Critique: Iron Fist (saison 1)

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Iron Fist

De Scott Buck

Avec Finn Jones, Jessica Henwick, Jessica Stroup, David Wenham, Rosario Dawson

Etats-Unis – 2017 – 13 épisodes de 45 à 60 mn

Rating: ★★★☆☆

 

Porté disparu depuis quinze ans, le milliardaire Danny Rand refait surface un beau jour et va se présenter tout droit chez la multinationale familiale désormais tenue par ses deux amis d’enfance, les enfants du partenaire en affaire de son défunt père, Ward et Joy Meachum. Ce retour impromptu est plutôt mal accueilli car lourd de conséquences, le revenant étant légalement détenteur de la moitié des parts de la compagnie. Surtout, quand on lui demande où il était passé toutes ces années alors qu’il était censé être décédé dans un accident d’avion aux côtés de ses parents, le jeune homme prétend avoir été recueilli par des moines guerriers, emmené dans un monastère d’une dimension parallèle qui ne s’ouvre sur la nôtre que tous les quinze ans et être devenu entre-temps la nouvelle incarnation d’une longue descendance de guerriers invincibles.

Créé au milieu des années 70 par Roy Thomas et Gil Kane avec l’idée de surfer quelque peu sur la mode des films de kung-fu, le personnage connût son heure de gloire grâce à Chris Claremont qui à la même époque faisait déjà des étincelles sur les X-Men , dotant le personnage d’un supporting-cast très bien senti, les Daughters of Dragons (Colleen Wing, que l’on découvre ici, et Misty Knight, présentée elle dans la 1ere saison de Luke Cage) et renouvelant de fond en comble la galerie de ses adversaires jusqu’à en faire un titre tout à fait solide. Par la suite, son association avec Luke Cage pour le fabuleux tandem de Heroes for Hire connût d’assez près les sommets de la gloire avant que les 2 personnages ne retombent tout aussi vite dans l’oubli à l’aube des années 90, la mode ayant changé de direction. On ne doit leur retour sur le devant de la scène qu’à l’éditeur-en-chef Joe Quesada, qui au début des années 2000, eût la bonne idée de faire appel à la fine fleur des scénaristes indépendants de l’époque, des auteurs comme Brian Michael Bendis et Ed Brubaker, dont la sensibilité plutôt orientée côté hard-boiled vînt revigorer dans son ensemble le catalogue des personnages « urbains » de l’univers Marvel. N’en doutez pas, c’est exactement cette même approche que Netflix reproduit aujourd’hui pour ses adaptations télévisées.

… avec bien sûr un tout petit truc en plus qui n’a pas manqué d’être relevé par les critiques aussi bien que le grand public, à savoir l’impact de la création télévisuelle de David Simon, The Wire. De la même façon que la série était déjà une influence revendiquée par les scénaristes lorsqu’ils opéraient leurs revivals dans le cadre du comic-book, les créations Netflix déploient des efforts incommensurables en terme d’écriture pour ancrer au maximum dans le réel leurs personnages super-héroïques, s’attachant à développer avec la même acuité aussi bien leur environnement social (ce qui à notre époque de destruction-porn sur grand écran, offre plutôt un recul assez salvateur) que leur « petit coin à eux » en terme de péripéties et d’opposants. Danny Rand est donc un personnage qui a passé la première partie de sa vie loin de toute influence consumériste, et qui du jour au lendemain se retrouve milliardaire. En plus il est devenu super-balèze en arts martiaux, il va donc se friter avec plein de super ninjas-assassins ; tous les éléments sont quasiment en place pour que cette dernière installation avant le grand cross-over The Defenders (réunissant l’ensemble de nos héros télévisuels) ne soit pas autre chose qu’un succès, tant sur le fond que sur la forme.

 

 

Seulement une fois encore, n’est pas David Simon qui veut, et dans tout ça le pire adversaire de Netflix serait peut-être Netflix lui-même. Avec pour motivation de rendre abordable les différents univers des personnages (les familles de side-kicks et d’ antagonistes) ces derniers perdent parfois quelque peu en aura et en mystère; avec la volonté pourtant bien-intentionnée de privilégier les interactions entre les personnages, beaucoup de scènes finissent par se désamorcer d’elles-mêmes et à s’enliser dans des abysses indiciels au lieu d’être abordées justement, en tant que « scènes » à part entière -un point qui finit par apparaître gênant puisqu’il n’en finit par être omniprésent depuis la saison 2 de Daredevil , où l’aspect « discussions profondes/drama rajouté en remplissage » se fait douloureusement ressentir ; et ça reste un peu embarrassant au vu des thématiques pourtant assez denses que chaque héros véhicule implicitement avec lui. Quitte à se revendiquer de Simon, autant bien regarder une scène comme celle où Mc Nulty et Bunk reconstituent un crime avec pour seules lignes de dialogues un déluge apocalyptique de «fuck-fuck-fuck» et autres «motherfucking-shitfucked-son-of-a-fuck » – au cas où on tient vraiment à faire de l’humour et à souligner dans le même temps la camaraderie réelle entre les protagonistes; ou bien encore, d’assumer tout simplement le contenu-même de ce qu’on souhaiterait faire passer à l’écran. Sinon une bonne idée intimiste tels que des échanges informatifs dans une cuisine dégénère catastrophiquement en «et maintenant on joue à quoi ?» et l’on regarde, impuissants, de pourtant très bons comédiens s’enliser sous nos yeux. Quand aux scènes d’actions, là encore la réalisation n’en finit pas de s’empêtrer dans ses propres références, et le combat dans un couloir (tout droit sorti du Old Boy de Park Chan-wook) qui nous avait fait rêver dans la 1 ère saison de Daredevil n’en finit pas d’être repris et cannibalisé, mais rarement dépassé.

Aussi toutes les critiques écrites à propos des premiers épisodes d’ Iron Fist se révèlent dans un sens assez fondées, la série souffrant des mêmes scories ayant déjà bien plombés les autres titres, où les ficelles et les procédés de fabrication finissent par devenir tellement apparents qu’ils pourraient bien décrédibiliser les meilleures des intentions auteuristes. A moins que cette dernière installation ne soit justement aussi l’occasion de clore un chapitre, s’auto-citant une dernière fois avant de commencer à expérimenter un peu et à casser ses schémas narratifs habituels. Une fois cette 1ere saison terminée, on ne peut que constater l’amplitude graduelle en terme de qualité de rythme et de caractérisation, et où certaines apparentes mauvaises idées du début n’en seraient finalement peut-être pas.

 

Finalement la réaction des Meachums au retour de Danny n’est pas si incohérente, et même si l’installation avec toute la partie en hôpital psychiatrique est un peu poussive, tout du moins fait-elle sens, reposant pour beaucoup sur les épaules de Finn Jones, tout à fait crédible dans ce personnage encore « en construction ». Ce n’est pas un mauvais choix en effet que d’avoir pris un acteur jeune pour le rôle et d’avoir adapté le personnage en fonction : un garçon encore traumatisé par le meurtre de ses parents, et bien que théoriquement guerrier ultra-parfait (ce qu’il est dans le comic-book), il lui reste ici tout de même encore deux ou trois choses à apprendre, notamment quelques déclinaisons inédites vis-à-vis de son propre pouvoir, qui n’ont pas trait uniquement qu’à la seule violence –un bon point pour le sous-texte. La galerie des opposants s’étoffe elle aussi peu à peu, toujours un peu comme dans Daredevil malgré tout, en introduisant d’abord quelques gangsters lambdas avant de monter un peu plus en intensité avec des adversaires plus sophistiqués, tels que les tueurs à la solde de l’énigmatique Mme Gao : le fan de karaoké ; la femme-araignée ; l’excellent drunken-master,… Enfin, un petit twist pas inintéressant autour du statut réel de la société secrète The Hand vient finir de boucler un peu toutes les trames – tout en ouvrant quelques pistes intéressantes, comme en témoigne par exemple cette image en noir et blanc un peu plus haut, à savoir l’apparition éventuelle des précédents détenteurs du titre avant Danny Rand, et dont les fans du comic-book original ne peuvent que se réjouir à l’avance, sachant à quel point cette seule piste narrative a déjà fait ses preuves.

Pour des raisons de budget assez compréhensibles, on ne verra par contre que très peu de la cité mystique K’un-L’un (le lieu où Rand a subi son initiation) ce qui est un véritable manquement de poids tant cet élément de la mythologie personnelle du héros regorge de potentialités visuelles. Heureusement pour Netflix, ils disposent toujours de writing-room assez performantes dans le tricotage des intrigues parallèle, et pour pallier à ce léger manque de spectaculaire, vont nous tomber un casting de personnages secondaires assez prestigieux. Cela nous vaudra une superbe Colleen Wing (magnifiquement interprétée par Jessica Henwick – les fans se mobilisent déjà pour qu’elle obtienne son propre spin-off en compagnie de Simone Missick) et surtout un fantastique David Wenham en Harold Meachum, qui vole quasiment la vedette à tout le monde. Tom Pelphrey le suit toutefois d’assez près dans le rôle du fils Ward, délivrant de très belles compositions sur chaque ascenseur émotionnel qu’on lui colle entre les pattes, et il y en a beaucoup. Jessica Stroup a beaucoup moins de chance en terme de développement dans le rôle de la sœur Joy, et c’est peut-être pas plus mal, vu qu’elle se contente dans les grandes lignes de reprendre les intonations de Chloe Bennet dans Agents of S.H.I.E.L.D. Enfin Carey-Anne Moss et Rosario Dawson finissent d’assurer la cohérence du personnage dans ce bel univers partagé avec quelques subtiles allusions aux autres héros, et continuent d’envoyer toujours impeccablement leurs partitions, maintenant assez bien rôdées.

On se retrouve avec une saison finalement assez décente, dont la cohérence nous fait oublier un générique discutable, ainsi que quelques faux-raccords en cours de route (notamment la transition entre les épisodes 4 et 5 qui donnent l’impression qu’une saison entière s’est déjà justement écoulée entre les deux). Le dernier épisode avec sa confrontation en demi-teinte finit même par convaincre, se reposant encore une fois sur l’idée que le héros est toujours en découverte de son propre potentiel, et offre son lot de rebondissements. En l’état, Iron Fist s’en sort de justesse mais la tête haute toutefois, en ce que ces qualités ne résident pas forcément là où on les attendait – ce serait plutôt les pistes plus immédiates pour la future saison qui sont nettement plus préoccupantes, et viennent de nouveau nous faire frémir à la dernière minute sur la capacité de recul des producteurs vis-à-vis des faiblesses répétitives de leur produits pourtant assez bien calibrés. Sur The Defenders, ça passera peut-être encore, mais sur la 2e vague des adaptations Marvel (Punisher ; Elektra) aux thématiques un brin plus denses, certainement pas.

 

 

 

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