimes plans d’architectures futuristes, Rupert Sanders n’arrive jamais à donner vraiment du sens à sa mise en scène et à jouer avec ce futur où le réel est plus que jamais remis en cause, entre hologrammes omniprésents, réalité augmentée et glitch subits par son héroïne cybernétique. Le réalisateur semble lâcher l’affaire pour s’amuser au jeu de la scène d’action la plus illisible et enchaîne les séquences sans jamais renouer avec la désarmante contemplation à l’œuvre chez Mamuro Oshii. Et non, reprendre par-ci par-là quelques emprunts directs au film d’origine ne fait sûrement pas illusion, au contraire. Ainsi, la culte séquence de poursuite devient d’une laideur rare et que dire de toute la dernière partie, totalement massacrée. La conclusion originale et sa magnifique ouverture sur l’infini cyberespace devient, blockbuster américain oblige, une énième fin ouverte dans la droite lignée de Matrix, de Spider-man ou encore de Dark Knight, tant est qu’on croirait presque y entendre : « Qui suis-je ? Je suis le Ghost in the shell ! »

 

 
Malgré le white washing qui a déjà fait couler beaucoup d’encre (et qui trouve dans le film une excuse plus risible que convaincante), Scarlett Johansson trouve ici un rôle iconique de la SF qui s’inscrit dans la logique d’une filmographie traversée par cette figure au potentiel décuplé mais étrange au reste du monde, d’Under the Skin à Her en passant par Lucy. Force est de constater qu’avec cette démarche ridicule et son stoïcisme surjoué (c’est quand même une perf !), elle parvient à livrer ici ce qui est certainement sa composition la plus embarrassante. D’autant qu’elle n’est aidée ni par cette coupe de cheveux, certes fidèle au modèle mais qui sur elle fait plus punk à chien, et encore moins par sa combinaison chelou qui ne fait que témoigner d’un puritanisme complètement ridicule. Enfin, il s’agirait quand même de ne pas dévoiler un bout de téton !

 
Non content de sacrifier son héroïne culte au profit de cette intrigue des origines assez vaine (d’autant plus si on la compare à celle d’Innocence), Ghost in the shell tire aussi un trait sur le fameux Puppet Master. Le pirate informatique immatériel et fascinant cède donc sa place à un nouveau personnage incarné par Michael Pitt. Loin de rivaliser avec le potentiel infini du « méchant » originel, ce dernier prend l’apparence d’un personnage d’humain augmenté qu’on n’imaginait pas retrouver ici : le Raiden de Metal Gear Solid 4, répondant ici au nom évocateur d’Hideo ! Tandis que j’opte pour une simple et grossière référence, Evilhost imagine l’horrible éventualité d’un univers étendu « Japan style » qui pourrait ainsi lier ce film à Metal Gear, Akira ou encore GUNNM, chacun étant déjà menacé par un même viol hollywoodien. Et là, je vomis… et décide de conclure illico cette critique qui ne s’est déjà que trop étendue…

 
Ce Ghost in the shell n’est donc une petite coquille de noix creuse là où l’original était un flamboyant cerveau en activité. Après, l’aspect mal branlé de l’entreprise, son traitement bas du front, ses excès visuels multiples et la présence d’un Kitano cool sans se forcer (tel Michael Madsen chez Uwe Boll) en feront probablement pour certains un plaisir coupable. Personnellement, j’estime que mon Ghost mérite quand même plus de considération.

 

 

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